26 novembre 2008
BOOKER T. WASHINGTON, ASCENSION D'UN ESCLAVE EMANCIPE
Educateur,
conférencier, auteur et leader de la communauté Afro-Américaine, Booker T.
Washington est peu connu en France alors qu’aux Etats-Unis il fut la figure
majeure des Noirs entre 1890 et 1915 et demeure aujourd’hui au sein du panthéon
américain.
Il appartient
à la dernière génération de leaders noirs nés dans l’esclavage. Après son
abolition en 1865 il fit des études, ce qui lui permit d’écrire son histoire,
grand éducateur lui-même, il devint le chantre de l’éducation pour le
développement des citoyens noirs. Libéré de l’esclavage dans son enfance, après
avoir effectué maints emplois subalternes dans l’Ouest de la Virginie, il a
trouvé sa voie grâce à une instruction reçue à Hampton Institute et Wayland
Seminary. Sur recommandation du fondateur de Hampton, Sam Armstrong, alors qu’il
n’est encore qu’un jeune homme, il est nommé responsable de la nouvelle
université de Tuskegee Institute puis enseignant pour élèves noirs.
Washington
estimait que l’éducation était une clé essentielle pour que les Afro-Américains
se hissent au sein de la structure sociale et économique des Etats-Unis. Il avait
acquis une réputation nationale en tant que porte-parole et leader des Noirs.
Même si son approche non-conflictuelle a été critiquée par certains Noirs, il a
réussi à établir des relations avec des philanthropes notables comme Anna T.
Jeanes, Henry Huddleston Rogers, Julius Rosenwald et la famille Rockefeller qui
contribuèrent par millions de dollars pour l’éducation à Hampton ou Tuskegee,
subventionnèrent des centaines d’écoles publiques pour les enfants noirs dans
le Sud et financèrent des poursuites judiciaires afin de lutter contre la
ségrégation et la privation du droit de suffrage.
Bénéficiaire
de diplômes honoraires de Dartmouth College et de l’Université de Harvard, il
est le 1° Noir à être l’invité d’honneur d’un président américain à la Maison
Blanche. De ce fait Booker T. Washington est largement considéré comme le plus
puissant des Afro-Américains de 1895 jusqu’à sa mort en 1915. Des centaines d’écoles
et d’individus aux Etats-Unis ont été nommés en son honneur.
Booker
Taliaferro Washington est né esclave à Hale’s Ford dans le sud-ouest de la
Virginie le 05 Avril 1856. Son père était un blanc et sa mère, Jane, une
esclave chez James Burroughs un petit fermier. Il ne connut que très peu son
père. Plus tard sa mère se maria avec un esclave, Washington Ferguson, dont
Booker prit le prénom pour nom lorsqu’il entra à l’école. En dépit de son
métissage, le système des castes juridiques fit qu’il fut considéré comme un
esclave noir. Quelques pères blancs assurèrent à leurs enfants naturels la
possibilité de suivre un enseignement ou la formation pour devenir artisans ;
quelquefois les mères et les enfants étaient affranchis et retrouvaient leur
liberté ; ce n’a pas été le cas pour Booker T. Washington.
Durant l’été
de 1865, sa mère déménagea avec ses enfants Booker, son frère John et sa sœur Amanda
à Malden, dans le Comté de Kanawha afin de rejoindre son époux. Cette mère eut
une influence majeure sur sa scolarité car, même si elle ne savait pas lire
elle-même, elle achetait des livres d’orthographe à son fils afin de l’encourager
à lire. Après l’émancipation sa famille était tellement frappée par la pauvreté
que le jeune Booker alla travailler dans des fours de sel et des mines de
charbon dès l’âge de 10 ans (1866-1868). Il était un enfant intelligent et
curieux, il aspirait à une éducation et fut frustré de ne pas pouvoir
bénéficier d’une bonne instruction localement.
Quand il eut
16 ans ses parents l’autorisèrent à quitter son travail pour aller à l’école. Toutefois,
comme ils ne disposaient pas des moyens financiers pour subvenir à ses études,
il marcha 200 miles pour se rendre à Hampton Normal and Agricultural Institute,
créé pour instruire les affranchis. Pour payer ses études ainsi que sa pension
il travailla comme portier. Plus tard il rejoindra Wayland Seminary afin de
compléter sa formation d’instructeur.
En 1881,
suivant les conseils de Samuel C. Armstrong il devient le 1° responsable de
Tuskegee Normal and Industrial Institute, la nouvelle Ecole Normale en Alabama.
Il a dirigé ce qui est devenu l’Université de Tuskegee jusqu’à la fin de son
existence.
La nouvelle
école a ouvert 04.07.1881, d’abord en utilisant l’espace loué à une église
locale. L’année suivante, Washington a acheté une ancienne plantation qui est
devenue le site permanent du campus. Sous sa direction, les étudiants ont
littéralement construit leur propre école : construction des salles de
classe, des granges et des dépendances, subvenant à la plupart de leurs besoins
par leurs propres récoltes et l’élevage de leur bétail. La structure offrait
aux hommes et aux femmes des formations professionnelles pratiques ou leur
permettait d’accéder à un cursus universitaire. Tuskegee utilisait chacune de
ses activités afin d’enseigner aux élèves les compétences de base
indispensables dans les communautés noires rurales du Sud. Mais Tuskegee formait
également des enseignants. Cet institut illustre les aspirations de Washington
pour ceux de sa race. Sa théorie était que, en produisant des compétences
pratiques et indispensables à la société, en se montrant responsables et
fiables, les Afro-Américains accéderont à une pleine acceptation de la part des
Blancs.
En 1895, Booker T. Washington est invité à parler à l’ouverture de la « Cotton States Exposition », honneur sans précédent pour un Afro-Américain. Il est sollicité pour effectuer un bref discours afin d’exprimer sa thèse en matière de philosophie sociale et raciale. Lors de ce qui reste le « Compromis d’Atlanta », il sollicite des Américains blancs la possibilité d’instruire les Noirs afin qu’ils puissent trouver des emplois tant dans l’industrie que dans l’agriculture. En échange, il fait prévaloir que les Noirs renoncent à leurs vœux d’égalité sociale ainsi qu’à leurs droits civils. Le message aux Noirs était que l’égalité sociale et politique était moins importante dans l’immédiat que l’indépendance et la respectabilité économique. Booker T. Washington affirme que si les Noirs s’imposent dans l’économie et prouvent leur utilité aux Blancs, ensuite l’égalité sociale et les droits civils leur seront probablement accordés. Bien que sa position conciliante irrita quelques Noirs, dans l’ensemble ils avaient très envie de travailler comme fermiers, artisans, domestiques ou travailleurs manuels afin de prouver aux Blancs que tous les Noirs n’étaient pas que des menteurs et des voleurs de poulets.
La stratégie
de Washington était un compromis à l’oppression blanche. Il conseilla aux Noirs
de faire confiance au paternalisme des Blancs du Sud et d’accepter le fait de
la suprématie blanche. Il tressa une mutuelle interdépendance entre les Blancs
et les Noirs dans le Sud mais il souligna qu’ils étaient socialement séparés :
« Dans toutes les choses qui sont purement sociales nous pouvons être
séparés comme les doigts ; mais ne faire plus qu’un, comme une main, dans
les domaines essentiels au progrès mutuel. »
Washington conseilla
aux Noirs de rester dans le Sud, d’obtenir une éducation utile, de protéger
leur argent, de travailler dur et d’acheter une maison. En agissant ainsi,
Washington rappelle aux Noirs qu’ils pourront gagner pleinement leurs droits de
citoyens.
Les Blancs
américains reçurent avec enthousiasme les principes raciaux de Washington et le
nommèrent leader national des Noirs. Les Blancs du Nord virent en la doctrine
de Washington une opportunité de paix entre les différentes races du Sud. Les Sudistes
blancs apprécièrent son programme car il n’impliquait pas d’aspirations
politiques, civiles ou sociales et maintenait le Noir dans un statut inférieur.
Comme les
intentions de Washington convenaient aux Blancs, des contributions
substantielles furent attribuées par des philanthropes à Tuskegee ou d’autres
institutions qui s’alignèrent sur le plan de Washington. Le prestige de
Washington grandit au point qu’il fut considéré comme le porte-parole de la
communauté noire toute entière.
Grâce au
solide soutien des Blancs, Washington devint un leader noir influent non
seulement dans les milieux de l’éducation et de la philanthropie mais également
dans le secteur des affaires, au sein des ouvriers, des politiciens et même dans
les affaire publiques.
En plus de
Tuskegee Institute, Washington institua une variété de programmes pour l’extension
du travail rural et aida à créer la National Negro Business League à Boston au
Massachussetts en 1900. Peu de temps après l’élection du Président William
McKinley en 1896, un mouvement milita pour que Booker T. Washington soit nommé
à un poste du cabinet mais il retira son nom, préférant travailler en dehors de
l’arène politique.
Cependant,
Washington fut invité le 16 Octobre 1901 à un dîner d’état par le Président
Theodore Roosevelt, devenant ainsi le 1° Afro-Américain accueilli à ce niveau. La
même année fut édité son livre le plus connu, « Up from Slavery » qui
obtint immédiatement un large succès et eut un immense impact sur la communauté
afro-américaine ainsi que sur ses amis et alliés.
D’un point de
vue privé, Booker T. Washington a été marié 3 fois. Dans son ouvrage le plus
célèbre, « Up from Slavery », il rend hommage à toutes ses épouses
pour leur contribution à Tuskegee, avouant clairement que sans leur
participation le projet n’aurait pas été couronné d’autant de succès.
Sa 1° femme,
Fannie N. Smith, était originaire de Malden, lieu où il vécut de 9 à 16 ans et
avec lequel Washington garda des contacts toute sa vie. Ils se sont mariés
durant l’été 1882 et eurent une fille Portia M. Washington mais Fannie décéda
en Mai 1884. Sa 2nde épouse Olivia A. Davidson, née dans l’Ohio, a
étudié à l’Institut d’Hampton puis à l’Ecole Normale du Massachussetts à
Framingham. Elle a enseigné ensuite dans le Mississipi et le Tennessee avant d’être
engagée à Tuskegee. Lorsque Washington fait sa connaissance, elle est
professeur et devient sa principale assistante. Ils se sont mariés en 1885 et
ont eu 2 fils, Booker T. Washington Jr et Ernest Davidson Washington avant qu’elle
ne meure en 1889. En 1893, Booker T. Washington se remarie pour la 3° fois avec
Margaret James Murray, originaire du Mississipi et diplômée de l’Université de
Fisk. Ils n’eurent pas d’enfants mais elle se chargea de l’éducation de ceux
nés des précédentes unions de Washington. Elle survécut à son époux et décéda
en 1925.
En dépit des
nombreux voyages auxquels il était assujetti ainsi que des multiples
responsabilités qui étaient les siennes, Washington est toujours demeuré responsable
de Tuskegee. La masse de travail qui est la sienne détériore rapidement sa
santé et il s’effondre à New York. Il est ramené en urgence à Tuskegee où il
décède le 14 Novembre 1915 à l’âge de 59 ans. Dans un premier temps, les causes
de sa mort ne sont pas très claires : on suppose de l’épuisement nerveux
et de l’artériosclérose. Il est enterré sur le campus de l’Université de
Tuskegee, près de la chapelle. En Mars 2006, avec l’autorisation de ses
descendants, l’examen des dossiers médicaux indique qu’il était en fait décédé
d’hypertension artérielle avec une pression plus de 2 fois supérieure à la
normale.
Son autobiographie,
« Up from Slavery », raconte sa spectaculaire ascension, des très
humbles débuts jusqu’à la fondation de Tuskegee ; elle prône les
convictions de Washington comme l’amélioration du statut social et économique
de l’Afro-Américain via un travail acharné. Cette institution et cette
initiative étaient controversées à l’époque. En effet, la carrière de
Washington est pleine de paradoxes.
Il conseilla
aux Noirs de rester dans le Sud, évita les débats politiques et les
protestations en prônant l’entraide économique et la formation professionnelle
mais il devint un chef politique puissant, l’ami d’hommes d’affaires comme
Andrew Carnegie et même le conseiller des présidents.
Booker T.
Washington accepta publiquement, sans aucune protestation, la ségrégation
raciale et la discrimination électorale mais secrètement finança et dirigea de
nombreuses poursuites judiciaires contre de telles proscriptions des droits
civils.
Il prêchait
une morale de puritain ainsi qu’une hygiène personnelle exemplaire alors qu’il
était engagé dans des actes de sabotage et d’espionnage contre ses opposants
noirs.
Devant les
Blancs il était un modèle d’humilité et de zèle tandis qu’avec ses
collaborateurs et les élèves à Tuskegee il était un despote bienveillant.
Certes il
était fréquemment critiqué pour son caractère opportuniste ; cependant, l’extraordinaire
succès de Tuskegee augmenta durant ses 34 années de direction de l’établissement
et a réduit au silence beaucoup de ses détracteurs.
« Il s’agissait pour nous de prouver qu’il était possible à la race nègre de fonder un établissement d’instruction et d’éducation et de le diriger convenablement. Echouer, c’était porter un coup à la race toute entière. Tout était contre nous. On pensait communément que le succès, naturel, certain pour les Blancs, avec nous serait une chose inouïe. Ces considérations pesèrent très lourdement sur nous. » Booker T. Washington, Autobiographie d’un nègre.
Booker T. Washington, ses deux fils et une de ses nièces.
25 novembre 2008
LE RACISME, CANCER DES USA
Au soir du 04
Novembre 2008, à Chicago, devant des milliers de personnes, Barack Obama a
prononcé un discours de victoire teinté de références à Martin Luther King, à
John Fitzgerald Kennedy et à Abraham Lincoln. Abraham Lincoln, dans la mémoire
collective son nom est associé à l’abolition de l’esclavage. Pourtant, si son
sens moral lui dicte ses positions, il n’en demeure pas moins qu’il ne croit
pas en l’égalité des races, dont la preuve réside en ses propos.
« - Je dirai donc que je ne suis pas et je
n'ai jamais été en faveur de l'égalité politique et sociale de la race noire et
de la race blanche, que je ne veux pas et que je n'ai jamais voulu que les
Noirs deviennent jurés ou électeurs ou qu'ils soient autorisés à détenir des
charges politiques ou qu'il leur soit permis de se marier avec des Blancs.
[...] Dans la mesure où les deux races ne peuvent vivre ainsi, il doit y avoir,
tant qu'elles resteront ensemble, une position inférieure et une position
supérieure. Je désire, tout autant qu'un autre, que la race blanche occupe la
position supérieure. »
Si hier l’un
des principaux artisans de l’abolitionnisme américain était capable de telles
paroles, quelles vont être aujourd’hui celles des mouvements racistes avec l’accession
d’un Afro-Américain à la présidence des USA ? Répugnantes, méprisantes,
écoeurantes… Et c’est ainsi que l’on voit surgir 888 « groupes de haine »
aux USA, ainsi nommés par le Southern Poverty Law Center. Ces individus
immondes ne sont que des abcès purulents, des gangrènes sociales qui pourrissent
la sérénité communautaire.
Dans les
dernières semaines qui ont précédé l’élection d’Obama, les incidents racistes s’étaient
multipliés, notamment par des menaces de mort proférées en public à l’encontre
du candidat démocrate. Depuis, il y a une surenchère de la violence de la part
des extrémistes.
Croix brûlée
sur le perron d’un couple mixte en Pennsylvanie
Voitures maculées
de croix gammées en Californie
Slogans racistes
comme « Retournez en Afrique » peints sur des trottoirs, des maisons et des
automobiles en Californie.
Graffitis racistes
découverts à Long Island, dans l’Etat de New York, à Kilgore (Texas)
Mannequins
noirs pendus à des arbres à Mount Desert Island, dans le Maine.
Selon le « Southern
Poverty Law Center », une association de lutte contre le racisme, basée
dans l’Alabama, ce sont des centaines et des centaines d’actes racistes qui
sont répertoriés depuis le 04 Novembre.
A Standish,
dans le Maine, un petit magasin proposait une loterie très particulière :
les clients pouvaient s’inscrire sur un tableau et parier sur la date à
laquelle « Oussama Obama » serait assassiné. Au bas du tableau était
précisé : « Espérons que quelqu’un gagne ».
Des écoliers
âgés de 7 à 9 ans ont scandé « Assassinez Obama » dans un bus
scolaire à Rexburg (Idaho).
Des croix ont
été brûlées dans les jardins de partisans d’Obama à Hardwick (New Jersey) et
Apolacan Tonship (Pennsylvanie). Cette pratique est habituellement utilisée
comme moyen d’intimidation par les groupes prônant la « suprématie des
Blancs » comme le Ku Klux Klan.
Un adolescent
noir a été attaqué à la batte de base-ball le soir de l’élection par 4 hommes
qui ont crié « Obama ».
Dans la
banlieue de Forest Hills, un homme noir a trouvé une note assortie d’une injure
raciste sur son pare-brise : « Maintenant que tu as voté pour Obama,
fais attention à ta maison ».
Partout dans
le pays, la police a reçu des plaintes ou relevé de nombreux incidents plus ou
moins graves allant des injures en passant par des menaces voire jusqu’au
vandalisme ou des agressions physiques.
A Snellville
(Georgie), une mère de famille noire témoigne des agressions verbales que
supportent quotidiennement sa fille de 9 ans. Elle relate les dégâts causés à
la pelouse de sa belle-sœur, les pancartes pro-Obama déchiquetées, le dépôt de
2 boîtes à pizza remplies d’excréments humains déposés devant sa porte.
Au lendemain
de l’élection de Barack Obama, une lycéenne noire de Marietta (Georgie),
Barbara Tyler, a été témoin de propos haineux vociférés par des élèves blancs.
A Covington
(Georgie), un collégien a été suspendu par son école car il portait une chemise
Obama. Le directeur de l’établissement s’est expliqué à la mère de l’adolescent
en justifiant sa décision par le fait qu’ils étaient dans le Sud et qu’il y
avait beaucoup de gens qui n’étaient pas contents de l’élection d’Obama.
4 étudiants de
l’Université de Caroline du Nord ont reconnu avoir écrit des commentaires
anti-Obama dans un lieu public dont un à connotation raciste.
Pour Mark
Potok, directeur de l’Intelligence Project au Southern Poverty Law Center la
hausse de ces crimes résulte de la coïncidence de plusieurs facteurs : l’augmentation
de l’immigration non blanche, l’estimation récente par le bureau national du
recensement que les Blancs deviendraient minoritaires aux Etats-Unis en 2040 et
l’augmentation du chômage. L’arrivée d’un président noir dans un pays qui
pratiquait encore la ségrégation raciale dans les années 1960 constitue le
changement le plus profond qu’ait connu le pays en matière de « race »
depuis la Guerre de Sécession, analyse Willaim Ferris, directeur adjoint du
Centre pour l’étude du Sud américain à l’Université de Caroline du Nord.
Selon Mark
Potok, la présence d’un Noir à la Maison Blanche engendre, pour un bon nombre
de Blancs, l’impression d’avoir tout perdu et que le pays construit par leurs
ancêtres leur a été dérobé.
Brian Levin,
professeur à l’Université de Californie à San Bernardino, spécialisé dans l’étude
du racisme et de l’extrémisme, confirme cette forte hausse d’actes racistes et
précise même que des sites Internet vantant la suprématie de la race blanche
connaissent une nette évolution de leur fréquentation et subissent même des
pannes de serveur en raison d’un trop grand nombre de connexions.
Crise d’identité
ou racisme chronique, qu’importe. Il demeure une terrible réalité : des
hommes qui naguère ont spolié les paisibles Indiens de leurs terres
revendiquent toujours et encore une supériorité à laquelle ils n’ont pas droit
et, comme à leur habitude, lorsque l’on se permet de les mettre face à leurs
démons, ils réagissent par la violence.
En conclusion, j’aimerai rappeler aux Blancs des USA qu’ils vivent sur une terre qui ne leur a jamais appartenue (c’est un vol !) aux côtés d’Afro-Américains issus d’Africains qui n’ont jamais réclamé à être arrachés à leurs racines et leurs familles pour être réduits en esclaves (c’est un crime !) ; alors, désormais, qu’ils payent pour tous leurs péchés !
24 novembre 2008
JESSE JACKSON, LE GARDIEN DE LA MEMOIRE NOIRE
Lorsqu’au soir
du 04 Novembre 2008, Barack Obama prononce son discours de victoire devant des
milliers de spectateurs à Grant Park dans la ville de Chicago, les caméras de
CNN s’attardent sur un homme en pleurs dans la foule en liesse. Ce Noir est un
témoin d’une autre époque. Naguère il a été de maints des combats de Martin
Luther King. En cet instant précis peut-être songe-t-il à la longue lutte que
les siens ont du mener pour qu’un Afro-Américain accède à la présidence de la
première puissance mondiale. Cet homme est un survivant, il est un lien entre
ceux qui ont combattu hier pour les droits civiques et celui qui accède au
pouvoir aujourd’hui. Il se nomme Jesse Jackson.
Jesse Jackson
Sr est né Jesse Louis Burns le 08.10.1941 à Greenville, Caroline du Sud,
d’Helen Burns, mère célibataire âgé de 16 ans à sa naissance. Son père
biologique, Noah Louis Robinson, un ancien boxeur professionnel et un
personnage important dans la communauté noire, était marié à une autre femme
quand Jesse est venu au monde. Ce père ne s’est jamais impliqué dans
l’éducation de son fils. En 1943, sa mère se marie avec Charles Henry Jackson
qui l’adoptera 14 ans plus tard. Jesse opta pour porter le nom de son beau-père.
Au cours de
son adolescence, Jackson fréquenta Sterling High School, un établissement
réservé exclusivement aux Noirs à
Greenville, au sein duquel il faisait
l’équivalent de « sport-études » en France. Après l’obtention de son
diplôme en 1959, il refusa un contrat dans une équipe de baseball
professionnelle car il pouvait intégrer la section « football » de
l’Université de l’Illinois qui pratiquait la déségrégation raciale. Cependant,
une année plus tard, Jackson est transféré à l’Université de North Carolina.
Plusieurs raisons furent invoquées à cette mutation : Jackson a prétendu
qu’elle était due à des motifs raciaux car son professeur s’obstinait à le
faire jouer en qualité de remplaçant et non de titulaire en dépit du soutien de
ses coéquipiers qui le voulaient vraiment dans le roster de base compte tenu de
ses aptitudes supérieures. Même si l’épisode de l’Illinois est loin d’être très
clair, Jackson quitta cette structure avec les compliments de l’Académie. Après l’obtention de son diplôme, Jackson a
intégré le Chicago Theological Seminary avec l’intention de devenir pasteur
mais il fut contraint d’abandonner ses études en 1966 suite à son
investissement à plein temps au sein du mouvement des droits civils. Il fut
toutefois ordonné en 1968 sans diplôme de théologie ; il a reçu un diplôme
honoraire en théologie du Chicago Thelogical Seminary en 1990 et un Master of Divinity Degree en
2000 basé sur son acquis antérieur ainsi que sur son expérience et ses travaux
substantiel.
Le 31 Décembre
1962, Jesse Jackson a épousé Jacqueline Lavinia Brown (née en 1944) avec
laquelle, par la suite, il a eu 5 enfants : Santita (1963), Jesse Jr
(1965), Jonathan Luther (1966), Yusef DuBois (1970) et Jacqueline Lavinia
(1975).
En 2001 il a
été découvert qu’il avait eu une liaison avec Karin Stanford, relation qui a
abouti à la naissance d’Asley en Mai 1999. Selon CNN, des sommes conséquentes
issues de l’organisation Rainbow/PUSH qu’il a créée auraient été versées à
Mademoiselle Stanford. L’incident a contraint Jesse Jackson à s’éloigner de la
scène politique pendant une courte période. Indépendamment des supposés
paiements effectués sur le compte de Rainbow/PUSH, Jackson verse chaque mois
4000 dollars à Mademoiselle Stanford pour l’éducation de leur fille.
En 1965, Jesse
Jackson, âgé de 24 ans, participe à la marche organisée de Selma à Montgomery
par le Pasteur Martin Luther King Jr et d’autres leaders pour les droits
civiques en Alabama. Lorsqu’il rentra de Selma, il décida de s’investir aux
côtés de Martin Luther King afin de créer une section de la Conférence des
Chefs Chrétiens du Sud (SCLC) à Chicago. Un an plus tard il est choisi par Martin
Luther King pour diriger l’opération « Breadbasket » à Chicago puis
le nomme responsable national en 1967. Suivant l’exemple du Révérend Leon
Sullivan de Philadelphia, l’objectif essentiel du nouveau groupe est d’utiliser
le boycott comme un moyen de pression sur les hommes d’affaires blancs afin qu’ils
embauchent de la main-d’œuvre afro-américaine et qu’ils fassent appel aux
services et achats de biens proposés par les entrepreneurs noirs. C’est une
opération essentiellement vouée à l’amélioration de la situation économique de
la communauté noire. Cette opération avait déjà des antécédents aux USA car le
Dr T.R.M. Howard, avant qu’il ne déménage à Chicago en provenance du Mississipi
en 1956, était à la tête du mouvement « Regional Council of Negro
Leadership » et avait organisé un boycott contre les stations services qui
refusait de mettre des toilettes à la disposition des Noirs. Le Dr Howard
adhéra à l’opération Breadbasket et en fut l’une des clés financières.
Lorsque Martin
Luther King Jr a été assassiné le 04 Avril 1968, Jesse Jackson se trouvait sur
le parking de l’hôtel de Memphis où le révérend King et ses collaborateurs
logeaient. Il a assisté impuissant à l’assassinat du lauréat du prix Nobel de
la Paix 1964. A partir de cet instant, plusieurs différents ont éclaté entre
Jesse Jackson et certains membres associés aux activités de Martin Luther
King. Jackson était réputé pour aimer se
faire remarquer en public depuis la première fois qu’il avait travaillé aux
côtés de King en 1966. Il avait beaucoup de prestance et savait imposer ses
opinions. King lui-même supputait une ambition un peu démesurée.
Depuis le
début de l’année 1968, les rapports de Jackson avec Ralph Abernathy, successeur
de King à la tête de la SCLC, devenaient de plus en plus conflictuels. L’idée
originelle de Jesse Jackson était de donner aux Noirs un certain faire-valoir. Sa
lutte était axée sur le respect, la dignité et la reconnaissance de la valeur
des Noirs dans la société américaine. En Décembre 1971, il se trouva en total
désaccord avec Abernathy. Ce dernier décida de le suspendre de ses fonctions
pour « inconvenance administrative et actes répétés de violation de
politique organisée ».
Résigné, Jesse
Jackson regroupe ses partisans et, dans le même mois, crée l’Opération PUSH
(People United to Save Humanity – Peuple
uni pour sauver l’humanité, qui deviendra plus tard People United to Serve
Humanity soit Peuple uni pour servir l’humanité). Le nouveau groupe s’est
organisé dans la demeure du Dr Howard qui devint également l’un des membres du
cabinet directeur ainsi que du comité de finances. Jesse Jackson devient dès
lors un acteur incontournable de la scène médiatique en tant que plus important
représentant de la population noire. Son influence s’étend à l’extérieur des
USA au cours des années 80 et 90.
Jesse Jackson
lutte pour les droits civiques mais défend également différentes causes hors de
la communauté, prouvant son attachement au drapeau américain, notamment en
oeuvrant pour la libération de soldats américains faits prisonniers en Syrie et
à Cuba. Il en sera remercié par le président Reagan lors d’une cérémonie spéciale
à la Maison Blanche le 04.01.1984.
En 1984,
Jackson crée l’organisation « Rainbow Coalition » qui plus tard, en
1996, fusionna avec Operation PUSH. Le nouvel organisme se nomma Rainbow PUSH.
En 1997 il se
rendit au Kenya pour rencontrer le président kényan Daniel arap Moi comme
envoyé spécial de Bill Clinton afin d’organiser des élections libres. En Avril
1999, durant la Guerre du Kosovo, il s’est déplacé à Belgrade afin d’intervenir
dans la libération de 3 prisonniers de guerre américains capturés sur la
frontière macédonienne tandis qu’ils patrouillaient avec une unité de force de
maintien de la paix. Sa rencontre avec Slobodan Milosevic fut déterminante pour
la remise en liberté des 3 hommes.
Le 15 Février
2003 il s’est exprimé devant environ 1 million de personnes à Hyde Park,
Londres, contre l’invasion imminente de l’Irak par les armées américaines et
anglaises. En Novembre 2004 il a rendu visite à des politiciens et activistes d’Irlande
du Nord afin de les inciter à renouer le dialogue et reconstruire un processus
de paix.
En parallèle
de son activisme social national puis international, le 03.11.1983 Jesse
Jackson a annoncé sa candidature à la présidence. Il devient le 2nd
Afro-Américain, après Shirley Chisholm, à se présenter à l’investiture
démocrate en vue de l’élection présidentielle de 1985. Il mène campagne en
défendant ses thèmes de prédilection pour le territoire américain : hausse d’impôts
pour les riches et baisse pour les autres, instauration d’une couverture
sociale universelle, réparation aux descendants d’esclaves, lutte contre la
pauvreté et la drogue, diminution du budget de la Défense et réattribution à
l’Education. Il innove également en politique extérieure en soutenant la
création d’un Etat palestinien et en réclamant des sanctions contre l’Afrique
du Sud de l’apartheid. Cette dernière mesure sera la seule retenue par le
Parti Démocrate qui l’inclut dans son programme.
Le
révérend obtient 3,5 millions de votes lors des primaires, ce qui lui donne la
troisième place. C’est Walter Mondale qui est choisi pour défendre la gauche
face au président sortant, Reagan, qui sera réélu pour un second mandat aidé de
son vice président Georges Bush.
Il
retente l’aventure pour la perdre à nouveau en 1988 : Georges Bush devient le
nouveau président des Etats-Unis, battant le vainqueur de Jesse Jackson, le
démocrate Michael Dukakis.
Jesse
Jackson persévérera en briguant l’investiture pour la troisième fois en 2004,
mais c’est John Kerry qui l’emportera.
Plus
tard il postula pour devenir sénateur de l’opposition dans le District de
Columbia quand le poste fut créé en 1991 et y demeura jusqu’en 1997, ne se
représentant à sa réélection. Cette mission bénévole a été principalement mise
en place afin de lutter contre la délinquance dans le District de Columbia.
Dans
le milieu des années 90 il fut approché pour être nommé Ambassadeur des
Etats-Unis en Afrique du Sud mais il déclina l’offre afin de pouvoir soutenir
son fils Jesse Jackson Jr qui présentait aux élections de la Chambre des
Représentant. Jesse Jackson Junior, 43 ans, représente au Congrès la deuxième
circonscription de l'Illinois. Il brigue maintenant le fauteuil de Barack Obama
au Sénat. Selon la procédure en cas de démission d'un sénateur, c'est le
gouverneur de l'Etat qui choisit arbitrairement un remplaçant. Jesse Jackson
figure dans les favoris : il a fait valoir qu'il serait souhaitable que le
siège reste acquis à un Africain-Américain (Mr. Obama est l'unique Noir du Sénat).
A
l’élection de Bill Clinton il devint l’un de ses intimes et amis. Clinton lui
décerna, du reste, la Médaille présidentielle de la Liberté, une des deux plus
grandes décorations civiles avec la Médaille d’or du Congrès.
En
Mars 2007, Jesse Jackson a déclaré son soutien au Sénateur Obama mais il a
reproché à Barack Obama de fermer les yeux sur les inégalités raciales qui
persistent et ce « pour rassurer les Blancs ». Quand il s'est lancé
dans la course, Obama n'avait qu'une poignée de soutiens dans la "vieille
garde". La génération historique s'est ralliée, mais Jesse Jackson entend
rester critique : "Martin
Luther King avait soutenu Kennedy contre Nixon. Il a quand même fallu que nous
marchions pour obtenir une loi sur les logements publics. Il avait soutenu
Johnson contre Goldwater. Il a quand même fallu manifester pour obtenir le
droit de vote. Quand Monsieur Obama sera à la Maison Blanche, tout le monde
voudra l'accaparer. Le mouvement des droits civiques devra se rappeler à son
attention."
Le soir du 04 Novembre 2008, Jesse Jackson pleurait
durant le discours de Barack Obama. Il était certes fier de la réussite de l’un
de ses frères mais ces larmes étaient également destinées à tous les absents, à
toutes les victimes, leur mort ainsi que cette lutte qui n’est pas prête de s’achever
car du côté du révérend se reflète la réserve de ceux qui ne veulent pas se
laisser emporter par l’événement et qui soulignent que la discrimination n’a
pris fin le 04 Novembre.
"C'était un sentiment double. L'ascension de Barack Obama et le prix qui avait été payé pour l'amener là." Jesse Jackson.








