LUCKY'S WORLD

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12 décembre 2008

LA CONDITION DE LA FEMME DANS L'AFRIQUE SUBSAHARIENNE


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Quelle est la condition des femmes africaines sur le continent noir ? La question est très vaste et ne peut se résumer en quelques lignes ; aussi j’aimerais simplement offrir un bref aperçu révélateur de ce qu’est, à mes yeux, le calvaire de la femme dans la société africaine. Si dans nos sociétés occidentales le combat a été long pour que la femme puisse gagner la place légitime qui est la sienne, si la lutte est loin d’être terminée pour parvenir à la parité, au respect intégral, à la juste reconnaissance des valeurs de chacune, en Afrique, la femme ne détient quasiment aucune valeur, bafouée, trahie, utilisée comme du vulgaire bétail, majoritairement interdite d’instruction, elle survit au sein d’un système aux traditions moyenâgeux dont elle est pourtant le rouage le plus important.


Bien sûr décrire la femme africaine telle une personne entravée, privée de ses libertés fondamentales, martyre dans une Afrique exsangue où règnent la misère et la violence, être sans instruction, c’est renvoyer une image réductrice, même si cette triste réalité existe, car c’est occulter l’existence de cette Afrique positive où les femmes jouent un rôle plus que conséquent ; les femmes africaines sont l’espoir d’un continent qui croule sous les mauvaises nouvelles (guerres, sida, corruption, famines) car partout elles s’engagent pour améliorer le sort des leurs.


Il suffit de se déplacer dans une campagne africaine pour se rendre compte de l’extrême utilité des femmes. Partout, elles occupent une place importante dans l’activité économique car elles couvrent tous les créneaux de l’artisanat et du commerce. Malheureusement, même si elles sont de plus en plus instruites, la part qui leur est faite dans le partage des rétributions est très congrue. Elles supportent le poids d’une tradition qui ne leur reconnaît pas la majorité civique, elles ne possèdent pas la terre, ne disposent pas d’un revenu comptabilisé et, de ce fait, ne peuvent pas bénéficier en leur nom propre d’un prêt ou d’une avance pour développer leur activité. Il y a un fossé entre le rôle économique réel des femmes de l’Afrique subsaharienne et leur pouvoir dans la société. Au prix de multiples efforts certaines ont conquis leur autonomie mais l’immense majorité est toujours victime d’une extrême précarité socio-économique, même si, instruites ou pas, nombreuses sont celles qui font preuve d’une ingéniosité extraordinaire afin de « s’en sortir » dans un monde souvent hostile.


Alors que les femmes africaines sont reconnues pour être le pilier nourricier de la famille, que leur rôle est primordial dans le maintien de la cohésion sociale, qu’elles ont la confiance des ONG et autres organes de développement parce qu’elles sont plus honnêtes que les hommes, leurs droits sont encore entachés d’incertitudes et d’obstacles masculins.

Pourtant, via le « Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme », l’Union Africaine possède un outil de qualité apte à positionner la femme africaine au même niveau que les femmes occidentales. En effet, l’égalité entre l’homme et la femme y est fortement souligné, la monogamie encouragée et, sans que le terme soit véritablement écrit, l’excision interdite ; de plus, elle a le droit d’acquérir des biens propres, les biens communs acquis durant le mariage doivent être partagés équitablement, elle dispose d’un accès à la terre et la veuve a le droit à une part équitable dans l’héritage des biens de son époux.

43 des 53 pays de l’Union Africaine ont signé ce Protocole, 21 l’ont ratifié (ce qui permet sa mise en œuvre). Le Soudan et la Tunisie ne l’ont ni signé ni ratifié.

Ceci relève du droit. La réalité est toute autre car dans cette société subsiste la soumission au système patriarcal qui détermine de manière irrévocable la subordination légale, sociale, politique et morale de la femme à l’homme.

Lors d’un séminaire organisé au Burkina Faso en 2006, les hommes ont tous insisté sur les facteurs traditionnels qui n’autorisent pas les femmes à accéder de manière stable à la terre. En fait, le souci avoué ne résidait qu’en un seul domaine : en devenant plus indépendantes par le foncier, les femmes affaiblissaient la puissance masculine… D’ailleurs des témoignages ont indiqué que beaucoup de dossiers présentés par les femmes n’aboutissent pas et sont sujets à de multiples requêtes financières illégales par les fonctionnaires mâles.


Pourtant il est indéniable que l’accès stable de la femme africaine à la terre voire la propriété est un facteur incontournable à une amélioration de la production alimentaire durable et ainsi à l’autonomie alimentaire d’un pays. En Afrique, les femmes sont des mères courage qui ont le génie économique de la survie. Elles pourraient être l’avenir de l’Afrique si les Etats s’affirmaient véritablement démocrates et leur rendaient justice.


En effet, de toutes parts, des obstacles s’affirment pour freiner leur essor. Tout d’abord il faut être conscient que l’Afrique est gérée par deux sortes de droits : le droit « moderne » (de beaux écrits en faveur de la femme mais rarement appliqués) et le droit coutumier (qui l’enferme dans des traditions ancestral où elle n’a pratiquement aucune valeur). Le second prime, bien évidemment, dans un domaine où leur intervention est essentielle : l’accès à la terre. Forces de travail et génitrices, elles doivent se contenter de mettre en valeur une terre dont elles ne seront jamais propriétaires. Ce qui vaudra à René Philombe, écrivain camerounais, de constater que la femme est vue comme « machine à plaisir et machine agricole ».


Autre difficulté récurrente que rencontrent les femmes africaines, financer leur projet. De la production vivrière à la restauration, en passant par la cueillette, la transformation, l’élevage, l’artisanat et le commerce, les femmes sont le poumon économique de l’Afrique. Pourtant solliciter un emprunt se traduit généralement par une fin de non-recevoir. Tout se passe comme si le système financier formel les rejetait. Plus de la moitié des femmes ayant une activité commerciale ne possède même pas de compte bancaire. Il en résulte qu’elles ne peuvent se développer (surtout en milieu rural) et ne peuvent bénéficier des techniques modernes. Seules les ONG sont un agent capital pour les aider dans une émancipation citoyenne, dans leur vie de femmes, de mères et de travailleuses. Malheureusement dans le contexte actuel de désorganisation sociale qu’est l’Afrique, le frein mis à l’essor des initiatives féminines limite leur impact à une utilité de subsistance.


Le poids culturel est le plus dangereux des ennemis pour la femme africaine car, de surcroît, il est invisible. Emprisonnée dans un système patriarcal, la femme africaine est sensée représenter la vertu, l’abnégation et peu comprenne qu’elle souhaite s’émanciper, qu’elle ose exiger plus de liberté. Dans les campagnes reculées, elle n’a pas droit à l’instruction, appelée à se marier et étrangère en sursis chez son époux, elle doit accepter sa polygamie et est susceptible d’être répudiée à chaque instant. Elle doit demeurer à sa place, ne pas désirer l’accès aux livres qui ne pourraient que lui bâtir des rêves saugrenus, ne pas faire de vague. Hélas, souvent ces mêmes mères « sacrifiées » reproduisent involontairement un schéma d’éducation défavorable en élevant leurs fils tels des « petits coqs » appelés à régner alors qu’elles inculqueront à leurs filles un enseignement d’êtres dévolus aux tâches subalternes comme le ménage, les courses ou la cuisine. Dès l’enfance les jeunes filles sont accoutumées aux « Tais-toi c’est l’homme qui décide ».


Bien sûr on ne saurait parler des freins à l’épanouissement des Africaines sans évoquer le climat social dans lequel elles évoluent, plus que délétère : mauvaise gouvernance du pouvoir en place, tribalisme, intégrisme religieux… La liste des pays où sévissent des conflits est longue : Burundi, Rwanda, Angola, République démocratique du Congo, Libéria, Sierra Leone, Côte d’Ivoire… Dans tous ces états, actuellement ou dans un passé encore proche, les femmes et les enfants sont les victimes les plus durement touchées. Dans les camps de réfugiés, il n’est pas rare de voir les plus jeunes se prostituer pour un sac de riz. Puis, il y a le calvaire de ces mères à la dérive dont les progénitures ont été enrôlées de force pour servir de chair à canon. Il y a le drame de ces milliers de femmes burkinabés ou guinéennes prises comme boucs émissaires dans une Côte d’Ivoire en plein marasme social. Du jour au lendemain, il leur faut quitter un pays où elles sont installées depuis des années, abandonner une relative stabilité socio-économique pour un avenir hypothétique. Il y a le drame de ces femmes victimes de l’intégrisme religieux, condamnées à être lapidées pour adultère et autres prétextes discutables.


Et quand bien même elles vivent dans des Etats « socialement stables », ce sont d’autres qui décident de leur destinée. Elles triment chaque jour, non point pour voir évoluer leur programme de santé ou leur système d’éducation mais pour rembourser une dette extérieure qui n’en finit jamais. Elles suent sous le soleil et la pluie, elles travaillent dans des conditions difficiles pour, au final, ne jamais être écoutées car leur opinion n’a que trop peu d’importance dans la balance.


Généralement il est considéré que la meilleure sortie pour la jeune fille c’est l’école, qui est partout libératrice. Au Burkina Faso, par exemple, le taux d’alphabétisation des femmes est de moins de 10% alors que celui des hommes est d’environ 30%. Néanmoins, pour suivre ses études, la jeune fille issue des milieux ruraux est obligée de quitter sa famille dès l’âge de 11 ans. Dans la plupart des cas, elle trouvera un hébergement chez un parent ou un « tuteur ». Malheureusement, là où la démarche peut paraître anodine chez nous, la jeune africaine sera régulièrement confrontée à des harcèlements sexuels, des viols ou des « relations forcées » tout le reste de sa scolarité. En effet, le maître, le professeur, le tuteur sont autant de dangers car tous les hommes qui l’entourent ont autorité et pouvoir sur elle. Elle ne dispose d’aucun moyen pour se faire entendre et d’échapper à son tragique sort puisque pour des raisons de pauvreté et de dépendance matérielle, ces violences sont la condition même de sa scolarité. Dans un tel contexte, les responsables ne culpabilisent nullement et les jeunes filles n’ont surtout pas intérêt à entreprendre une quelconque démarche de révolte car elles seront accusées de provocation ou de consentement. Il en découle des études contrariées, des grossesses non désirées, des avortements dangereux et des morts précoces. Même si, aujourd’hui, les jeunes filles s’organisent de plus en plus pour défendre leurs droits en sensibilisant le public, la classe politique et les responsables de l’éducation, elles ne trouvent pas encore assez d’échos pour véritablement faire changer les mœurs.


Au gré de mes « rencontres » africaines j’ai été confrontée à une pratique que je réprouve viscéralement : la polygamie. Pour un esprit tel que le mien où le mariage est, en premier lieu, un engagement du cœur, la consécration d’un amour exclusif nanti d’une multitude de sentiments que 2 êtres éprouvent l’un envers l’autre, la polygamie est inconcevable. Au contraire des comportements occidentaux, cette coutume est largement répandue en Afrique. Posséder deux, trois voire quatre épouses garantit à l’homme la survie et une main-d’œuvre à bon marché. Pour un homme africain, avoir plusieurs femmes est tout ce qu’il y a de plus normal car cela signifie un supplément de virilité et une assurance de descendance. La descendance est la valeur fondamentale des sociétés africaines car la progéniture est considérée comme la principale richesse humaine. Et avoir une nouvelle épouse coûte moins cher qu’une bonne ! Naturellement si la polygamie est largement répandue dans la tradition africaine, la polyandrie, est bien entendu, inconcevable. Pourtant les hommes eux-mêmes sont souvent conscients que leur polygamie engendre des atmosphères irrespirables car des jalousies éclatent entre les diverses femmes et surtout plus violemment entre les enfants nés des différents lits. Pourtant dans les milieux ruraux l’homme profite largement de cette pratique pour exploiter un maximum ses épouses et en profiter pour paresser. Au fil des générations il a su mettre en place une organisation qui fait que les femmes sont quasiment ses esclaves : femmes à l’œuvre de l’aube jusqu’au soir, responsables des repas, de la recherche de bois et d’eau, ensemençant les champs au pic et à la pelle, leur dernier-né noué autour des reins, femmes qui, la nuit venue, doivent encore se garder disponibles pour les avances de leur mari car une Africaine ne se refuse pas à son époux. Les femmes s’épuisent, l’homme se prélasse sur une chaise, sous un parasol, et écoute la radio en sirotant une bière ou font la sieste. Nombreuses sont les femmes africaines qui se révoltent face à tant de paresse car elles sont conscientes que leur mari les épuisent, profitent du produit de leur travail et ne pensent qu’au sexe. Certaines ont osé agir et sont parties. Des témoignages rapportent que ces femmes incitent leur propre fille à étudier et demeurer indépendantes. Pourtant il n’est pas si sûr que l’école change tout car la plupart des hommes professeurs sont eux-mêmes polygames. Et le triste constat d’avouer que désormais on semble passer d’une polygamie de nécessité à une polygamie de loisir, avec des femmes toujours plus jeunes ! Dernier point où la polygamie s’avère une pratique des plus fâcheuses, en dehors des critères moraux : c’est un facteur d’aggravation de la pandémie du SIDA. Des pays comme l’Afrique du Sud où un adulte sur cinq est infecté, les statistiques révèlent qu’un homme sud-africain atteint du VIH contamine en moyenne 3.5 femmes ! Malheureusement dans un continent ravagé par le SIDA, l’extrême pauvreté, l’inaccessibilité aux soins médicaux, gravement carencé en matière d’alphabétisation et d’éducation, la lutte contre la polygamie n’est vraiment pas une priorité pour les autorités.


Depuis plusieurs années, les femmes africaines doivent affronter une situation nouvelle : l’absence de leur mari parti faire fortune sous d’autres cieux. Pendant des mois voire des années elles restent seules au pays avec les enfants, la lourdeur de l’éducation, la belle-famille, le manque d’argent et les exigences de la fidélité. Au début l’époux envoie de l’argent, des bouts de ficelle, à peine de quoi faire survivre la tribu qui est la charge de l’expatrié. Tous les mois l’argent est kidnappé par les membres mâles de la famille, la femme n’a pas son mot à dire, elle subit. La haine s’installe entre la femme et sa belle famille, les enfants souffrent de l’absence d’un père, font l’objet de moqueries. Les nouvelles s’espacent, les envois d’argent aussi. La femme se sent frustrée car elle se trouve dans l’impossibilité même de procréer puisque son mari est au loin. Nombreuses sont celles qui supputent des infidélités, d’autres vies construites là-bas. Elles se sentent abandonnées. Toutefois, au fil du temps, certaines parviennent à réagir et demande le divorce par défaut d’entretien du ménage. La grande majorité, hélas, vivant dans les villages reculés, n’ont pas d’autres options que de prendre un amant afin de retrouver la chaleur et la tendresse d’un homme. Ces relations sont vécues dans le plus grand secret car l’infidélité d’une femme est très mal vue et lorsqu’une grossesse naît de cette liaison dangereuse les futures mères se livrent trop souvent à des avortements ratés ou des infanticides monstrueux destinés à laver ou éviter la honte d’avoir succombé aux plaisirs charnels avec un autre.


Au final, quand bien même l’on souhaite demeurer optimiste quant à l’évolution des mentalités et des mœurs, force est de constater que la condition des femmes en Afrique relève plus du calvaire que d’un épanouissement. Des notions existentielles basiques dans nos sociétés occidentales sont encore totalement inconnues en Afrique subsaharienne. Là où l’homme moderne a su donner une autre dimension à son rôle d’époux et de père chez nous, les Africains demeurent enliser dans des coutumes moyenâgeuses qui bafouent complètement les droits légitimes des femmes. Toutefois loin de nos esprits l’idée de nous apitoyer sur le sort de ces femmes, elles n’ont point besoin de nos larmes ou de nos paroles mielleuses mais de notre AIDE. A chaque fois qu’une organisation sollicite notre collaboration pour soutenir une avancée quelconque de la femme en Afrique, pensez-y et agissez car ce qui peut paraître insignifiant à nos yeux est un pas de géant pour elles !


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08 décembre 2008

8 COMME LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE

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Qui connaît les Objectifs du Millénaire ? Si un sondage devait être effectué au sein des populations mondiales et que les réponses soient suffisamment justifiées pour être recevable, peu de personnes seraient aptes à répondre à cette question. Ce qui est choquant ce n’est point le fait que les individus soient incapables de renvoyer un écho à cette interrogation mais qu’un projet dans lequel tous les Etats membres de l’ONU sont engagés et dont les enjeux sont aussi importants soit si peu connu du grand public. A qui la faute ? Aux Nations Unies bien évidemment. Pour cette action d’une ampleur colossale qui nécessite l’intervention et le soutien financier d’un maximum de partenaires il devrait y avoir médiatisation à outrance et c’est loin d’être le cas.


Donc, pour commencer, il est bon de rappeler que les Objectifs du Millénaire sont au nombre de 8, qu’ils ont été établis par 191 pays, qu’ils ont été adoptés lors du Sommet du Millénaire qui s’est déroulé du 06 au 08 Septembre 2000 au siège des Nations Unies à New York et qu’ils doivent être atteints en 2015. Ils consistent à :

  • Réduire l’extrême      pauvreté et lutter contre la faim
  • Assurer l’éducation      primaire pour tous
  • Promouvoir l’égalité      des sexes et l’autonomisation des femmes
  • Réduire la mortalité      des enfants de moins de 5 ans
  • Améliorer la santé des      mères
  • Stopper la propagation      du VIH/SIDA, de la tuberculose, du paludisme et d’autres maladies
  • Assurer un      environnement durable
  • Mettre en place un      partenariat mondial pour le développement


Aucun de ces « Millenium Goals » n’est en voie d’être touché. Evidemment, serait-on tenté de s’écrier tant la tâche est pharaonique. Toutefois, et là nombreux sont ceux qui ont véritablement envie de se mettre à hurler, pourquoi ne pas utiliser tous les médias pour sensibiliser et mobiliser les philanthropes fortunés, les bonnes âmes disposant de fonds substantiels et même les individus les plus modestes désireux de contribuer de façon symbolique mais indispensable car une brique plus une brique répétée des millions de fois cela construit la Grande Muraille de Chine !

Aujourd’hui, 8 ans après les engagements pris par l’ONU et leur échec indéniable lorsque l’on considère qu’il demeurait 800 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde en 1995 et que selon les derniers chiffres transmis par le FAO il y en avait 923 millions en 2007, 8 écrivains ont participé à la conception du recueil de « Huit nouvelles » et 8 cinéastes ont réalisé 8 courts métrages qui, au final, forment un film « 8 ». C’est le projet 8 qui cherche à motiver l’opinion publique sur les OMD et appelle à la nécessité d’agir contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités Nord-Sud.

Les écrivains mettent en fiction ces buts à atteindre ou bien la mauvaise avancée dans laquelle ils se trouvent actuellement :

  • La Cubaine Zoe Valdes      dans « La Main ouverte » aborde la lutte contre la faim et la      pauvreté en narrant le quotidien d’un Haïtien au travers de l’enquête d’un      documentariste.
  • La Libanaise Vénus      Khoury-Ghata avec « Hafia » s’attache à la santé des mères en      relatant l’histoire d’une petite bonne dont la vie va être bouleverser      suite à une robe offerte par sa patronne.
  • L’Italienne Simonetta      Greggio a choisi l’environnement en rédigeant « Tous les chiens      tristes » dont le héros est un producteur méditerranéen en proie avec      ses propres fantômes et l’environnement.
  • Le Suédois Björn      Larsson s’est attaché au problème de l’éducation dans « Ecole fermée      pour cause de génocide » ou, via une nouvelle magistrale et glaçante,      il retrace le parcours de Mamadou assoiffé de connaissance et      l’impossibilité qu’ont différents pays d’Europe à offrir un enseignement à      un enfant venu du Rwanda.
  • Le Malien Moussa      Konaté évoque la mortalité infantile dans « Les Jours sans      soleil » ou le quotidien de ceux qui cherchent quelques miettes de      survie.
  • Le Français Philippe      Besson dans « La Gueule du loup » a choisi le thème de la lutte      contre les maladies en racontant le traitement par le pire d’un homme      blessé par un deuil qui part soigner ses plaies dans un centre de soins      qu’il rejoint comme volontaire.
  • Le Congolais Alain      Mabanckou dans « Le huitième conférencier » traite du      partenariat mondial en mettant en scène un des 191 conférenciers de retour      dans son propre pays.
  • La Bangladaise Talisma      Nasreen lutte pour l’égalité des sexes dans « Comme des feuilles      mortes » qui narre les rêves et désillusions voire profondes      blessures d’Anguri dans un monde d’hommes impitoyables.


Aux 8 écrivains répondent 8 cinéastes. Le film « 8 » suit le même schéma que les nouvelles du recueil avec des histoires indépendantes du livre. Produit par la société LDM Films, il a été projeté lors du dernier festival du Film de Rome à la fin d’Octobre. Les producteurs, conscients de tenir un sujet dur ne détenant aucun enjeu commercial avouent avoir peiné à trouver des distributeurs. La sortie du film est envisagée en 2009.

  • L’Américain Gus Van      Sant avec « Mansion in the Hill » tourné à San Francisco traite      de la mortalité infantile.
  • Le Mauritanien      Aderrahmane Sissako choisit de parler de la réduction de l’extrême      pauvreté avec « Le rêve de Tiya » réalisé à Addis Abeba en      Ethiopie.
  • Le cinéaste mexicain      Gael Garcia Bernal met en scène le second objectif, assurer l’éducation      primaire pour tous, dans « La Lettre » qui se déroule à      Reykjavik en Islande
  • La Néo-zélandaise Jane      Campion réalise en Australie « The Water Diary », relatif à la      volonté d’assurer un environnement durable.
  • Le Français né en      Argentine, Gaspard Noé, pour « SIDA » est parti à Ouagadougou au      Burkina Faso pour rencontrer Dieudonné Iboudou et décrire son calvaire et      sa foi en Dieu.
  • La réalisatrice      indienne Mira Nair s’est rendue à New York pour « How can it      be » afin de promouvoir l’égalité des sexes
  • Le Français Jan Kounen      est allé jusqu’au Pérou pour nous narrer l’histoire douloureuse de      « Panshin Beka » et offrir sa participation dans la lutte pour      la santé des mères.
  • L’Allemand Wim      Wenders, à Berlin, pour encourager le partenariat mondial pour le      développement a réalisé « Person to Person ».


Dans « 8 » les histoires se répondent, se complètent et proposent une vision saisissante de la réalité. Loin de tout misérabilisme, avec une créativité jubilatoire et une poésie certaine, ce sont autant de regards lucides sur les rapports Nord-Sud, autant de poings levés en faveur d’un monde tout simplement plus juste.


La moitié des bénéfices de « Huit nouvelles » est reversée à des organismes oeuvrant en faveur du Développement. Il est vendu à 14.90€. La plus belle action que nous puissions accomplir est de l’acheter.


Désormais, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Des millions d’êtres attendent notre aide. Ouvrez votre cœur et tendez votre main.


« Qui donne aux pauvres prête à Dieu » - Victor Hugo – Pour les Pauvres dans « Les Feuilles d’Automne ».

 

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04 décembre 2008

ZIMBABWE, ETAT D'URGENCE EXTREME


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C’est l’histoire d’un pays qui se meure parce que sa gouvernance est pourrie. Lorsque j’écris « pourrie » c’est juste pour demeurer correcte car, compte tenu des circonstances, j’éprouve une envie de livrer ma profonde colère via un vocabulaire beaucoup moins élégant.

C’est le récit de la descente aux enfers d’une nation qui détenait toutes les chances de s’en sortir durablement si les responsables politiques n’avaient pas été des vermines, des escrocs, leur président en tête.

C’est le quotidien du Zimbabwe.

Tout d’abord il y a l’engagement du Zimbabwe dans la guerre en République démocratique du Congo : un conflit qui a coulé l’économie nationale pour mieux engraisser Mugabe et ses acolytes en s’enrichissant via les minerais du Congo comme le cobalt ou les diamants.

Ensuite il y a l’expropriation des fermiers blancs qui, en dépit des 30% des terres cultivables contre 70% dans les années 80, cultivaient le blé, les arachides et le tabac et dont le chiffre d’affaire représentait jusqu’à 80% du PIB. Depuis les terres ont été parcellisées et redistribuées à des amis du régime ou des paysans ne détenant aucune connaissance technique aptes à leur fournir les capacités à gérer de telles exploitations. Au temps de sa splendeur le Zimbabwe était surnommé le « grenier de l’Afrique », désormais il est client du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

Puis il y a un grand pays riche en minerais (or, platine, diamant, chrome) livré à l’anarchie des exploitations privées qui se font clandestinement et ne profitent absolument pas à la communauté.

Enfin il y a un tyran de 84 ans, Robert Mugabe, atteint des pires maux de la création, capable des plus infâmes cruautés, qui se moque bien du sort de ses concitoyens et ne voit que son propre enrichissement personnel.

Résultat : l’inflation était de 32% en 1998, puis de 59% en 1999, pour atteindre le 208% en février 2002, dépasser les 1042% en mai 2006 et 100 000% en janvier 2008. Aujourd’hui, le taux d’inflation annuel entre juillet 2007 et juillet 2008 révèle que l’inflation atteint 231 000 000% ; ce qui n’est plus de l’inflation mais de l’hyperinflation. Le chômage touche 80% de la population.

A l’heure actuelle, en plus de la peste du régime du satrape crépusculaire, le Zimbabwe doit affronter une terrible épidémie de choléra qui, selon un bilan sans doute partiel, a déjà fait 565 morts et plus de 12 500 malades. L’ampleur de ce désastre ne peut être véritablement rendue tant il est difficile d’en recenser les effets en zone rurale. En ce début de saison des pluies (facteur aggravant) les enfants pataugent dans des montagnes d’ordures et des égouts débordants. Depuis le 30 Novembre, la capitale Harare ne dispose plus d’accès à l’eau courante suite à une pénurie de sulfate d’aluminium, indispensable à l’assainissement. Malheureusement les mouvements de populations, qui fuient un contexte de marasme économique et social, ne font qu’empirer le phénomène et provoquent une extension au Bostwana et en Afrique du Sud. Le gouvernement parle « d’urgence nationale » et en appelle à l’aide internationale car le pays est secoué par une grève des personnels hospitaliers qui protestent contre la situation catastrophique du système sanitaire. Leurs revendications sont loin d’être et la manifestation de Lundi a même été lourdement réprimée par les forces de police qui ont procédé à environ 70 arrestations. Des cas d’anthrax ont également signalé dans le nord du pays où cela a occasionné la mort de 3 personnes dont 2 enfants.

La calamité du choléra frappe un pays tétanisé par la paralysie politique, chahuté par des émeutes de militaires excédés de ne pas toucher leurs soldes, assassiné à petit feu par une nouvelle mesure gouvernementale qui limite les retraits bancaires journaliers à 0.23 euros, tout juste de quoi se payer ¼ de pain.

Revers de médaille amplement justifié pour le despote : les civils et des militaires manifestent ensemble en scandant des slogans de soutien au MDC (Mouvement pour le changement démocratique, parti de l’opposition mené par Morgan Tvsangirai). Les forces armées sont désormais profondément démoralisées car il n’y a plus de nourriture dans les casernes, plus de médicaments dans les hôpitaux militaires et plus d’argent dans les banques pour régler leurs soldes. Des témoignages rapportent que même des membres de la garde présidentielle se révoltent, que seuls les gradés sont nourris et que les soldats sont contraints de sombrer dans la corruption et le vol pour s’assurer des revenus.

Selon Michael Quintana, spécialiste de la défense, si la police et les militaires réclament des salaires en dollars américains, la partie sera bientôt terminée pour Mugabe.

La chute de Mugabe est le plus grand des bonheurs que l’on puisse souhaiter à ce pays de 13 millions d’habitants qui possède une espérance de vie est de 37 ans pour les hommes et 34 ans pour les femmes. La fin de Mugabe ne peut être qu’un soulagement pour cette nation où de nombreuses informations font état d’une escalade des violations des droits de l’homme. Des organisations comme Amnesty International rapportent que Mugabe et sa bande violent régulièrement les droits au logement, à la nourriture, la liberté de circulation et de résidence, la liberté de réunion et qu’ils organisent des attaques contre les médias, l’opposition politique et les défenseurs des droits humains.

La renaissance du Zimbabwe, sa principale urgence pour éradiquer ses fléaux du choléra, de la crise sociale et économique, passe inévitablement par un changement de gouvernance et l’installation de responsables politiques qui favoriseront l’établissement d’un dialogue avec tous les partenaires disponibles pour fournir des solutions pratiques.

Parler de la situation catastrophique du Zimbabwe ne doit pas nous faire perdre de vue qu’elle est celle de bien des états africains. Si les dirigeants des pays de ce continent n’ouvrent pas les yeux et leurs consciences il est fort probable que demain d’autres nations africaines se retrouveront dans un marasme identique…


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02 décembre 2008

LA FAIM DANS LE MONDE : RISQUES ET PERILS


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La faim est la principale cause de mortalité dans le monde. Elle tue plus que la guerre.

En 1996, le Sommet mondial de l’alimentation avait pour objectif la réduction de moitié des 823 millions de personnes sous-alimentées avant 2015. En 2006 ce chiffre est passé à 854 millions dont 9 millions dans les pays développés.

En 2001, 1 enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 7 secondes et en 2005 toutes les 5 secondes. En 2003, 36 millions de personnes sont mortes de faim et de maladies dues aux carences en nutriments.

En 2004, 152 millions de nouveau-nés n’avaient pas le poids requis à la naissance, 50% en gardaient des séquelles très graves mentalement et physiquement.

Un enfant sur deux soit 1 milliard vit dans la pauvreté. En 2005, 21.9% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté aux Etats-Unis.

Dans la région Asie et Pacifique, seuls 9 des 17 pays ont vu fléchir le nombre des personnes sous-alimentées (524 millions au total) et c’est essentiellement le fait de la Chine dont le nombre des personnes concernées est tombé de 194 à 150 millions. Par contre en République populaire démocratique de Corée le nombre a doublé passant de 3.6 à 7.9 millions. L’Inde a le plus grand nombre de personnes sous-alimentées du monde avec 212 millions. La majorité des victimes vivent en milieu rural.

Dans la région Amérique latine et Caraïbes, le nombre total de personnes sous alimentées s’élève à 52 millions en 2003 avec une forte progression pour le Venezuela, des échecs au Guatemala et à Panama. A Haïti, 47% de la population est sous alimentée.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, le nombre de personnes sous alimentées est passé de 25 millions à 38 millions en 2003. L’agriculture demeurant le moteur de l’économie, l’aggravation de la pénurie d’eau freine l’expansion agricole. De surcroît la région doit faire face aux besoins alimentaires croissants d’une démographie élevée.

En Afrique subsaharienne, le nombre de personnes sous alimentées est également passé de 25 millions en 1992 à 38 millions en 2003. Dans 14 pays plus de 35% de la population souffraient de sous alimentation en 2003. Seuls 15 des 39 pays ont réussi à faire baisser leurs chiffres ; les objectifs sont régulièrement entravés par des catastrophes naturelles, les conflits ou la propagation du VIH/SIDA.

Le Burundi, l’Erythrée, le Libéria, la République démocratique du Congo et la Sierra Leone représentent à eux-seuls 29 des 38 millions de personnes sous alimentées. En RDC la situation est alarmante Car 80% de la population vit avec 0.20€ par jour ; 44% des femmes et 22% des hommes n’ont aucun revenu ; la malnutrition touche entre 30 et 50% des femmes et des enfants ; au total ce sont 42 millions (75% de la population) qui vivent dans une situation alimentaire précaire et 9 millions sont gravement sous alimentés.

La carte de la faim coïncide avec celles de la pauvreté, des guerres, des endémies et de l’analphabétisme. Il est à noter que des millions de personnes travaillent mais demeurent néanmoins pauvres : 25% des travailleurs du monde ne gagnent pas assez pour s’élever avec leur famille au-dessus du seuil de pauvreté soit 1 dollar par jour. Une autre entrave essentielle au développement demeure l’état de santé d’une population. La faim agit principalement sur les terrains où règne l’ignorance. Nourrir, éduquer et soigner sont les trois piliers indispensables pour un développement durable.

Exemple d’un pays qui se condamne à court terme : l’Ethiopie. 82% des Ethiopiens vivent avec moins de 1 dollar/jour ; 50% des enfants de moins de 5 ans ont un poids anormalement bas ; en 2003, 58% des décès des enfants de moins de 5 ans sont dus à la sous-alimentation ; entre 1997 et 2000 la mortalité infantile a augmenté de 25% ; 69% des Ethiopiens ne disposent pas de l’eau potable ; 2 millions d’individus sont touchés par le VIH c’est l’un des taux les plus élevés au monde après l’Inde et l’Afrique du Sud ; l’espérance de vie est de 45.7 ans (42 ans pour les femmes) ; seulement 2.9% de la population atteignent 65 ans ; 40.3% des plus de 15 ans sont analphabètes ; seuls 12% ont accès aux soins médicaux.

En toute logique, la pauvreté est la principale cause de la faim. Hélas c’est à ce niveau que notre monde pêche car les disparités sont extrêmes : 2.5 milliards d’individus (40% de la population mondiale) vit avec moins de 2 dollars par jour et ne représentent que 5% du revenu mondial. Par contre 625 millions de personnes soit environ 10% de la population mondiale sont considérés comme riches, vivent essentiellement dans des pays à revenu élevé et comptent pour 54% du revenu mondial.

Le 06 Novembre 2008, Monsieur Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, adressant un message de félicitations à Monsieur Obama pour son élection, en a profité pour exhorter le Président élu des USA à inscrire l’éradication de la faim dans le monde parmi les priorités de son programme et, pour ce, accueillir un Sommet mondial sur ce problème au cours du 1° semestre 2009.Ce Sommet aurait pour objectif de trouver 30 milliards de dollars annuels afin de créer et développer des infrastructures rurales aptes à accroître la productivité du monde en développement.

Il est une urgence que de prendre encore plus conscience de la situation critique de 923 millions de personnes qui souffrent de la faim du fait des crises alimentaires ainsi que de la crise financière. Le prix du riz, aliment de base des populations pauvres, a augmenté de 75% en 2 mois (mars-avril 2008). Cette réalité menace de façon dramatique 100 millions d’individus dans 37 pays.

Le FAO parle de la crise alimentaire la plus grave depuis 15 ans et prévoit une hausse de 56% de la facture céréalière dans les pays pauvres en 2008. Le prix d’un repas a augmenté de 40% en 1 an. Le blé, le riz, l’huile, le maïs, le soja et le colza sont devenus tellement chers que ceux qui vivaient avec 1 ou 2 dollars par jour ne font plus qu’un repas quotidien.

Dominique Strauss-Kahn considère que si les prix de l’alimentation persistent à la hausse, les conséquences seront des plus terribles, jusqu’à des situations extrêmes telles que des guerres.

Cette crise alimentaire est due à la répercussion sur le prix des denrées de la forte hausse du coût des matières premières agricoles. D’autre part, la hausse à grande vitesse du niveau de vie des pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) provoque une consommation dans des secteurs alimentaires ignorés jusqu’à présent (viande et produits laitiers). Malheureusement l’alimentation du bétail engendre une augmentation des besoins en céréales que l’offre traditionnelle est loin de pouvoir satisfaire. Par ailleurs la situation actuelle s’explique également par un dérèglement climatique qui provoque sécheresse et tempêtes et pèse lourd sur les récoltes.

La production céréalière de l’Australie, grand exportateur de denrées alimentaires, a chuté de 50% suite à une sécheresse qui dure depuis 8 ans. Les USA, l’Ukraine, le Brésil ou la Turquie connaissent des problèmes similaires. L’Europe est gagnée à son tour : 1/3 de l’Espagne est déjà en voie de désertification. De plus, les cultures de céréales destinées à la production de biocarburant, environ 100 millions de tonnes annuels selon le FAO, sont autant qui sont détournés du marché alimentaire.

Actuellement le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) est tellement sollicité que son déficit de financement atteint 500 millions de dollars (sans les nouveaux besoins provoqués par la flambée des prix alimentaires) comme le souligne la Banque Mondiale qui s’engage à doubler le volume de son prêt en Afrique subsaharienne pour accroître la productivité. Le budget des opérations du PAM pour 2008 atteint désormais 3.4 milliards de dollars.

Comme cela a été précisé antérieurement, la demande explose mais beaucoup de pays sont bien en peine d’y répondre puisque les cultures vivrières ont largement cédé le terrain à une agriculture non nourricière. Cette tendance s’est étendue jusqu’en Afrique subsaharienne, obligée aujourd’hui d’importer des produits de base à des prix exorbitants. L’urgence est d’investir massivement dans les infrastructures agricoles tant en Afrique subsaharienne (afin d’acquérir une indépendance alimentaire dans les produits de base) que dans les pays émergents (dont les installations et le matériel sont souvent obsolètes).

La faim n’est pas une fatalité. Lutter contre la faim est un choix politique. Près de 60% de la population mondiale est paysanne. L’agriculture avec tous ses emplois dérivés est par essence au cœur des enjeux du développement et du combat contre la faim.

Toutes les gouvernances doivent être mobilisées afin de répondre aux besoins alimentaires de la planète, en privilégiant la mise en œuvre d’agricultures productives et durables respectueuses des ressources naturelles. Pour cela il est essentiel que le profil de l’ouvrier agricole évolue vers une meilleure connaissance des technologies et des cultures.

Des actions menées conjointement entre les intéressés, les politiques et les organisations non gouvernementales sont aptes à fournir une nette amélioration à un maximum d’individus. La souveraineté alimentaire est également une question de solidarité. Le droit à l’alimentation doit véritablement être perçu comme un besoin fondamental. Pour ce il est indispensable que de nouvelles coopérations internationales se mettent en place, basées sur un principe d’entraide et non plus de domination.

Tout un chacun doit être conscient qu’il est impensable que des êtres humains soient condamnés chaque jour à se battre pour chercher leur nourriture ou leur eau. Se nourrir et s’abreuver est la première des libertés et un droit légitime. Cela doit vraiment être perçu comme un concept élémentaire de démocratie et un facteur de paix.

30 novembre 2008

SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE


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Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.


Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.


De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).


Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.


Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.


Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).


Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !


Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.


En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).

Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).


L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.


Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.


Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.


Pour améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution des systèmes et des pratiques sanitaires.


Tout d’abord un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate, promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80 ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.


En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).


Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.


Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.


Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !


Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.


L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.


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02 novembre 2008

REPERCUSSIONS DE LA CRISE BOURSIERE SUR L'AFRIQUE

L’information peut-elle engendrer des conséquences fâcheuses sur l’individu ? Depuis longtemps je suis une adepte de l’information à outrance car, via tous les moyens mis à notre disposition (journaux, magazines, ouvrages, télévision et Internet), l’homme dispose de supports complets lui permettant d’accéder à une source intarissable de connaissances. En permanence il peut ouvrir son esprit et recevoir images, témoignages, rapports, documentaires… Et je suis une boulimique en matière de savoir ! Toutefois, depuis plusieurs jours, je ressens comme un malaise profond en moi lorsque j’accède à l’information. Balancé dans un univers rongé par les guerres, la famine, la violence, la pollution et le chômage, l’individu détient désormais une raison supplémentaire d’envisager son avenir d’un œil plus que négatif : la crise financière internationale. Et la sur-médiatisation de l’événement ne fait qu’amplifier son inquiétude. La multiplication exagérée de gros titres, d’articles, de débats, de chroniques sur les pages électroniques relatant de la question nourrissent nos pensées jusqu’à l’overdose ! Naturellement que nous sommes conscients qu’un cataclysme géant s’abat sur les bourses de la planète car une catégorie de paresseux avides de gains faciles a voulu s’en mettre plein les poches en jouant aux traders comme, hier encore, ils s’éclataient dans leur salon avec leur manette de console ! Bien sûr que nous sommes avertis que la surenchère de certaines valeurs n’a été uniquement générée que pour assouvir la cupidité  de ces complices du diable sans scrupules, que nombre de banques américaines ont accordé des prêts immobiliers tous azimuts et ce pour mieux relever ultérieurement leur taux et jeter ainsi sans vergogne des centaines de foyers à la rue en leur saisissant leur logis ! Compte tenu de la masse de propos nous assommant en permanence de toute part, il est clair que nous sommes incapables d’échapper à la cruelle réalité ! L’envie d’en finir une bonne fois pour toute doit même traverser la raison des plus fragiles d’entre nous !

Toutefois, quelle que soit l’intensité du marasme actuel, deux détails m’ont choquée :

- Les journalistes, consultants économiques et responsables politiques sont d’accord sur un point : l’argent ne manque pas, l’épargne est florissante, les capitaux sont seulement « gelés » sur les comptes des particuliers. Cette révélation implique donc que les banques, fauchées comme les blés, spéculent uniquement avec les fonds de leurs clients, se faisant des bénéfices dans leur dos ainsi que sur celui de ceux qu’elles accablent de frais en tout genre appliqués au moindre dérapage. La morale de cette histoire est qu’il est permis aux banques d’utiliser comme bon leur semble l’argent qui ne leur appartient pas, donc qu’elles ne possèdent pas, en toute impunité, que cela leur revient à émettre des « chèques en bois » mais que ce même comportement est interdit pour le particulier ! Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !...

- Et les plus pauvres dans tout ce bazar ? Oubliés, à la trappe ! Comme d’habitude… Il est de rigueur de se soucier de la récession qui fera inévitablement suite à cette crise, de la perpétuelle baisse du pouvoir d’achat, des séjours de vacances réduits à 15 jours au lieu de 3 semaines chez Mr Dupont, de l’automobile neuve que Mr Durand ne pourra plus acquérir, de la paire de souliers rouges que Mme Dubois ne pourra plus assortir à son Lancel… Mais qui se soucie de ce qu’il y aura dans l’assiette de l’indigent qui loge au mieux sous les ponts et sur les cartons ? Quel spécialiste s’interroge vraiment sur les répercussions à craindre dans les pays les plus miséreux de la terre, en Afrique notamment ? J’ai beau fouillé tous les fichiers de mon cerveau, je ne trouve aucune trace de cette préoccupation pourtant majeure !

S’il est une évidence que l’Afrique n’offre en rien matière à faire la une de la presse qui se vautre pitoyablement dans la bauge des peoples, essayons tout de même de nous inquiéter au sort hypothétiquement réservé à ce continent qui souffre déjà tellement.

Dans un premier temps il est plus que raisonnable d’admettre que la crise qui gangrène actuellement les marchés boursiers est une crise de financement propre aux systèmes bancaires des pays les plus développés. Ce n’est qu’un manque d’apport de fonds car les banques ne font plus circuler l’argent entre elles. Ce paramètre essentiel implique que, logiquement, seuls les états ayant intégré les principes internationaux (l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc…) seront plus directement touchés par la débâcle boursière. En tout état de cause, l’Afrique noire ne craint guère d’être radicalement atteinte de plein fouet au sein même de ses institutions bancaires puisqu’elles ne pratiquent quasiment pas d’opérations de crédits octroyés aux particuliers.

De plus, il est également certain que les conséquences varieront en fonction du degré de développement des pays. En effet, un état qui, globalement, parvient à survivre via les productions locales subira moins dangereusement les effets indésirables de cette crise car il n’est pas fondamentalement assujetti aux mêmes besoins qu’une nation dépendante de ses importations.

Malheureusement, même si certaines régions pourront, dans un premier temps, échapper au marasme, il est hélas indéniable que l’Afrique sera confrontée tôt ou tard à l’impact laissé par les troubles actuels.

De fait, il est à craindre que le manque de confiance qui fige actuellement les occidentaux produira une baisse des investissements en Afrique : si les mieux nantis refusent de placer leurs capitaux dans des valeurs qui, par le passé, ont fait leurs preuves, il y a fort à parier qu’ils ne se risqueront pas à subventionner des projets à réaliser dans des contrées aux régimes politiques trop souvent instables… La baisse des contributions étrangères devrait créer au mieux une paralysie de la croissance voire une chute et, par effet de « boule de neige », une aggravation de l’inflation et un affaiblissement des monnaies africaines.

De plus, suite au krach auquel nous assistons actuellement, suivra une période de récession dans tous les pays concernés. Cette ère de « dépression » sera un cycle plus que néfaste pour tous les Africains, l’Afrique noire tout spécialement. Assurément, c’est là que les répercussions seront les plus catastrophiques sur l’économie réelle car les banques occidentales ne se prêtant déjà pas entre elles, elles prêteront d’autant moins à leurs consoeurs africaines ; de surcroît, la récession entraînera une baisse des transferts de fonds en provenance de la diaspora africaine avec tous les retentissements et sanctions que nous ne sommes pas sans ignorer sur les familles dépendantes de ces aides…

Par ailleurs, nous savons pertinemment que lors d’une phase de récession il y a une baisse de la demande en « produits finis », donc une chute de la production et  une réduction des besoins en matières premières (point fort de l’Afrique).

D’autre part, un déclin du dollar se profile d’ores et déjà à l’horizon, compte tenu de l’ampleur des dégâts déjà effectifs aux USA. Les matières premières se négociant en dollars, cela provoquera vraisemblablement un effondrement des cours et, par ondes de répercussion, une diminution sans doute notable des revenus des entreprises productives. Naturellement la zone « francs CFA », arrimée à la zone euros, produira toujours dans une monnaie forte mais en contrepartie devra vendre moins cher (en l’occurrence, souvent à perte). Quoiqu’il en soit c’est un cercle vicieux pour les industries africaines…

Parvenus à ce stade nous n’avons malheureusement pas encore abordé le point le plus épineux de la question : l’impact de la crise sur l’aide humanitaire fournie à des millions de populations en détresse totale. Ne nous voilons pas la face, si les restrictions n’entameront probablement pas les apports des donneurs les plus riches, elles anéantiront par contre les soutiens gouvernementaux. Lorsque l’on sait qu’avant la débâcle 25 milliards de dollars avaient été publiquement promis à l’Afrique d’ici à 2010 et que seulement 4 milliards ont été jusqu’à présent versés, que pouvons-nous espérer désormais ? Plus que jamais l’Afrique se mourra sous l’œil avare de l’occidental apeuré à l’idée d’être enterré sans ses billets !

Toutefois, si les gouvernements en place s’avèrent, pour une fois, intelligents, l’Afrique peut tirer profit de cette crise. En effet, aux responsables de convaincre les fortunés d’investir sur leur continent. Si le message délivré est convaincant, il se concrétisera par une réduction des évasions de capitaux et une hausse des investissements locaux.

En outre, il faut prévenir le « scénario catastrophe » qui se profile à l’horizon en accélérant et accentuant le commerce avec la Chine et l’Inde. Ces deux puissances sont, en premier lieu, les seules à détenir des liquidités financières, ne sont pas très exigeantes sur la moralité des pouvoirs en place et, par-dessus tout, dotent les régions d’infrastructures indispensables à toute bonne évolution économique. Tous les produits fournis par ces deux « géants » ne sont certes pas d’une qualité exceptionnelle mais ils ont le mérite de fournir à ceux qui peuvent en profiter les bases essentielles pour envisager un essor futur.

En conclusion, il est indubitable que l’Afrique souffrira durement si les responsables occidentaux ne parviennent pas à trouver une parade valable et durable au séisme qui secoue actuellement les places boursières internationales. Plus que jamais l’Afrique devrait faire preuve de volonté et d’ingéniosité afin d’affirmer enfin la réelle valeur de ses ambitions.

 

 

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