16 décembre 2008
CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR L'AFRIQUE
Le changement climatique affecte l’ensemble de la planète. Si certains pays vont payer un lourd tribut à leur cupidité. Malheureusement tout le monde devra supporter les conséquences de ces inconsciences et mettre la main au portefeuille pour régler cette note salée. D’emblée, bien évidemment, on se doute que ce sont les plus démunis, l’Afrique en tête, qui souffriront le plus de ces comportements irresponsables. Le paradoxe dans cette autre tragédie est que le continent africain est celui qui contribue le moins aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Pourtant c’est probablement celui qui est le plus vulnérable aux conséquences des transformations du climat. Un Africain, en moyenne, génère 13 fois moins de GES qu’un Nord-Américain et le continent est responsable de moins de 4% des émissions de GES produites dans le monde entier. L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, ce sont environ 50 millions de personnes qui seraient contraintes à devenir des «déplacées climatiques».
Le Groupe
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la
vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des
régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de
gaz à effet de serre qui provoquera des pénuries d’eau des plus sévères,
menaçant entre 400 millions et 1.8 milliards de personnes en Afrique. Entre 80
et 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux
famines d’ici à 2080. A l’échéance de 2050, ce sont 80 millions de personnes
additionnelles qui seront victimes du paludisme dans des régions aujourd’hui
exemptes de ce fléau (Zimbabwe, Ethiopie, Kenya, Rwanda et Burundi) car elles
se transformeront en des espaces propices aux moustiques vecteurs de la
maladie. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions
montagneuses de l’Angola et de la Somalie.
Les tendances actuelles suggèrent que de vastes régions africaines, notamment le Sahel et une partie de l’Afrique australe, pourraient subir un réchauffement de l’ordre de 3 à 6° Celsius d’ici à 2100. Les régimes pluviométriques seront touchés de plein fouet et pourraient accuser une baisse de plus de 20% par rapport au niveau de 1990. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique d’ici à 2020, menacées de pénuries d’eau de plus en plus prononcées ; celle de 2°C touchera entre 350 et 600 millions de personnes aux alentours de années 2050 et il est prédit que d’ici 2080, 1.8 milliards seront victimes d’une hausse de température de 3°C. Une augmentation constante de la température au-delà de 1°C suffira à modifier considérablement les étendues de savanes, brousses, forêts (déjà mises à mal par la pression démographique et la déforestation) ou le comportement migratoire des espèces (oiseaux, poissons…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) cite souvent l’exemple du Lac Tchad pour illustrer la diminution des précipitations au Sahel. Les images satellite montrent qu’au cours des 35 dernières années, le lac a rétréci pour atteindre un dixième de sa taille initiale et ce en raison des sécheresses persistantes ainsi qu’à cause d’une irrigation agricole plus intensive. Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seront pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5200 espèces végétales du continent prévoit que dans le cadre naturel d’environ 5000 d’entre elles aura largement disparu et que 2100 seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie : les 2/3 des espèces animales du parc Kruger d’Afrique du Sud sont menacées d’extinction.
Les précipitations seront encore plus abondantes là où il pleut déjà beaucoup et se feront encore plus rares dans les régions sèches. Plus de 95% de l’agriculture africaine est une agriculture sous pluie. La production agricole sera fortement compromise par le changement et la variabilité climatiques : les superficies des terres arables, la durée des saisons de culture et le rendement par hectare sont susceptibles de baisser, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition. Il est prévu que les récoltes diminuent de 50% d’ici à 2020 dans certains pays et les revenus nets générés par celles-ci de pas moins de 90% d’ici à 2100. Dès à présent, en Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie de changements climatiques soudains avec des conséquences assez graves. Au Ghana, par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et coton). Au Kenya, dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur 2 saisons pluvieuses et 2 récoltes de céréales jusque dans le milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production et même parfois très courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana subissent de plein fouet le changement climatique car la raréfaction des pâturages verdoyants a entraîné la mort d’une part importante de leur bétail.
Par ailleurs, les experts annoncent une détérioration de plusieurs zones côtières d’Afrique, consécutive à l’élévation du niveau de la mer d’environ 25 cm d’ici à 2050 et 50 cm aux alentours de 2100. Des calculs ont déjà permis de chiffrer l’érosion dans certains secteurs entre 23 et 30 mètres par an. Il pourrait en être de même sur tout le littoral ouest et centre (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon et Angola). Des experts américains alertent déjà les autorités des villes comme Banjul, Abidjan, Lagos, Tabaou, toutes situées en bord de mer et jugées particulièrement vulnérables aux inondations. Plus de 25% de la population africaine vit à moins de 100 km du littoral et les projections montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations côtières risque de passer de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080. La côte ouest, érodée, est particulièrement exposée aux raz de marée ainsi qu’à de violentes tempêtes. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir de cette montée du niveau de la mer.
Les effets du changement climatique (réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, incidence accrue des inondations et de la sécheresse, propagation des maladies et augmentation des conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau) sont d’ores et déjà évidents en Afrique.
Une réaction urgente est nécessaire. Les efforts doivent désormais porter en priorité sur l’intégration de l’adaptation dans la planification nationales et la mobilisation du soutien en faveur de la gestion du risque climatique en Afrique. Le continent doit également contribuer aux précautions en matière d’atténuation et promouvoir le développement d’énergies propres.
L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est donc mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde grâce, notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17% des forêts de la planète et 25% des forêts tropicales qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1.5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes. Toutefois, d’après le NEPAD, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable ainsi qu’à cause des méthodes de défrichage par brûlis. Bien que les gouvernements aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.
Les pays africains devront mettre en œuvre des stratégies leur permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique. Ils doivent intégrer ces stratégies dans leurs politiques de développement et dans les décisions prises en termes d’investissements publics. Un soutien de grande envergure sera nécessaire de la part de la communauté internationale afin de renforcer les capacités technologiques et institutionnelles de l’Afrique, de lui permettre de générer des informations climatiques fiables et de garantir les financements indispensables pour que le continent africain puisse relever ce défi complexe et coûteux. Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté… La pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la dégradation de l’environnement et de l’épuisement des ressources.
Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires. Le Président ougandais Mr Yoweri Museveni a d’ailleurs déjà qualifié ces altérations « d’agression » commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement, commentaire qui illustre bien le lien existant entre l’environnement et la sérénité mondiale.
Les changements climatiques et leurs dangereuses répercussions sont étroitement liés aux questions de développement, de prospérité économique et sociale, à la diminution des disparités entre les pays en matière de croissance, de garantie à la sécurité alimentaire et énergétique ; il est donc, une nouvelle fois, essentiel de promouvoir la solidarité internationale.
08 décembre 2008
8 COMME LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE
Qui connaît les Objectifs du Millénaire ? Si un sondage devait être effectué au sein des populations mondiales et que les réponses soient suffisamment justifiées pour être recevable, peu de personnes seraient aptes à répondre à cette question. Ce qui est choquant ce n’est point le fait que les individus soient incapables de renvoyer un écho à cette interrogation mais qu’un projet dans lequel tous les Etats membres de l’ONU sont engagés et dont les enjeux sont aussi importants soit si peu connu du grand public. A qui la faute ? Aux Nations Unies bien évidemment. Pour cette action d’une ampleur colossale qui nécessite l’intervention et le soutien financier d’un maximum de partenaires il devrait y avoir médiatisation à outrance et c’est loin d’être le cas.
Donc, pour commencer, il est bon de rappeler que les Objectifs du Millénaire sont au nombre de 8, qu’ils ont été établis par 191 pays, qu’ils ont été adoptés lors du Sommet du Millénaire qui s’est déroulé du 06 au 08 Septembre 2000 au siège des Nations Unies à New York et qu’ils doivent être atteints en 2015. Ils consistent à :
- Réduire l’extrême pauvreté et lutter contre la faim
- Assurer l’éducation primaire pour tous
- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
- Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans
- Améliorer la santé des mères
- Stopper la propagation du VIH/SIDA, de la tuberculose, du paludisme et d’autres maladies
- Assurer un environnement durable
- Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
Aucun de ces « Millenium Goals » n’est en voie d’être touché. Evidemment, serait-on tenté de s’écrier tant la tâche est pharaonique. Toutefois, et là nombreux sont ceux qui ont véritablement envie de se mettre à hurler, pourquoi ne pas utiliser tous les médias pour sensibiliser et mobiliser les philanthropes fortunés, les bonnes âmes disposant de fonds substantiels et même les individus les plus modestes désireux de contribuer de façon symbolique mais indispensable car une brique plus une brique répétée des millions de fois cela construit la Grande Muraille de Chine !
Aujourd’hui, 8 ans après les engagements pris par l’ONU et leur échec indéniable lorsque l’on considère qu’il demeurait 800 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde en 1995 et que selon les derniers chiffres transmis par le FAO il y en avait 923 millions en 2007, 8 écrivains ont participé à la conception du recueil de « Huit nouvelles » et 8 cinéastes ont réalisé 8 courts métrages qui, au final, forment un film « 8 ». C’est le projet 8 qui cherche à motiver l’opinion publique sur les OMD et appelle à la nécessité d’agir contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités Nord-Sud.
Les écrivains mettent en fiction ces buts à atteindre ou bien la mauvaise avancée dans laquelle ils se trouvent actuellement :
- La Cubaine Zoe Valdes dans « La Main ouverte » aborde la lutte contre la faim et la pauvreté en narrant le quotidien d’un Haïtien au travers de l’enquête d’un documentariste.
- La Libanaise Vénus Khoury-Ghata avec « Hafia » s’attache à la santé des mères en relatant l’histoire d’une petite bonne dont la vie va être bouleverser suite à une robe offerte par sa patronne.
- L’Italienne Simonetta Greggio a choisi l’environnement en rédigeant « Tous les chiens tristes » dont le héros est un producteur méditerranéen en proie avec ses propres fantômes et l’environnement.
- Le Suédois Björn Larsson s’est attaché au problème de l’éducation dans « Ecole fermée pour cause de génocide » ou, via une nouvelle magistrale et glaçante, il retrace le parcours de Mamadou assoiffé de connaissance et l’impossibilité qu’ont différents pays d’Europe à offrir un enseignement à un enfant venu du Rwanda.
- Le Malien Moussa Konaté évoque la mortalité infantile dans « Les Jours sans soleil » ou le quotidien de ceux qui cherchent quelques miettes de survie.
- Le Français Philippe Besson dans « La Gueule du loup » a choisi le thème de la lutte contre les maladies en racontant le traitement par le pire d’un homme blessé par un deuil qui part soigner ses plaies dans un centre de soins qu’il rejoint comme volontaire.
- Le Congolais Alain Mabanckou dans « Le huitième conférencier » traite du partenariat mondial en mettant en scène un des 191 conférenciers de retour dans son propre pays.
- La Bangladaise Talisma Nasreen lutte pour l’égalité des sexes dans « Comme des feuilles mortes » qui narre les rêves et désillusions voire profondes blessures d’Anguri dans un monde d’hommes impitoyables.
Aux 8 écrivains répondent 8 cinéastes. Le film « 8 » suit le même schéma que les nouvelles du recueil avec des histoires indépendantes du livre. Produit par la société LDM Films, il a été projeté lors du dernier festival du Film de Rome à la fin d’Octobre. Les producteurs, conscients de tenir un sujet dur ne détenant aucun enjeu commercial avouent avoir peiné à trouver des distributeurs. La sortie du film est envisagée en 2009.
- L’Américain Gus Van Sant avec « Mansion in the Hill » tourné à San Francisco traite de la mortalité infantile.
- Le Mauritanien Aderrahmane Sissako choisit de parler de la réduction de l’extrême pauvreté avec « Le rêve de Tiya » réalisé à Addis Abeba en Ethiopie.
- Le cinéaste mexicain Gael Garcia Bernal met en scène le second objectif, assurer l’éducation primaire pour tous, dans « La Lettre » qui se déroule à Reykjavik en Islande
- La Néo-zélandaise Jane Campion réalise en Australie « The Water Diary », relatif à la volonté d’assurer un environnement durable.
- Le Français né en Argentine, Gaspard Noé, pour « SIDA » est parti à Ouagadougou au Burkina Faso pour rencontrer Dieudonné Iboudou et décrire son calvaire et sa foi en Dieu.
- La réalisatrice indienne Mira Nair s’est rendue à New York pour « How can it be » afin de promouvoir l’égalité des sexes
- Le Français Jan Kounen est allé jusqu’au Pérou pour nous narrer l’histoire douloureuse de « Panshin Beka » et offrir sa participation dans la lutte pour la santé des mères.
- L’Allemand Wim Wenders, à Berlin, pour encourager le partenariat mondial pour le développement a réalisé « Person to Person ».
Dans « 8 » les histoires se répondent, se complètent et proposent une vision saisissante de la réalité. Loin de tout misérabilisme, avec une créativité jubilatoire et une poésie certaine, ce sont autant de regards lucides sur les rapports Nord-Sud, autant de poings levés en faveur d’un monde tout simplement plus juste.
La moitié des
bénéfices de « Huit nouvelles » est reversée à des organismes
oeuvrant en faveur du Développement. Il est vendu à 14.90€. La plus belle
action que nous puissions accomplir est de l’acheter.
Désormais,
vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Des millions d’êtres
attendent notre aide. Ouvrez votre cœur et tendez votre main.
« Qui donne aux pauvres prête à Dieu » - Victor Hugo – Pour les Pauvres dans « Les Feuilles d’Automne ».
30 novembre 2008
SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.
Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.
De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).
Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.
Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.
Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).
Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !
Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.
En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).
Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).
L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.
Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.
Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.
Pour
améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique
subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution
des systèmes et des pratiques sanitaires.
Tout d’abord
un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à
long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base
complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate,
promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise
supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80
ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets
et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires
sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de
lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la
diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes
enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.
En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).
Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.
Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.
Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !
Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.
L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.












