08 décembre 2008
8 COMME LES OBJECTIFS DU MILLENAIRE
Qui connaît les Objectifs du Millénaire ? Si un sondage devait être effectué au sein des populations mondiales et que les réponses soient suffisamment justifiées pour être recevable, peu de personnes seraient aptes à répondre à cette question. Ce qui est choquant ce n’est point le fait que les individus soient incapables de renvoyer un écho à cette interrogation mais qu’un projet dans lequel tous les Etats membres de l’ONU sont engagés et dont les enjeux sont aussi importants soit si peu connu du grand public. A qui la faute ? Aux Nations Unies bien évidemment. Pour cette action d’une ampleur colossale qui nécessite l’intervention et le soutien financier d’un maximum de partenaires il devrait y avoir médiatisation à outrance et c’est loin d’être le cas.
Donc, pour commencer, il est bon de rappeler que les Objectifs du Millénaire sont au nombre de 8, qu’ils ont été établis par 191 pays, qu’ils ont été adoptés lors du Sommet du Millénaire qui s’est déroulé du 06 au 08 Septembre 2000 au siège des Nations Unies à New York et qu’ils doivent être atteints en 2015. Ils consistent à :
- Réduire l’extrême pauvreté et lutter contre la faim
- Assurer l’éducation primaire pour tous
- Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
- Réduire la mortalité des enfants de moins de 5 ans
- Améliorer la santé des mères
- Stopper la propagation du VIH/SIDA, de la tuberculose, du paludisme et d’autres maladies
- Assurer un environnement durable
- Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
Aucun de ces « Millenium Goals » n’est en voie d’être touché. Evidemment, serait-on tenté de s’écrier tant la tâche est pharaonique. Toutefois, et là nombreux sont ceux qui ont véritablement envie de se mettre à hurler, pourquoi ne pas utiliser tous les médias pour sensibiliser et mobiliser les philanthropes fortunés, les bonnes âmes disposant de fonds substantiels et même les individus les plus modestes désireux de contribuer de façon symbolique mais indispensable car une brique plus une brique répétée des millions de fois cela construit la Grande Muraille de Chine !
Aujourd’hui, 8 ans après les engagements pris par l’ONU et leur échec indéniable lorsque l’on considère qu’il demeurait 800 millions de personnes souffrant de la faim dans le monde en 1995 et que selon les derniers chiffres transmis par le FAO il y en avait 923 millions en 2007, 8 écrivains ont participé à la conception du recueil de « Huit nouvelles » et 8 cinéastes ont réalisé 8 courts métrages qui, au final, forment un film « 8 ». C’est le projet 8 qui cherche à motiver l’opinion publique sur les OMD et appelle à la nécessité d’agir contre la pauvreté et pour la réduction des inégalités Nord-Sud.
Les écrivains mettent en fiction ces buts à atteindre ou bien la mauvaise avancée dans laquelle ils se trouvent actuellement :
- La Cubaine Zoe Valdes dans « La Main ouverte » aborde la lutte contre la faim et la pauvreté en narrant le quotidien d’un Haïtien au travers de l’enquête d’un documentariste.
- La Libanaise Vénus Khoury-Ghata avec « Hafia » s’attache à la santé des mères en relatant l’histoire d’une petite bonne dont la vie va être bouleverser suite à une robe offerte par sa patronne.
- L’Italienne Simonetta Greggio a choisi l’environnement en rédigeant « Tous les chiens tristes » dont le héros est un producteur méditerranéen en proie avec ses propres fantômes et l’environnement.
- Le Suédois Björn Larsson s’est attaché au problème de l’éducation dans « Ecole fermée pour cause de génocide » ou, via une nouvelle magistrale et glaçante, il retrace le parcours de Mamadou assoiffé de connaissance et l’impossibilité qu’ont différents pays d’Europe à offrir un enseignement à un enfant venu du Rwanda.
- Le Malien Moussa Konaté évoque la mortalité infantile dans « Les Jours sans soleil » ou le quotidien de ceux qui cherchent quelques miettes de survie.
- Le Français Philippe Besson dans « La Gueule du loup » a choisi le thème de la lutte contre les maladies en racontant le traitement par le pire d’un homme blessé par un deuil qui part soigner ses plaies dans un centre de soins qu’il rejoint comme volontaire.
- Le Congolais Alain Mabanckou dans « Le huitième conférencier » traite du partenariat mondial en mettant en scène un des 191 conférenciers de retour dans son propre pays.
- La Bangladaise Talisma Nasreen lutte pour l’égalité des sexes dans « Comme des feuilles mortes » qui narre les rêves et désillusions voire profondes blessures d’Anguri dans un monde d’hommes impitoyables.
Aux 8 écrivains répondent 8 cinéastes. Le film « 8 » suit le même schéma que les nouvelles du recueil avec des histoires indépendantes du livre. Produit par la société LDM Films, il a été projeté lors du dernier festival du Film de Rome à la fin d’Octobre. Les producteurs, conscients de tenir un sujet dur ne détenant aucun enjeu commercial avouent avoir peiné à trouver des distributeurs. La sortie du film est envisagée en 2009.
- L’Américain Gus Van Sant avec « Mansion in the Hill » tourné à San Francisco traite de la mortalité infantile.
- Le Mauritanien Aderrahmane Sissako choisit de parler de la réduction de l’extrême pauvreté avec « Le rêve de Tiya » réalisé à Addis Abeba en Ethiopie.
- Le cinéaste mexicain Gael Garcia Bernal met en scène le second objectif, assurer l’éducation primaire pour tous, dans « La Lettre » qui se déroule à Reykjavik en Islande
- La Néo-zélandaise Jane Campion réalise en Australie « The Water Diary », relatif à la volonté d’assurer un environnement durable.
- Le Français né en Argentine, Gaspard Noé, pour « SIDA » est parti à Ouagadougou au Burkina Faso pour rencontrer Dieudonné Iboudou et décrire son calvaire et sa foi en Dieu.
- La réalisatrice indienne Mira Nair s’est rendue à New York pour « How can it be » afin de promouvoir l’égalité des sexes
- Le Français Jan Kounen est allé jusqu’au Pérou pour nous narrer l’histoire douloureuse de « Panshin Beka » et offrir sa participation dans la lutte pour la santé des mères.
- L’Allemand Wim Wenders, à Berlin, pour encourager le partenariat mondial pour le développement a réalisé « Person to Person ».
Dans « 8 » les histoires se répondent, se complètent et proposent une vision saisissante de la réalité. Loin de tout misérabilisme, avec une créativité jubilatoire et une poésie certaine, ce sont autant de regards lucides sur les rapports Nord-Sud, autant de poings levés en faveur d’un monde tout simplement plus juste.
La moitié des
bénéfices de « Huit nouvelles » est reversée à des organismes
oeuvrant en faveur du Développement. Il est vendu à 14.90€. La plus belle
action que nous puissions accomplir est de l’acheter.
Désormais,
vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas. Des millions d’êtres
attendent notre aide. Ouvrez votre cœur et tendez votre main.
« Qui donne aux pauvres prête à Dieu » - Victor Hugo – Pour les Pauvres dans « Les Feuilles d’Automne ».
02 décembre 2008
LA FAIM DANS LE MONDE : RISQUES ET PERILS
La faim est la principale cause de
mortalité dans le monde. Elle tue plus que la guerre.
En 2001, 1 enfant de moins de 10 ans
mourait toutes les 7 secondes et en 2005 toutes les 5 secondes. En 2003, 36
millions de personnes sont mortes de faim et de maladies dues aux carences en
nutriments.
En 2004, 152 millions de nouveau-nés n’avaient
pas le poids requis à la naissance, 50% en gardaient des séquelles très graves
mentalement et physiquement.
Un enfant sur deux soit 1 milliard vit
dans la pauvreté. En 2005, 21.9% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté
aux Etats-Unis.
Le Burundi, l’Erythrée, le Libéria, la
République démocratique du Congo et la Sierra Leone représentent à eux-seuls 29
des 38 millions de personnes sous alimentées. En RDC la situation est alarmante
Car 80% de la population vit avec 0.20€ par jour ; 44% des femmes et 22%
des hommes n’ont aucun revenu ; la malnutrition touche entre 30 et 50% des
femmes et des enfants ; au total ce sont 42 millions (75% de la
population) qui vivent dans une situation alimentaire précaire et 9 millions
sont gravement sous alimentés.
La production céréalière de l’Australie,
grand exportateur de denrées alimentaires, a chuté de 50% suite à une
sécheresse qui dure depuis 8 ans. Les USA, l’Ukraine, le Brésil ou la Turquie connaissent
des problèmes similaires. L’Europe est gagnée à son tour : 1/3 de l’Espagne
est déjà en voie de désertification. De plus, les cultures de céréales
destinées à la production de biocarburant, environ 100 millions de tonnes
annuels selon le FAO, sont autant qui sont détournés du marché alimentaire.
30 novembre 2008
SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.
Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.
De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).
Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.
Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.
Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).
Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !
Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.
En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).
Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).
L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.
Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.
Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.
Pour
améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique
subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution
des systèmes et des pratiques sanitaires.
Tout d’abord
un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à
long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base
complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate,
promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise
supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80
ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets
et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires
sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de
lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la
diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes
enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.
En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).
Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.
Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.
Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !
Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.
L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.
17 novembre 2008
DES MILLIONS D'ENFANTS AFRICAINS VICTIMES DE LA VIOLENCE
L’Afrique
subsaharienne abrite 10% de la population mondiale mais enregistre également
des taux record en matière de mortalité infantile puisque 50% des enfants
décèdent avant d’atteindre l’âge de 5 ans. Cela signifie que la mortalité des
enfants de moins de 5 ans est de 165 décès pour 1 000 naissances contre 6
décès pour 1 000 naissances vivantes dans les sociétés occidentales.
Donc, déjà victime
d’une entrée dans l’existence des plus difficiles, d’une lutte permanente tant
son environnement est défavorable à sa survie, l’enfant africain doit, de
surcroît, affronter la violence.
Depuis 1991, le 16
Juin est la Journée mondiale de l’Enfant Africain. Consciente que la violence
est un véritable fléau pour l’enfant en Afrique, de nombreuses organisations
dont l’Unicef milite pour un cadre protecteur.
En effet, que ce soit
au sein même des familles, à l’école, dans les structures d’accueil, sur
l’ensemble du continent africain, les enfants font face à la violence physique,
émotionnelle et sexuelle. Menaces des gangs, agressions, assassinats, pour les
enfants des rues. Exploitation et abus divers pour les enfants travailleurs.
Pratique de l’excision sur environ 3 millions de femmes et de filles chaque
année, mettant en péril leur vie ainsi que celle de leur bébé lors de
l’accouchement. Trafic de milliers d’enfants tous les ans en Afrique de l’Ouest
et centrale.
Des milliers
d’enfants sont contraints de vivre au milieu des conflits armés, subissent une
extrême pauvreté et sont atteints par le VIH/sida. En République Démocratique
du Congo des centaines de milliers d’enfants et de femmes sont victimes de
violences sexuelles. Au Kenya 46% des femmes ont supporté des actes de violence
sexuelle au cours de leur enfance et 25% des filles entre 12 et 24 ans ont
perdu leur virginité de manière violente.
Ces exemples ne sont
qu’une infime partie des horreurs vécues au quotidien. Par peur des
représailles de nombreux cas ne font l’objet d’aucune poursuite.
Pire. Si la femme ou
la gamine violée dénoncent son agression aux autorités, elles sont
systématiquement condamnées à la lapidation. Tel le cas d’Aisha Ibrahim
Dhuhulow, une Somalienne jugée coupable d’adultère par un tribunal islamique a
été enterrée vivante jusqu’au cou, puis lapidée à mort par 50 hommes dans la
ville portuaire de Kismayo, dans le sud du pays. Les Djihadistes prétendaient
que la femme était consentante ayant elle-même demandé sa condamnation. Il
s’agissait en fait d’une jeune fille de 13 ans qui a subi une mort horrible
alors qu’elle venait de signaler avoir été violée par 3 hommes !
Trop souvent les
systèmes en place ferment les yeux sur le calvaire des enfants qui grandissent
dans l’oubli et l’indifférence, portant toute leur vie les stigmates de la
souffrance physique endurée, les traces psychiques et émotionnelles indélébiles
encrées au plus profond d’eux-mêmes. Telles ces fillettes de moins de 10 ans
mariées contre leur gré et abusées sexuellement par des hommes pervers qui sont
4 à 5 fois plus âgés qu’elles. Tels ces enfants ballotés dans l’indifférence des
structures polygames où le mâle collectionne les épouses mais est totalement
incapable de subvenir aux moindres besoins de toute la lignée qu’il a
engendrée.
Dès leur plus tendre
enfance les gamins africains perdent tout point de repère car ils sont abandonnés
à devoir se débrouiller seuls le plus tôt possible. Le risque dans de tels
scénarios est la reproduction d’un schéma identique lorsqu’ils atteignent l’âge
adulte. L’exposition à la violence favorise la participation à des actes de
violence car, par l’accoutumance au vécu, il y a banalisation de la situation
qui en devient à être considérée comme normale.
Pour éradiquer les
violences commises sur les enfants en Afrique, il faudrait avant tout lutter
contre la violence dans ses différents contextes. Nombre de pays africains
souffrent de pauvreté, de la guerre, de maladies et d’urbanisation croissante
qui tendent à aggraver les violences contre les enfants.
Au sein des
structures familiales, la législation est très limitée. Les châtiments
corporels font le plus souvent partie d’une conception de valeurs et ils sont
jugés et transmis comme étant « normaux » par la conscience
collective. C’est ainsi que 62% des enfants tanzaniens vivant dans les rues ont
invoqué les disputes familiales, la cruauté des beaux-parents ou les violences
comme raison de leur départ du foyer.
De nombreux
témoignages, essentiellement de jeunes filles, rapportent la pratique courante
de violences sexuelles qui passent souvent inaperçues, fortement sous notifiées
et mal prises en charge car entourées d’une culture du silence et de l’opprobre.
Hélas, d’une manière générale, les violences commises au sein des familles
restent peu révélées donc il est difficile d’en connaître les causes et l’ampleur.
En 2002, une étude indépendante effectuée pour le Secrétaire général des
Nations Unies révélait que 150 millions
de petites filles et 73 millions de petits garçons avaient été forcés d’avoir
des rapports sexuels ou avaient subi d’autres formes de violences sexuelles au
sein de la famille en Afrique. Au moins 50% des filles en Afrique subsaharienne
n’ont pas terminé le cursus primaire car la pauvreté de leur milieu engendre un
parti pris en faveur des garçons. Hélas leur manque d’éducation alimente un
cercle vicieux car leur ignorance les expose à des violences sexuelles.
Maintes sociétés d’Afrique ont leurs propres pratiques
et coutumes qui appartiennent à un système de valeurs et de socialisation des
enfants. Toutefois il s’avère que certaines sont contraires à la Convention
relative des Droits de l’enfant comme l’excision et le mariage précoce.
Des pays comme la
Guinée, la Mauritanie ou le Mali montrent des taux de prévalence de l’excision
très élevés compris entre 71 et 99%. Chaque année ce sont quelque 3 millions de
filles qui subissent une mutilation génitale féminine. En Ethiopie, par
exemple, 80% des femmes et filles âgées de 15 à 49 ans sont excisées. L’excision
est une atteinte à l’intégrité physique du corps de la jeune fille et a des
effets néfastes sur sa santé et son équilibre mental. L’interdiction de cette
pratique commise la plupart du temps sur des fillettes de moins de 4 ans a créé
une véritable polémique que les intervenants tentent d’éradiquer en menant une
campagne de sensibilisation et de persuasion.
Les mariages précoces
sont également très répandus sous couvert de la tradition, les parents
justifiant cette coutume comme un moyen de préserver la virginité des jeunes
filles, alors que globalement il s’agit juste d’une stratégie de survie
économique pour les familles pauvres qui reçoivent ainsi une dote en échange de
leur enfant. Plongées dans la détresse et l’abandon, éloignées de toutes
informations relatives à la contraception, de nombreuses jeunes filles sont
victimes de grossesses précoces entraînant de graves conséquences sur leur
santé. En effet, les adolescentes de 15 à 19 ans ont 2 fois plus de risque de
mourir en accouchant et 5 fois plus chez les moins de 15 ans. La lutte pour
réprimer cette pratique est d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans un
cadre traditionnel où il est quasi impossible de poursuivre les responsables et
que, par ailleurs, il n’y a pour ainsi dire aucun contrôle de l’âge des enfants
compte tenu du faible enregistrement des naissances.
Un autre phénomène,
typique à l’Afrique, est un fléau pour les enfants : celui des enfants
dits « sorciers ». Au Bénin, au Gabon, au Nigéria, au Libéria, au
Cameroun et en République Démocratique du Congo, notamment, des enfants
désignés comme sorciers dès la naissance seulement par rapport à la façon dont
ils naissent peuvent être purement et simplement « éliminés » par des
dignitaires de la tradition. Le plus souvent ils sont chassés de leur famille,
abandonnés à la rue ou placés dans des centres de rééducation, victimes d’abus
et de mauvais traitements voire de torture pouvant aboutir à leur mort. Des
actions entreprises par les gouvernements et associations visent à changer les
comportements mais, à l’heure actuelle, ce ne sont que trop peu de communautés
qui ont accepté d’abandonner officiellement ces pratiques traditionnelles
néfastes.
Par ailleurs ce sont
des milliers d’enfants qui sont devenus vulnérables avec la pandémie du VIH/
Sida. Ces enfants se retrouvent dans une forte détresse psychologique aggravée
par la stigmatisation et les discriminations dont les conséquences sont l’exclusion
de la communauté, de l’école, de l’accès aux soins. Leurs conditions d’existence
sont extrêmement difficiles. Sans ressources et protection, ils courent le
risque d’être exploités économiquement ou sexuellement ou de se retourner vers
les chemins de la prostitution et de la délinquance.
Depuis 2 décennies, à
la faveur de la paupérisation grandissante des familles et d’un système
éducatif incapable de retenir les enfants, ce sont environ 48 millions d’enfants
âgés de 5 à 14 ans qui sont contraints d’exercer une activité économique en
Afrique, soit 29% de la population enfantine. Plus grave : les enfants
sont très souvent déplacés pour exploiter leur force de travail dans la
domesticité, les emplois industriels non réglementés, les chantiers de
construction et l’exploitation sexuelle à des fins commerciales. Ils sont
généralement astreints à effectuer des travaux dangereux pouvant entraîner la
mort ou des lésions physiques irréversibles. Les enfants, essentiellement les
filles, qui travaillent derrière les portes closes de maisons privées sont
particulièrement exposées aux violences puisqu’elles sont commises à l’insu du
monde extérieur. Les violences encourues par ces enfants sont souvent
terrifiantes mais, hélas, il est très périlleux de les retirer en toute sécurité.
Comme il est ardu de
lutter contre les violences subies à l’école. En dépit parfois de textes de
lois, force est de constater que l’utilisation de châtiments corporels au sein
des établissements scolaires est monnaie courante. De surcroît les filles sont
également exposées aux violences sexuelles des enseignants qui exercent un
chantage sur les notes. Aujourd’hui, même si des sanctions sont mises en place dans
certains pays contre les maîtres qui commettent de tels actes, il demeure toujours
la crainte de dénoncer. De plus, certains maîtres coraniques transforment un
processus légitime d’éducation religieuse en un phénomène d’exploitation
économique des enfants mais, avec l’urbanisation et la paupérisation des
familles, on assiste à un détournement de l’enseignement coranique.
Le dernier motif qui
affecte durablement la vie psychologique et sociale des enfants n’est pas le
moindre puisque ce sont les innombrables conflits armés dans lesquels les
enfants sont parachutés. La guerre militaire ou civile, par essence même, est
synonyme de violence et de barbarie. Les enfants sont endoctrinés dans une
culture de violence et éprouvent par la suite d’immense difficultés à s’adapter
à un processus de paix car ils sont « désensibilisés ».
Au terme de cet état des lieux désespérant sur les conditions d’existence des enfants en Afrique, il serait tout de même honnête d’avouer que des actions sont menées depuis plusieurs années pour créer un environnement protecteur conforme à la Convention des Droits de l’Enfant. Les efforts développés sont constants que ce soit de la part des gouvernements ou des associations. Malheureusement les changements ne peuvent se faire du jour au lendemain et les violences sont aussi le reflet du manque d’un cadre de référence sur les droits humains. Dans des communautés aux organisations et coutumes souvent archaïques, pêchant majoritairement par manque d’instruction, les enfants, comme les femmes, sont déconsidérés, exploités et violentés par une masse d’hommes qui reproduisent le schéma dans lequel ils ont grandi. En fait c’est toute une vision de sa société que l’homme africain doit métamorphoser s’il espère être considéré un jour comme un Homme à part entière aux yeux du reste du monde.









