29 novembre 2008
AFRO-AMERICAINS ET AFRICAINS : REGARDS CROISES
W.E.B DU BOIS
Depuis des décennies, par delà l’océan qui les sépare les Africains et les Afro-Américains projettent leurs rêves mutuels. Des rencontres ont été esquissées via les exils des uns vers le Nouveau-Monde et le retour aux origines des autres, mais les vraies retrouvailles se heurtent à la réalité car bien des malentendus ont vu le jour au fil des ans.
En effet, aujourd’hui, les nouvelles vagues d’immigration venues d’Afrique inspirent sympathie et respect à l’Amérique moyenne blanche qui reprochent dans le même temps un manque de vertus et d’éthique à ses propres Noirs. Cependant une triste réalité se cache derrière cette vision bien commode : 40% des Africains qui émigrent aux USA ont un diplôme universitaire et leur revenu moyen, une fois installés, est supérieur de 30% à celui des Afro-Américains. De surcroît, ils ne sont pas perçus comme ceux qui vont réclamer réparations pour l’esclavage et la ségrégation mais comme des Africains éduqués et travailleurs. Ils sont rassurants pour des Blancs qui ne craignent pas tant que leurs propres descendants d’Africains.
Il est notable de constater que la longue histoire des relations entre ceux qui ne s’appellent que depuis peu « Afro-américains » (dont certains veulent encore croire qu’ils sont une diaspora africaine) et une Afrique qui ne sait plus quoi penser de ces noirs déculturés, sont passionnées et jonchées de méprises.
On assiste actuellement à un phénomène d’affirmation particulier de la part des Afro-Américains qui s’affichent vêtu du « kent », l’habit traditionnel Ashanti. Paradoxalement ces « accoutrements » font rire l’Afrique qui se moque de ces Américains portant ces « dashikis » colorés qui les distinguent immédiatement et les désignent comme touristes. Dans les rues des grandes métropoles, ceux qui se considèrent comme les « vrais » Africains reconnaissent instantanément ces militants déguisés du « Black Power », qui se disent « Afrikans » avec le « K » de Kemet ou « Nubians » pour signifier leur indéfectible africanité et leur retour aux glorieuses racines. Ce « recours à l’Afrique » leur permet à bien des égards de garder leur distance à l’égard de leur propre américanité. Malheureusement le souhait d’une recomposition de la famille noire originelle paraît illusoire car les Africains se sentent parfois plus proches des Blancs ou des autres minorités que de ces frères lointains.
L’échec de réunification s’explique par les stéréotypes nourris par les uns comme par les autres depuis l’âge d’or de l’Europe impériale. En effet, l’Afrique de cette époque y est dessinée comme l’antithèse de la civilisation européenne, la bestialité la plus primitive guidant l’homme perdu sur un continent d’une laideur grotesque et d’une barbarie terrifiante vers les premiers âges de l’humanité. Les Américains ont fondamentalement conservé ce stéréotype qu’il s’agisse de sa face tragique (l’Afrique est un espace sanglant de violence et de tribalisme) ou de sa face comique (cette vaste terre de jeu est occupée par des animaux colorés et par de bons sauvages arriérés, accueillant les touristes et leurs devises à bras ouverts).
La culture
populaire comme la recherche universitaire sont au cœur de cette grande méprise
mutuelle. Au cours des dernières années, le cinéma américain, par exemple, a su
octroyé une bonne place à l’Afrique via des productions telles que « Hotel
Rwanda », « Blood Diamond » ou « Le Dernier Roi
d’Ecosse » qui, relatifs à des événements différents, sont pourtant
conformes en un point : l’Afrique est un lieu de violence et de chaos.
Préalablement le public disposait d’une vision romantique notamment à travers
de films comme « Out of Africa ». Dans un autre registre, toute
évocation de Nelson Mandela aux USA suscite un enthousiasme un peu naïf car
associé à tort à l’idéal de non violence de Martin Luther King dont, en fait,
il est bien loin.
Finalement,
l’Afrique renvoie le reflet d’une image d’Epinal qui est un savant mélange de
tragique et de romantique. Terre de mission elle est devenue l’obsession des
nouveaux philanthropes américains qui découvrent un peuple, une terre et
surtout une cause. Après avoir été oubliée ou abandonnée à sa misère, sa
famine, ses maladies, ses tragédies et sa mort lente, l’Afrique est devenue
depuis peu une urgence dans les consciences, notamment américaines.
Pour preuve le numéro de Juillet 2007 de la revue Vanity Fair qui fut consacré au renouveau de l’espoir en Afrique. La particularité de ce numéro fut la réalisation de 20 couvertures différentes mettant en scène des missionnaires modernes partis chercher sur le continent africain leur rédemption. Chaque cliché d’Annie Leibowitz est la diffusion d’une parole émise par une célébrité à une autre. Au final ce sont 20 personnalités qui se sont prêtées au jeu de la photographe qui souhaitait rendre hommage à des notoriétés « qui oeuvrent pour améliorer le sort de l’Afrique, la rendre autonome et éradiquer le SIDA de son territoire ». Sur ces 20 philanthropes (Don Cheadle, Muhammad Ali, la Reine Rania de Jordanie, Bono, Condoleezza Rice, George W. Bush, Desmond Tutu, Brad Pitt, Djimon Hounsou, Madonna, Maya Angelou, Chris Rock, Warren Buffet, Bill et Melinda Gates, Oprah Winfrey, George Clooney, Alicia Keys, Jay-Z, Iman et Barack Obama) une seule est africaine. Il est donc suggéré que le destin de l’Afrique est entre les mains des bienfaiteurs américains. Cette surestimation n’a rien de surprenant : elle est l’un des derniers épisodes de cette relation tourmentée entre les Noirs américains et le continent matrice.
Comme les Africains ne manquent pas de le rappeler, si les Afro-Américains se considèrent comme leurs frères, ils s’affichent d’abord en grands frères. Malentendu éternel qui transforme les cousins d’Amérique en moralistes arrogants. Par le passé, l’Afrique a subit pire de la part de cette lointaine famille.
En 1822,
le Libéria est fondé par une société américaine de colonisation pour y
installer des esclaves noirs libérés. Dès le début il y a malaise entre les
affranchis et les autochtones. Lorsque le 26.07.1847 le Libéria devient une
république indépendante, l’élite américano-libérienne et son parti, le True
Whig, prend le pouvoir et le conservera durant un siècle, imposant le travail
forcé aux autochtones. En 1936, en dépit de l’abandon du travail forcé, ils
demeurent des citoyens de seconde zone car privés de droit de vote. Il faudra
attendre 1945 pour que le président William Vacanarat Shadrach Tubman leur
accorde ce droit légitime. En 1971 lorsque le président Tolbert succède à
Tubman, la politique économique qu’il mène accroît le fossé entre Américano-
Libériens et autochtones. Son comportement causera sa perte car le 12.04.1980
il est sauvagement assassiné lors d’un coup d’état mené par Samuel Kanyon Doe,
un autochtone qui prend le pouvoir.
Pourtant,
c’est gorgé de bons sentiments et d’une sincère fraternité que certains
Afro-Américains s’investissent en Afrique.
L’histoire de la recherche en maternité des Noirs américains est aussi ancienne que leur déracinement. Dès les premiers voyages nombreux sont les esclaves qui ont tenté de rentrer en Afrique. Les témoignages persistants de ces années sombres rapportent des centaines de luttes comparables à celle d’Ayuba Suleiman Diallo qui, dès 1730, après avoir été embarqué comme esclave à partir de son Sénégal natal, est parvenu après des mois d’acharnement à rentrer chez lui, retrouver les siens et mourir à 73 ans. Son incroyable aventure préfigure la longue épopée de Noirs américains qui continuent à se penser Africains et qui veulent rentrer.
Jusqu’à Obama, l’odyssée de la minorité noire américaine est parsemée de tentatives pour recréer le lien organique avec l’Afrique. Pour ce faire, des dizaines de milliers d’Afro-Américains se sont installés essentiellement au Ghana depuis l’indépendance du pays en 1957. Le fondateur de la nation, Kwame N’Krumah, qui fit ses études aux USA, tenta de concrétiser le rêve panafricain. Certains penseurs théorisèrent sur une profonde similitude entre les Africains, victimes de l’oppression coloniale, et les Noirs américains qui subissaient la ségrégation. Libérés des Anglais, les Ghanéens annoncent la victoire des Noirs ségrégués. Réalité ou mythe, quoiqu’il en soit, par une étrange coïncidence historique, quand la loi sur les droits civiques des Noirs américains en 1964, près de 30 pays africains gagnaient leur indépendance, initié par le Ghana. Pourtant, même s’il a dédié l’un de ses plus beaux discours au Ghana en 1957, Martin Luther King l’avait clairement énoncé, les Afro-Américains ne sont pas des Africains. Néanmoins ils sont considérés comme frères et King même les invite à partir pour l’Afrique afin d’aider le jeune pays à se construire. Il fut entendu et, à l’exemple du grand WEB Du Bois, une communauté américaine idéaliste entama sa transhumance vers le Ghana. Dubois fut l’un des pères du panafricanisme américain qui tint son premier Congrès officiel en 1919 à Paris. Leur idéologie était simple car elle consistait à considérer les Africains et les descendants d’Africains nés ou vivant hors d’Afrique comme un seul ensemble uni dans un sentiment de solidarité afin de régénérer et unifier l’Afrique. Elle s’exprime via la glorification du passé de l’Afrique et la fierté des valeurs africaines. Le panafricanisme devait libérer le peuple noir de toutes les oppressions. Ce ne fut qu’un rêve, vite fané, qui ne retrouva qu’un peu de vigueur avec le mirage ghanéen.
En effet,
nombreux sont les Afro-Américains qui reçurent la terrible gifle de la
désillusion. D’abord parce qu’ils sont confrontés à leur altérité puis à
l’hostilité des Africains et enfin à l’amertume de leurs compatriotes restés
aux USA et qui sont devenus cyniques. Sur le terrain ils découvrent que les
Africains ont participé à la traite et réalisent que la couleur de leur peau ne
signifie rien face à l’immensité océanique qui les sépare culturellement. Ce ne
sont que ressentiment et incompréhension qui caractérisent ces retrouvailles.
Ils doivent admettre que leurs rêves d’empire Ashanti et de royaumes glorieux
n’étaient que des mythes d’une Afrique fantasmée en leurs esprits.
Longtemps les Noirs d’Amérique, tel Malcom X, ont soutenu que les Blancs étaient les seuls responsables de leur impossible retour en Afrique.
Aujourd’hui
les intellectuels Afro-Américains tel que Kwame Anthony Appiah livre une
critique sans fards du continent fantasmé et s’avoue favorable à une
déconstruction du mythe : l’Afrique a soutenu le commerce des esclaves, a
pratiqué l’esclavage sur son sol et se refuse à le reconnaître. Appiah ne croit
ni en la race ni en une « négritude » essentialiste rassemblant par
delà les continents des gens n’ayant en commun que leur couleur de peau.
L’Afrique, lorsqu’elle cesse d’être un mythe lointain, est donc la source d’une grande désillusion et témoigne d’un grand malentendu pour les Noirs américains. Mais l’inverse est également vrai car des centaines de milliers d’Africains qui migrent aux USA découvrent non seulement le racisme d’une société majoritairement blanche mais également l’hostilité des Afro-Américains. Le comportement de ces derniers découle du registre classique des stéréotypes blancs liés à l’arriération de l’Afrique et qu’ils ont intégrée mais aussi dans le ressentiment et la mémoire douloureuse de l’esclavage. Désormais la ligne de partage des couleurs n’est plus seulement entre Noirs et Blancs mais aussi entre Noirs et immigrés noirs. Certains Afro-Américains ne veulent pas être confondus avec ceux dont ils aiment pourtant se dire les frères. Ils aiment davantage l’Afrique que les Africains.
Dans les ghettos du Bronx comme sur le campus de Cambridge, une même amertume s’exprime : les Africains seraient des privilégiés pour accéder à ce qui semble l’apanage des Blancs : l’éducation supérieure et les emplois supérieurs. Alors qu’ils ne représentent que 3% des Noirs aux Etats-Unis ils constituent 25% des étudiants noirs des universités publiques et plus de 40% de ceux de la prestigieuse Ivy League. La maîtrise de la langue anglaise, les recommandations familiales invitant à la réussite, la qualité de l’enseignement qu’ils ont reçu en Afrique et la vénération pour l’éducation sont autant d’atouts pour leur intégration. Plus dociles, davantage prompts à se soumettre aux exigences arrogantes des Blancs, ces Africains ne veulent pas se dire « Noirs » car ils ne souhaitent pas être identifiés à « l’underclass » des Noirs américains. Les moqueries et les brimades sont mutuelles. En dépit d’une docilité toute relative, ils ne manquent pas de rappeler qu’ils ne vivent pas dans un monde régi par des Blancs qui ont dénaturé l’homme noir. Ils s’affirment être des civilisés qui élèvent leurs enfants dans le respect des anciens et du savoir. En fait les deux communautés expriment avec agressivité parfois un sentiment d’altérité qui apparaît comme le déni d’une familiarité que le temps et la distance ont voilée.
28 novembre 2008
RESISTANCE DES NOIRS LORS DES TRAITES ATLANTIQUE
Si de nombreux
ouvrages sont consacrés aux « calvaires » vécus par les Africains
réduits à l’esclavage dans l’Amérique du XVII° au XIX°, si maints écrits
relatent la résistance, la rébellion et les évasions de certains esclaves, peu
de traces subsistent des conditions dans lesquelles s’est organisé ce commerce
sur le sol africain. L’attitude des Africains en la matière a été très peu
étudiée. Dans un premier temps, elle a été falsifiée par les négriers et les
racistes puis, de nos jours, par des historiens bourgeois d’orientation
coloniale ou néo coloniale.
Il me semble
utile de préciser que l’Afrique a connu l’esclavage et la traite des Noirs
avant la venue des Européens. C’est pourquoi, dans les premiers temps, lorsque
les Européens commencèrent à acheter des esclaves cela fut considéré comme un
arrangement commercial ordinaire.
Toutefois, dès
le début, les relations furent rarement amicales. Des Blancs armés se jetaient
sur les Africains venus les accueillir en confiance ou avec crainte, tuaient
ceux qui résistaient et embarquaient les autres, ligotés.
En dépit d’une
évidente supériorité en armement, les Africains ne furent jamais effrayés.
D’abord parce que, grâce à leurs propres moyens d’informations (tam-tam,
signaux de fumée) ils étaient avertis de l’arrivée d’étrangers indésirables
puis parce qu’ils avaient su mettre en place des interventions hostiles permanentes
(attaques soudaines, flèches empoisonnées)
Dans les
conditions de la réalité africaine des XV° au XVII° siècle, il ne pouvait se
produire de grandes révoltes bien organisées contre les Européens car il
n’existait presque pas de grandes formations étatiques dans les régions où les
Européens pénétraient, ce qui facilita la réussite de la politique des
colonisateurs qui consistait à semer la discorde entre les chefs de s
différentes tribus. De surcroît, les Européens avaient derrière eux les pays
les plus avancés de temps en matière de matériel et d’expérience militaires. Au
début, l’Afrique ne pouvait riposter qu’avec des arcs et des flèches utilisés
par de petits groupes de guerriers issus de tribus isolées. Toutefois, leur
résistance obligea les colonisateurs, installés sur les côtes, à se construire
des fortifications pour se préserver de leurs attaques.
Les premiers
temps, grâce à leurs constructions nanties de hautes murailles et suréquipées
en artillerie, les Européens réussirent presque toujours à repousser les
assaillants. Mais lorsque les Africains parvinrent à manier les armes à feu
dont ils furent d’abord effrayés et, en dépit d’une résistance furieuse des
colonisateurs, investissaient les forts et les incendiaient.
Les quelques
publications consacrées au commerce des esclaves faisaient état de la férocité
des Africains ainsi que de leur goût pour le pillage.
En définitive,
expliquer leurs attaques en invoquant seulement cela, revient à minimiser leur
lutte. Ces actions s’expliquaient avant tout par la haine qu’inspiraient les
envahisseurs.
La lutte
contre les conquérants et colonisateurs européens s’est surtout déployée avant
le XVIII° siècle, période la plus intense de la traite des Noirs. Du reste, à
cette époque, l’ensemble de la politique des Européens en Afrique est
conditionné par ce commerce. La résistance des Africains aurait donc du être
dirigée contre les négriers or, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’y
a jamais eu de tels mouvements.
Par contre, de
nombreux témoignages rapportent les fréquentes révoltes d’esclaves pendant le
voyage à travers l’Atlantique ainsi que dans les colonies du Nouveau Monde.
La conclusion
habituellement adoptée par les historiens de l’époque et confirmée par les
négriers et les colonialistes était la suivante : les Africains
connaissaient l’esclavage depuis longtemps et ils ne protestaient pas contre
car c’était devenu une condition d’existence habituelle. Les soulèvements et
les tentatives d’évasion sur les navires n’étaient la conséquence que des
mauvais traitements infligés aux individus et non pas du au fait qu’ils ne
souhaitaient pas être esclaves. En réponse, les partisans de ce type de
commerce rétorquaient : « Traitez mieux les esclaves africains et il
n’y aura pas de révoltes ». Mais les mêmes gens, afin de se donner bonne
conscience, déclaraient que l’exportation des Africains hors de leur pays était
un bien du fait que, soi-disant, l’esclavage en Afrique est beaucoup plus
terrible que dans le Nouveau Monde car les captifs ont des vies bien meilleures
dans les plantations d’Amérique.
Curieusement on
n’a jamais confronté la première et la seconde affirmation des marchands d’esclaves.
Aujourd’hui il apparaît évident que si ces propos s’étaient avérés exacts, il
demeurerait des traces de fréquentes révoltes contre la traite des Noirs en
Afrique.
Naturellement plusieurs
questions interpellent les esprits : tout d’abord, pourquoi n’y-a-t-il pas
eu de lutte contre la traite des Noirs par les Européens sur l’Atlantique ;
ensuite, comment se fait-il que les esclaves isolés qui résistaient pour se
sauver, eux-mêmes ou leur famille, et parvenaient à fuir les caravanes ne
pouvaient-ils pas généralement compter sur l’aide des habitants de la région ;
enfin, pourquoi lorsqu’un fuyard était repéré était-il presque systématiquement
vendu à un négrier européen ou à un marchand africain ?
Pour répondre
à toutes ces interrogations, il est indispensable de se replacer dans le
contexte africain de l’époque. Imaginer une réalité où des individus ont
instaurés depuis plus de 200 ans le désordre dépravant de la traite des Noirs. La
durée a engendré une acceptation, telle une coutume, dans l’esprit des
Africains qui en acceptaient même la cruauté comme inhérente au phénomène. Des êtres
ignobles en avaient fait leur profession et c’était pour eux une source
permanente de revenus. Toute personne faible capturée représentait un profit
concret et immédiat : des marchandises, des armes, du vin… Entreprendre un
travail productif était inutile car l’activité la plus avantageuse était la
chasse à l’homme ou déclencher des guerres afin de faire des prisonniers pour
ensuite les vendre.
En fait c’était
une lutte constante pour demeurer parmi les plus forts pour ne point tomber
sous le joug d’un chasseur et subir l’esclavage. La traite des Noirs a été à l’origine
d’une horrible dévaluation de la vie humaine. Elle a entraîné une dégradation
morale, la déformation des plus belles qualités humaines, des mentalités que ce
soit celles des marchands d’esclaves ou des captifs.
Sociologiquement,
la traite des Noirs a engendré des divisions, une multitude d’isolement car
chacun essayait de se sauver ou de protéger ses proches, au détriment des
autres.
Il existe très
peu de documents relatant les comportements des différents groupes humains
réduits en esclavage. Toutefois des témoignages rapportent que certains n’avaient
pas le courage de lutter, mouraient de nostalgie, se suicidaient ou bien
travaillaient en attendant la mort avec indifférence.
Malgré tout,
nombreux sont ceux qui ont opposé une résistance en Afrique ; ils s’évadaient
des caravanes d’esclaves, se rebellaient au moment du chargement dans les
navires. Des témoignages attestent d’évasions réussis mais aucun ne rapportent
si les fuyards ont réussi à revenir chez eux.
Même si les
châtiments encourus étaient odieusement cruels, il demeure une multitude de
preuves confirmant des révoltes d’esclaves dans le Nouveau Monde (les nègres
marron à la Jamaïque et à Cuba, des villages d’esclaves en fuite au Brésil, des
centaines de soulèvements aux USA). Mais pourquoi ces êtres qui ne s’opposaient
pas ouvertement à la traite des Noirs en Afrique se révoltaient-ils arrivés à
destination ?
La cruauté des
planteurs n’est pas l’unique raison. D’abord il est notable de souligner que
bon nombre des révoltés au sein des captifs sont des Africains qui furent
toujours contre la traite des Noirs. Or en Afrique ils ne pouvaient lutter
contre ce fléau car la moindre parole ou action contre se soldait par la mise
en esclavage ou la mort. De plus, il n’y avait pas d’endroit où l’on puisse
fuir ce commerce de chair humaine. Les Africains, sur leur continent, se
contentaient de se défendre mais ils ne pouvaient envisager aucune offensive
contre les négriers.
Par ailleurs,
les affirmations selon lesquelles les Africains ne protestaient pas contre l’état
d’esclave du fait qu’il leur était habituel est totalement fausse. Bien au
contraire, ils ne cessaient de lutter pour recouvrer la liberté et, lorsqu’ils
voyaient qu’il n’y avait aucun espoir de se libérer, bien souvent ils
préféraient la mort.
Dans les
caravanes, les mains liées, attachés par le cou et escortés par des gardes
armés, ils tentaient tout de même de fuir à la moindre occasion favorable. Jusqu’à
l’embarquement, s’apercevant qu’ils n’allaient pas être vendus dans leur pays,
ils luttaient. Enchaînés, ils se jetaient sur les matelots et les gardes, ils
sautaient à la mer mais entraînés par le poids de leurs chaînes ils se
noyaient. Parfois même, s’ils voyaient qu’ils allaient être récurés par une
chaloupe, ils préféraient se laisser volontairement couler plutôt que de se
faire attraper par le négrier.
Ensuite, à
bord du vaisseau, les plus forts, les plus décidés menaient une lutte active :
ils organisaient une révolte, attaquaient l’équipage du négrier, s’emparaient
parfois même du navire.
Ceux qui n’avaient
pas la force ou le courage d’intervenir ouvertement résistaient au marchand d’esclaves
passivement, avec opiniâtreté et insistance : ils se laissaient mourir de
faim ou se jetaient par-dessus bord.
Les grèves de
la faim engendraient des épidémies et une mortalité massive des captifs. Les coups,
la torture n’étaient d’aucun secours : les Africains ne voulaient pas être
des esclaves. Cette façon de se laisser mourir était si répandue parmi les Africains
qu’en Angleterre on fabriquait , outre des fers, des colliers, des chaînes et
des cadenas, des appareils spéciaux en métal qu’on introduisait dans la bouche
des esclaves refusant de manger afin de les nourrir de force.
Nombre de
rapports font état de révoltes à bord des négriers au XVIII° siècle. Parfois les
Africains parvenaient à prendre le contrôle du bateau ; souvent lorsque la
situation était vraiment désespérée, ils n’hésitaient pas à provoquer le naufrage
du navire. Vers 1830, des hommes d’affaires de Bristol se plaignaient même de
voir leurs revenus baisser dans le secteur de la traite des Noirs à cause du
nombre importants de navires disparus.
Les archives
détiennent de nombreuses traces de voiliers enlevés par les esclaves ;
toutefois de nombreuses résistances sont restées dans l’ombre car les Africains
après avoir pris le bateau ne savaient pas le gouverner et s’échouaient, morts
de faim et de soif. Des marins ont rapporté qu’ils avaient rencontré des
navires à bord desquels l’équipage européen gisait et les esclaves étaient dans
un état de complet épuisement. D’autres qu’il n’y avait que des cadavres
desséchés d’esclaves ou, au contraire, seulement des matelots tués.
Les marchands
d’esclaves relevaient habituellement une indocilité particulière chez certains
peuples ou tribus d’Afrique. Ils estimaient qu’il fallait faire preuve de
beaucoup de prudence s’il y avait des Mina et des Koro-mantins, toujours prêts
à s’évader ou à se révolter. D’autres mentionnaient l’audace des Ewe, parlaient
de l’impossibilité de briser l’âme fière des esclaves Ashanti ou mettaient en
garde contre l’insoumission permanente des esclaves achetés dans la région de
Kiwa et de Mom-bassa. Les peuples africains stupéfiaient les Européens par leur
inacceptation intransigeante de leur état d’esclaves, leur volonté d’être
libres, leur audace et leur opiniâtreté dans la lutte. Tous dans leur ensemble.
Cette résistance
prouve que les Africains, comme tous les individus de la planète quelle que fut
leur race, aspiraient à vivre libres. Et seuls des Occidentaux imbus d’une
supériorité injustifiée et d’un orgueil malsain
ont pu penser pendant toutes ces années que les esclaves africains n’avaient
été que de pauvres créatures stupides et soumises, à mi-chemin en l’homme et le
singe.
26 novembre 2008
BOOKER T. WASHINGTON, ASCENSION D'UN ESCLAVE EMANCIPE
Educateur,
conférencier, auteur et leader de la communauté Afro-Américaine, Booker T.
Washington est peu connu en France alors qu’aux Etats-Unis il fut la figure
majeure des Noirs entre 1890 et 1915 et demeure aujourd’hui au sein du panthéon
américain.
Il appartient
à la dernière génération de leaders noirs nés dans l’esclavage. Après son
abolition en 1865 il fit des études, ce qui lui permit d’écrire son histoire,
grand éducateur lui-même, il devint le chantre de l’éducation pour le
développement des citoyens noirs. Libéré de l’esclavage dans son enfance, après
avoir effectué maints emplois subalternes dans l’Ouest de la Virginie, il a
trouvé sa voie grâce à une instruction reçue à Hampton Institute et Wayland
Seminary. Sur recommandation du fondateur de Hampton, Sam Armstrong, alors qu’il
n’est encore qu’un jeune homme, il est nommé responsable de la nouvelle
université de Tuskegee Institute puis enseignant pour élèves noirs.
Washington
estimait que l’éducation était une clé essentielle pour que les Afro-Américains
se hissent au sein de la structure sociale et économique des Etats-Unis. Il avait
acquis une réputation nationale en tant que porte-parole et leader des Noirs.
Même si son approche non-conflictuelle a été critiquée par certains Noirs, il a
réussi à établir des relations avec des philanthropes notables comme Anna T.
Jeanes, Henry Huddleston Rogers, Julius Rosenwald et la famille Rockefeller qui
contribuèrent par millions de dollars pour l’éducation à Hampton ou Tuskegee,
subventionnèrent des centaines d’écoles publiques pour les enfants noirs dans
le Sud et financèrent des poursuites judiciaires afin de lutter contre la
ségrégation et la privation du droit de suffrage.
Bénéficiaire
de diplômes honoraires de Dartmouth College et de l’Université de Harvard, il
est le 1° Noir à être l’invité d’honneur d’un président américain à la Maison
Blanche. De ce fait Booker T. Washington est largement considéré comme le plus
puissant des Afro-Américains de 1895 jusqu’à sa mort en 1915. Des centaines d’écoles
et d’individus aux Etats-Unis ont été nommés en son honneur.
Booker
Taliaferro Washington est né esclave à Hale’s Ford dans le sud-ouest de la
Virginie le 05 Avril 1856. Son père était un blanc et sa mère, Jane, une
esclave chez James Burroughs un petit fermier. Il ne connut que très peu son
père. Plus tard sa mère se maria avec un esclave, Washington Ferguson, dont
Booker prit le prénom pour nom lorsqu’il entra à l’école. En dépit de son
métissage, le système des castes juridiques fit qu’il fut considéré comme un
esclave noir. Quelques pères blancs assurèrent à leurs enfants naturels la
possibilité de suivre un enseignement ou la formation pour devenir artisans ;
quelquefois les mères et les enfants étaient affranchis et retrouvaient leur
liberté ; ce n’a pas été le cas pour Booker T. Washington.
Durant l’été
de 1865, sa mère déménagea avec ses enfants Booker, son frère John et sa sœur Amanda
à Malden, dans le Comté de Kanawha afin de rejoindre son époux. Cette mère eut
une influence majeure sur sa scolarité car, même si elle ne savait pas lire
elle-même, elle achetait des livres d’orthographe à son fils afin de l’encourager
à lire. Après l’émancipation sa famille était tellement frappée par la pauvreté
que le jeune Booker alla travailler dans des fours de sel et des mines de
charbon dès l’âge de 10 ans (1866-1868). Il était un enfant intelligent et
curieux, il aspirait à une éducation et fut frustré de ne pas pouvoir
bénéficier d’une bonne instruction localement.
Quand il eut
16 ans ses parents l’autorisèrent à quitter son travail pour aller à l’école. Toutefois,
comme ils ne disposaient pas des moyens financiers pour subvenir à ses études,
il marcha 200 miles pour se rendre à Hampton Normal and Agricultural Institute,
créé pour instruire les affranchis. Pour payer ses études ainsi que sa pension
il travailla comme portier. Plus tard il rejoindra Wayland Seminary afin de
compléter sa formation d’instructeur.
En 1881,
suivant les conseils de Samuel C. Armstrong il devient le 1° responsable de
Tuskegee Normal and Industrial Institute, la nouvelle Ecole Normale en Alabama.
Il a dirigé ce qui est devenu l’Université de Tuskegee jusqu’à la fin de son
existence.
La nouvelle
école a ouvert 04.07.1881, d’abord en utilisant l’espace loué à une église
locale. L’année suivante, Washington a acheté une ancienne plantation qui est
devenue le site permanent du campus. Sous sa direction, les étudiants ont
littéralement construit leur propre école : construction des salles de
classe, des granges et des dépendances, subvenant à la plupart de leurs besoins
par leurs propres récoltes et l’élevage de leur bétail. La structure offrait
aux hommes et aux femmes des formations professionnelles pratiques ou leur
permettait d’accéder à un cursus universitaire. Tuskegee utilisait chacune de
ses activités afin d’enseigner aux élèves les compétences de base
indispensables dans les communautés noires rurales du Sud. Mais Tuskegee formait
également des enseignants. Cet institut illustre les aspirations de Washington
pour ceux de sa race. Sa théorie était que, en produisant des compétences
pratiques et indispensables à la société, en se montrant responsables et
fiables, les Afro-Américains accéderont à une pleine acceptation de la part des
Blancs.
En 1895, Booker T. Washington est invité à parler à l’ouverture de la « Cotton States Exposition », honneur sans précédent pour un Afro-Américain. Il est sollicité pour effectuer un bref discours afin d’exprimer sa thèse en matière de philosophie sociale et raciale. Lors de ce qui reste le « Compromis d’Atlanta », il sollicite des Américains blancs la possibilité d’instruire les Noirs afin qu’ils puissent trouver des emplois tant dans l’industrie que dans l’agriculture. En échange, il fait prévaloir que les Noirs renoncent à leurs vœux d’égalité sociale ainsi qu’à leurs droits civils. Le message aux Noirs était que l’égalité sociale et politique était moins importante dans l’immédiat que l’indépendance et la respectabilité économique. Booker T. Washington affirme que si les Noirs s’imposent dans l’économie et prouvent leur utilité aux Blancs, ensuite l’égalité sociale et les droits civils leur seront probablement accordés. Bien que sa position conciliante irrita quelques Noirs, dans l’ensemble ils avaient très envie de travailler comme fermiers, artisans, domestiques ou travailleurs manuels afin de prouver aux Blancs que tous les Noirs n’étaient pas que des menteurs et des voleurs de poulets.
La stratégie
de Washington était un compromis à l’oppression blanche. Il conseilla aux Noirs
de faire confiance au paternalisme des Blancs du Sud et d’accepter le fait de
la suprématie blanche. Il tressa une mutuelle interdépendance entre les Blancs
et les Noirs dans le Sud mais il souligna qu’ils étaient socialement séparés :
« Dans toutes les choses qui sont purement sociales nous pouvons être
séparés comme les doigts ; mais ne faire plus qu’un, comme une main, dans
les domaines essentiels au progrès mutuel. »
Washington conseilla
aux Noirs de rester dans le Sud, d’obtenir une éducation utile, de protéger
leur argent, de travailler dur et d’acheter une maison. En agissant ainsi,
Washington rappelle aux Noirs qu’ils pourront gagner pleinement leurs droits de
citoyens.
Les Blancs
américains reçurent avec enthousiasme les principes raciaux de Washington et le
nommèrent leader national des Noirs. Les Blancs du Nord virent en la doctrine
de Washington une opportunité de paix entre les différentes races du Sud. Les Sudistes
blancs apprécièrent son programme car il n’impliquait pas d’aspirations
politiques, civiles ou sociales et maintenait le Noir dans un statut inférieur.
Comme les
intentions de Washington convenaient aux Blancs, des contributions
substantielles furent attribuées par des philanthropes à Tuskegee ou d’autres
institutions qui s’alignèrent sur le plan de Washington. Le prestige de
Washington grandit au point qu’il fut considéré comme le porte-parole de la
communauté noire toute entière.
Grâce au
solide soutien des Blancs, Washington devint un leader noir influent non
seulement dans les milieux de l’éducation et de la philanthropie mais également
dans le secteur des affaires, au sein des ouvriers, des politiciens et même dans
les affaire publiques.
En plus de
Tuskegee Institute, Washington institua une variété de programmes pour l’extension
du travail rural et aida à créer la National Negro Business League à Boston au
Massachussetts en 1900. Peu de temps après l’élection du Président William
McKinley en 1896, un mouvement milita pour que Booker T. Washington soit nommé
à un poste du cabinet mais il retira son nom, préférant travailler en dehors de
l’arène politique.
Cependant,
Washington fut invité le 16 Octobre 1901 à un dîner d’état par le Président
Theodore Roosevelt, devenant ainsi le 1° Afro-Américain accueilli à ce niveau. La
même année fut édité son livre le plus connu, « Up from Slavery » qui
obtint immédiatement un large succès et eut un immense impact sur la communauté
afro-américaine ainsi que sur ses amis et alliés.
D’un point de
vue privé, Booker T. Washington a été marié 3 fois. Dans son ouvrage le plus
célèbre, « Up from Slavery », il rend hommage à toutes ses épouses
pour leur contribution à Tuskegee, avouant clairement que sans leur
participation le projet n’aurait pas été couronné d’autant de succès.
Sa 1° femme,
Fannie N. Smith, était originaire de Malden, lieu où il vécut de 9 à 16 ans et
avec lequel Washington garda des contacts toute sa vie. Ils se sont mariés
durant l’été 1882 et eurent une fille Portia M. Washington mais Fannie décéda
en Mai 1884. Sa 2nde épouse Olivia A. Davidson, née dans l’Ohio, a
étudié à l’Institut d’Hampton puis à l’Ecole Normale du Massachussetts à
Framingham. Elle a enseigné ensuite dans le Mississipi et le Tennessee avant d’être
engagée à Tuskegee. Lorsque Washington fait sa connaissance, elle est
professeur et devient sa principale assistante. Ils se sont mariés en 1885 et
ont eu 2 fils, Booker T. Washington Jr et Ernest Davidson Washington avant qu’elle
ne meure en 1889. En 1893, Booker T. Washington se remarie pour la 3° fois avec
Margaret James Murray, originaire du Mississipi et diplômée de l’Université de
Fisk. Ils n’eurent pas d’enfants mais elle se chargea de l’éducation de ceux
nés des précédentes unions de Washington. Elle survécut à son époux et décéda
en 1925.
En dépit des
nombreux voyages auxquels il était assujetti ainsi que des multiples
responsabilités qui étaient les siennes, Washington est toujours demeuré responsable
de Tuskegee. La masse de travail qui est la sienne détériore rapidement sa
santé et il s’effondre à New York. Il est ramené en urgence à Tuskegee où il
décède le 14 Novembre 1915 à l’âge de 59 ans. Dans un premier temps, les causes
de sa mort ne sont pas très claires : on suppose de l’épuisement nerveux
et de l’artériosclérose. Il est enterré sur le campus de l’Université de
Tuskegee, près de la chapelle. En Mars 2006, avec l’autorisation de ses
descendants, l’examen des dossiers médicaux indique qu’il était en fait décédé
d’hypertension artérielle avec une pression plus de 2 fois supérieure à la
normale.
Son autobiographie,
« Up from Slavery », raconte sa spectaculaire ascension, des très
humbles débuts jusqu’à la fondation de Tuskegee ; elle prône les
convictions de Washington comme l’amélioration du statut social et économique
de l’Afro-Américain via un travail acharné. Cette institution et cette
initiative étaient controversées à l’époque. En effet, la carrière de
Washington est pleine de paradoxes.
Il conseilla
aux Noirs de rester dans le Sud, évita les débats politiques et les
protestations en prônant l’entraide économique et la formation professionnelle
mais il devint un chef politique puissant, l’ami d’hommes d’affaires comme
Andrew Carnegie et même le conseiller des présidents.
Booker T.
Washington accepta publiquement, sans aucune protestation, la ségrégation
raciale et la discrimination électorale mais secrètement finança et dirigea de
nombreuses poursuites judiciaires contre de telles proscriptions des droits
civils.
Il prêchait
une morale de puritain ainsi qu’une hygiène personnelle exemplaire alors qu’il
était engagé dans des actes de sabotage et d’espionnage contre ses opposants
noirs.
Devant les
Blancs il était un modèle d’humilité et de zèle tandis qu’avec ses
collaborateurs et les élèves à Tuskegee il était un despote bienveillant.
Certes il
était fréquemment critiqué pour son caractère opportuniste ; cependant, l’extraordinaire
succès de Tuskegee augmenta durant ses 34 années de direction de l’établissement
et a réduit au silence beaucoup de ses détracteurs.
« Il s’agissait pour nous de prouver qu’il était possible à la race nègre de fonder un établissement d’instruction et d’éducation et de le diriger convenablement. Echouer, c’était porter un coup à la race toute entière. Tout était contre nous. On pensait communément que le succès, naturel, certain pour les Blancs, avec nous serait une chose inouïe. Ces considérations pesèrent très lourdement sur nous. » Booker T. Washington, Autobiographie d’un nègre.
Booker T. Washington, ses deux fils et une de ses nièces.
19 novembre 2008
LES NOIRS NE SONT PAS DES SAUVAGES
Phillis Wheatley
Si l’anthropologie,
science de l’homme, est une discipline déjà relativement ancienne, les études
scientifiques relatives aux Noirs d’Afrique sont elles très récentes
puisqu’elles ne datent que de la 2nde Guerre Mondiale.
En fait, dans un
premier temps, il est malheureux de constater que l’intérêt pour la psychologie
africaine n’est né que d’un prolongement de recherches effectuées aux
Etats-Unis auprès de la population afro-américaine principalement dans le
domaine des relations sociales ainsi que sur les aptitudes et l’intelligence. Loin
d’intervenir pour enrichir leurs connaissances les chercheurs n’agissaient que
pour justifier scientifiquement, d’une part, les préjugés raciaux et la
ségrégation en vigueur dans les sociétés américaines et, d’autre part,
caractériser et délimiter les aptitudes individuelles en vue de l’exécution de
tâches déterminées dans l’industrie et dans l’armée. Mission peu
glorieuse !
Lorsque des
psychologues européens se sont investis sur le terrain c’est avec une toute
autre perspective qu’ils ont abordé les problèmes car c’est d’abord d’un point
de vue psychiatrique qu’ils ont du se placer ayant à traiter des militaires
africains traumatisés par les combats. Toutefois les recherches sur l’intelligence
et les aptitudes ont également été poursuivies mais afin de déterminer les
caractérisations de la race noire et dans le souci de faire participer les
populations africaines à l’œuvre de développement.
Malheureusement, il est
navrant de constater que les particularités du cerveau du Noir (forme générale,
dimensions, type de scissure, histologie corticale…) soient retenues comme « preuves »
de son insuffisance constitutionnelle et fonctionnelle. Il est regrettable de
relever des conclusions qui affirment que l’intelligence du Noir est « naturellement »
peu apte à se développer et qu’à ses insuffisances cérébrales s’ajoutent un
milieu culturel et social dont les caractéristiques ne favorisent guère la
maturation plus poussée de ce phénomène.
Depuis des siècles
les Noirs (Africains ou Antillais puis Afro-Américains) sont bassement
déconsidérés par une race blanche qui se déclare outrageusement supérieure. Les
grands penseurs ainsi que tous ceux qui se disaient « savants » ont
laissé à la postérité une masse de propos négrophobes qui font peur. Même très
récemment, le 14.10.2007, l’éminent généticien et biochimiste américain, James
Dewey Watson, lauréat du prix Nobel de médecine en 1962, a déclaré qu’il était « fondamentalement
pessimiste quant à l’avenir de l’Afrique » parce que « toutes nos
politiques d’aide sont fondées sur le fait que leur intelligence (celle des
Africains) est la même que la nôtre (Occidentaux, ndlr) alors que tous les
tests disent que ce n’est pas vraiment le cas ». Le professeur Watson a
persévéré dans son racisme en indiquant que « son espoir est que tous les
hommes sont égaux » mais que « les gens qui ont eu affaire à des
employés noirs se sont rendu compte que ce n’était pas vrai ».
Heureusement suite à cette polémique, il a été suspendu de ses fonctions et mis
en retraite.
Personnellement je
suis choquée par de telles sottises issues de la cervelle d’un illustre
scientifique mais, hélas, je suis également consciente qu’au travers des
siècles maintes affirmations provocantes sont allées au-delà du débat
acceptable. Petite liste écoeurante issue des réflexions racistes des plus
grands esprits à travers les temps :
- « Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils doivent point cette différence à leur climat, c’est que des Nègres et des Négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire. » Voltaire – Essai sur les mœurs.
- «
Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être
naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation
civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre
par ses actions ou par sa capacité de réflexion... Il n’y a chez eux ni engins
manufacturés, ni art, ni science. Sans faire mention de nos colonies, il y a
des Nègres esclaves dispersés à travers l’Europe, on n’a jamais découvert chez
eux le moindre signe d’intelligence ». David Hume (1711-1776), économiste
anglais, « Sur les caractères sociaux ».
- « La nature n’a doté le nègre d’Afrique d’aucun sentiment qui ne s’élève au-dessus de la niaiserie(...) Les Noirs (...) sont si bavards qu’il faut les séparer et les disperser à coups de bâton ». Emmanuel Kant (1724-1804) – « Essai sur les maladies de la tête ».
- « La race nègre est confinée au midi de l’Atlas, son teint est noir, ses cheveux crépus, son crâne comprimé et son nez écrasé son museau saillant et ses grosses lèvres la rapprochent manifestement des singes : les peuplades qui la composent sont toujours restées barbares (...) la plus dégradée des races humaines, dont les formes s’approchent le plus de la brute, et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement régulier. » Le zoologiste, G. Cuvier – « Recherches sur les ossements fossiles ».
- « On ne peut se mettre dans l’idée que Dieu, qui est un être sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. (...) Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous mêmes chrétiens. » Montesquieu – « L’esprit des Lois ».
- « La nature a fait une race d’ouvrier, c’est la race chinoise (...) une race de travailleur de la terre, c’est le nègre (...) une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Ernest Renan – « Discours sur la nation ».
- « L’égalité des noirs ! Balivernes ! Pendant combien de temps encore, sous le gouvernement d’un Dieu assez grand pour créer et diriger l’univers, y aura-t-il des fripons pour colporter, et des imbéciles pour reprendre, des propos d’une démagogie aussi basse. » Abraham Lincoln, président des USA.
- « L’infériorité intellectuelle des noirs est génétique. Le nombre de gènes de l’intelligence chez les Noirs est inférieur à celui des Blancs. » Arthur R. Jensen, psychiatre américain.
- « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures » Jules Ferry.
- « La plus stupide, la plus perverse, la plus sanglante des races humaines », « Aucun progrès, aucune invention, aucune pitié, aucun sentiment », « La couleur noire, la couleur des ténèbres est braiment le signe de leur dépravation ». Michiels, « La vie des nègres en Afrique ».
- « Quelle terre que cette Afrique ! L’Asie a son histoire, l’Australie elle-même a son histoire qui date du commencement dans la mémoire humaine : L’Afrique n’a pas d’histoire » Victor Hugo – Discours le 18 Mai 1879.
- «
Nous avons un devoir moral envers ces peuples… C’EST NOUS QUI LEUR AVONS
APPORTE LA CIVILISATION … » Edouard Balladur (1994 au cours d’une émission
télévisée … quelques temps après le début des massacres au Rwanda).
Horrifiés ? Il y
a de quoi ! D’autant lorsque l’on détient les preuves indubitables de la
contribution des Noirs de tous horizons à l’évolution des sciences, au
développement de l’humanité, à l’amélioration des conditions d’existence. Pourtant
aucune trace ne subsiste des inventeurs et savants noirs dans la presse
scientifique, les manuels scolaires ou les dictionnaires relatifs aux grandes
inventions. Tout d’abord parce qu’à une certaine époque s’est très vite posée
la problématique des dépôts de brevets et qu’ils ont été contraints de s’arranger
avec leurs maîtres. L’excellence des « cerveaux » noirs est devenue
tellement « dangereuse » pour le Blanc qu’en 1858 un avocat, Jeremiah
S. Black, a fait voter une loi qui interdisait aux esclaves de déposer des
brevets. Par ailleurs, des instructions avaient été données en haut lieux pour
qu’aucune banque ne finance un inventeur noir.
Quoiqu’il en soit la
vérité finit toujours par ressurgir et, même si les maîtres se sont enrichis
sur le dos des pauvres esclaves, il demeure aujourd’hui une juste reconnaissance
des travaux effectués par ces génies noirs. Voici une liste non exhaustive des
inventions à mettre au crédit de la recherche des Noirs :
LA LAMPE
ÉLECTRIQUE : inventée le 13.09.1881 par Joseph V. Nichols et Lewis H.
Latimer.
L’ANTENNE
PARABOLIQUE : inventée le 07 juin 1887 par Granville T. Woods
LA PRODUCTION SUCRIERE AMELIOREE : inventée le 10 décembre par Norbert
Rilleux
L’AIGUILLAGE DES TRAINS : inventé le 31 octobre 1899 par William F. Burr
L’EXCAVATRICE DES POMMES DE TERRE : inventée le 23 avril 1895 par F.J.
Wood
BIDON (JERRICANE) : inventé le 17 février 1891 par Albert C. Richardson
PANNEAU DE PROTECTION DES LITS : inventé le 13 août 1895 par Lewis A.
Russel
MOTEUR A COMBUSTION : inventé le 05 juillet 1892 par Andrew J. Beard
MASQUE A GAZ : inventé le 13 octobre 1914 par Garett A. Morgan
BOUCHE DE SECOURS INCENDIE : inventée le 07 mai 1878 par Joseph R. Winters
LA CHAISE BALANCOIRE : inventée le 15 novembre 1881 par Payton Johnson
CHARPENTE METALLIQUE (DE VOITURE) : inventée le 02 février 1892 par Carter
William
TABLE DE CUISSON A VAPEUR : inventée le 26 octobre 1897 par Carter William
LENTILLES DE PROTECTION DES YEUX : inventée le 02 novembre 1880 par Powell
Johnson
L’ASCENSEUR : inventé le 11 octobre 1867 par Alexander Miles
DISPOSITIF DE COUPLAGES DES VOITURES DE TRAIN : inventé le 10.10.1899 par
Andrew J. Beard
LES MANEGES POUR DIVERTISSEMENT : inventés le 19 décembre 1899 par
Granville T. Woods
LA LANTERNE ou LA LAMPE TEMPETE : inventée le 19 août 1884 par Michael C.
Hamey
LE PIANO MECANIQUE : inventé le 11 juin 1912 par Joseph H. Dickinson
L’AMENAGEMENT DES WAGONS-LITS : inventé le 08 octobre 1870 par John W.
West
LA BALANCE PORTABLE : inventée le 03 novembre 1896 par John W. Hunter
LES W.C ( TOILETTES ) : inventés le 19 décembre 1889 par Jérome B. Rhodes
LE CACHET ET LE TAMPON : inventés le 27 février 1883 par William B. Purvis
LE REFRIGERATEUR : inventé le 14 juillet 1891 par John Stenard
L’INTERRUPTEUR ( LE COMMUTATEUR ) : inventé le 1er janvier 1889 par
Granville T. Woods
LE REVELATEUR PHOTOGRAPHIQUE : inventé le 23 avril 1895 par Clatonia
Joaquin Dorticus
LA MACHINE A COMPOSTER : inventée le 22 juin 1897 par William Barry
LA FONDEUSE-MOULEUSE : inventée le 14 mars 1876 par David A.Fisher
LE BALAI-LAVEUR : inventé le 13 juin 1893 par Thomas W.Steward
LA MACHINE A ECRIRE : inventée le 07 avril 1885 par Lee S. Burridge et
Newman R. Mashman
LE PROTEGE-DOCUMENT : inventé le 02 novembre 1886 par Henry Brown
LE MANCHE D’ENREGISTREUR : inventé le 08 janvier 1918 par Joseph Hunter
Dickinson
LE SYSTEME D’ALARME DES TRAINS : inventé le 15 juin 1897 par Richard A.
Butler
LA TERRINE ou LA MOULE A GLACES : inventée le 02 février 1897 par Alfred
L. Cralle
LE SECHE-LINGE : inventé le 07 juin 1892 par George T. Sampson
LA PEINTURE ET LES COLORANTS : inventés le 14 juin 1927 par George
Washington Carver
LES FREINS DE VOITURE : inventés le 06 août 1872 par John V. Smith
LA MACHINE DE CORDONNERIE : inventée le 20 mars 1884 par Jan E. Matzeliger
LE STYLO PLUME A RESERVOIR : inventé le 07 janvier 1890 par William B.
Purvis
LE TUNNEL POUR TRAIN ELECTRIQUE : inventé le 17 juillet 1888 par Granville
T. Woods
LE FEU DE SIGNALISATION : inventé le 20 novembre 1923 par Garett A. Morgan
LA GUITARE : inventée le 30 mars 1886 par Robert F. Flemmings Jr
LA BOITE AUX LETTRES : inventée le 27 octobre 1891 par Philip B. Downing
LE PEIGNE A CHEVEUX : inventé le 21 décembre 1920 par Walter H. Sammons
LE TROLLEY ELECTRIQUE SUR RAIL : inventé le 19 septembre 1893 par Elbert
R. Robinson
LE FOUET BATTEUR D’ŒUFS : inventé le 05 février 1884 par Willis Johnson
LA TABLE DE REPASSAGE : inventée en 1892 par Sarah Boone
LES ROTATIVES DE PRESSE (imprimerie) : inventées le 17 septembre 1878 par
W.A Lavalette
LE SYSTEME DE SECURITE DES ASCENSEURS : inventé le 02 avril 1895 par James
Cooper
LA BALAYEUSE DES RUES : inventée le 17 mars 1890 par Charles B. Brooks
LE PORTE-BAGAGES DU VELO : inventé le 26 décembre 1899 par Jerry
M. Certain
LES SYSTEMES ET LES APPAREILS TELEPHONIQUES : inventés le 11.10.1887 par
Granville T. Woods
LA TONDEUSE A GAZON : inventée le 09 mai 1899 par John Albert Burr
LES
VITESSES AUTOMATIQUES (des véhicules) : inventées le 06 décembre 1932 par
Richard B. Spikes
LES POUBELLES (bac à ordures) : inventées le 03 août 1897 par Lloyd P. Ray
LA PRESSE A AGRUMES : inventée le 08 décembre 1896 par John T. White
LES PORTES DE SECURITE (pour ponts à bascules) : inventées le 07 octobre
1890 par Humphrey Reynolds
LE THERMOSTAT : inventé le 06 mars 1928 par David N. Crosthwait Jr
LE CADRE DU VELO : inventé le 10 octobre 1899 par Isaac R. Johnson
LE FER A CHEVAL : inventé le 23 août 1892 par Oscar E. Brown
LE LANDAU : inventé le 18 juin 1889 par William H. Richardson
LE PIEGE A RAT AUTOMATIQUE : inventé le 31 août 1881 par Williaù S.
Campbell
LA MOISSONNEUSE-BATTEUSE : inventée le 07 août par Robert P. Scott
LA SELLE DE CHEVAL : inventée par William D. Davis
LE MORS DE CHEVAL : inventé le 25 octobre 1892 par Lincoln F. Brown
LE COUVRE SABOT (pour chevaux) : inventé le 19 avril 1892 par Robert
Coates
LE CONDITIONNEMENT D’AIR (split) : inventé le 12 juillet 1949 par Frederck
M. Jones
LA GACHETTE DE FUSIL (le détonateur) : inventée le 03 mai 1897 par Edward
R. Lewis
L’ARROSOIR DE GAZON : inventé le 4 mai 1897 par Joseph H. Smith
LE TELEGRAPHE DES CHEMINS DE FER : inventé le 28 août 1888 par Granville
T. Woods
LES APPAREILS de TRANSMISSION de messages via l’électricité : inventés le
7 avril 1885 par Granville T. Woods
LE DISPOSITIF DE TRANSFERT des courriers postaux : inventé le 24 mai 1917
par J.C. Jones
EXTINCTEUR DE FEU : inventé le 26 mars 1872 par Thomas J. Martain
LE DISPOSITIF DE TRANSPORT DES FRETS : inventé le 10 octobre 1899 par John
W. Butts
LE LIT PLIANT : inventé le 18 juillet 1899 par L.C. Bailey
LES TRINGLES DES RIDEAUX : inventés le 04 août 1896 par W.S Grant
LE CANAPE-LIT CONVERTIBLE : inventé le 05 octobre 1897 par J.H. Evans
LAVE-VITRES ELECTRIQUES : inventé le 27 septembre 1882 par A.L. Lewis
LA MOISSONNEUSE : inventée le 03 juin 1890 par H.L. Jones
LE DIRIGEABLE : inventé le 20 février 1900 par J.F. Pickering
LA RAMASSEUSE DE COTON : inventée le 05 juin 1894 par Georges W. Murray
LES LUBRIFIANTS DE MOTEUR : inventés le 15 novembre 1898 par Elijah Mc Coy
LA MACHINE DE GRAISSAGE A VAPEUR : inventée le 04 juillet 1876 par Elijah
Mc Coy
BANDE MAGNETIQUE D’ORDINATEURS : inventée le 24 août 1971 par Larry T.
Preston
LA PEDALE DE COMMANDE : inventée le 05 octobre 1886 par Minnis Hadden
ANTENNE DE DETECTION PAR RADARS : inventée le 11 juin 1968 par James E.
Lewis
SUPERCHARGEUR POUR MOTEUR A COMBUSTION : inventé le 03 février 1976 par Joseph
A. Gamell
ENGINS DE LEVAGE et MONTE-CHARGE : inventé le 02 mai par Mary Jane
Reynolds
LA CELLULE ELECTRIQUE GAMMA : inventée le 06 juin 1971 par Henry T. Sampson
LE SYSTEME DE REFRIGERATION (FRIGO et CONGELATEUR) : inventé le 04 novembre
1879 par Thomas Elkins
LA SIGNALISATION (balises d’aéroport, grues, immeubles,...) : inventée le
30 mars 1937 par Lewis WW. Chubb
DOSAGE DE LA MELANINE : à partir de la peau, inventé par Cheikh Anta Diop
LE SHAMPOOING : à partir de
l’arachide, inventé par George Washington Carver
LE VINAIGRE : à partir de l’arachide, inventé par George Washington Carver
LE SAVON : à partir de l’arachide, inventé par George Washington Carver
LA POUDRE DE TOILETTE : à partir de l’arachide, inventée par George
Washington Carver
LA FARINE : à partir de la pomme de terre, inventée par George Washington Carver
L’ENCRE : à partir de la pomme de terre, inventé par George Washington
Carver
LE TAPIOCA : à partir de la pomme de terre, inventé par George Washington
Carver
L’AMIDON : à partir de la pomme de terre, inventé par George Washington
Carver
LE CAOUTCHOUC SYNTHETIQUE : à partir de la pomme de terre, inventé par
George Washington Carver
LA STERILISATION DES ALIMENTS : inventée le 8 février 1938 par Lloyd A.
Hall
MOUSSE IGNIFUGE CONTRE LE FEU : utilisée pendant la 2nd guerre mondiale,
inventée par Percy L. Julian
SYNTHESE DE LA PHYSOSTIGMINE : pour le traitement du glaucome , inventée
par Percy L. Julian
SYNTHESE DE LA PROGESTERONE : inventée par Percy L. Julian
SYNTHESE DE LA CORTISONE : inventée le 10 août 1954 par Percy L. Julian
SYNTHESE ORGANIQUE DE LA PHEROMONE : inventée par Bertram Oliver
Fraser-Reid
SYNTHESE DE L’OLIGOSACCHARIDE : inventée par Bertram Oliver Fraser-Reid
FILAMENT DE CARBONE : pour la lampe à incandescence : inventé le 17
juin 1882 par Lewis Howard Latimer
APPAREIL DE REFROIDISSEMENT et DE DESINFECTION : inventé le 12 janvier
1886 par Lewis Howard Latimer
RHEOSTAT FIABLE : inventé par Granville T. Woods le 13 octobre 1896
TROISIEME RAIL : pour le métro, inventé par Granville T. Woods le 29
janvier 1901
UN FREIN AUTOMATIQUE à AIR COMPRIME : inventé par Granville T. Woods en
1905
UN FREIN ELECTROMECANIQUE : inventé par Granville T. Woods en 1887
UN INTERRUPTEUR AUTOMATIQUE de circuits électriques : inventé par Granville
T. Woods en 1889
UNE COUVEUSE ARTIFICIELLE : inventé par Granville T. Woods en 1890
PACEMAKER (régulateur pour stimulateur cardiaque) : inventé par Otis Boykin
OPERATION A CŒUR OUVERT : inventé par Daniel Hale Williams le 9 juillet
1893
TEST DE DEPISTAGE DE LA SYPHILIS : inventé par William A. Hinton en 1936
TRAITEMENT des MALADIES VENERIENNES (avec l’auréomycine) : inventé par
Louis Tompkins Wrigh
CONSERVATION DU SANG : inventé par Charles Richard Drew
LA POLYTHERAPIE (utilisation de la chimiothérapie contre le CANCER) : inventée
parJane Cooke Wright
TRANSPLANTATION du REIN (2ieme au monde) : par Samuel L. KOUNTZ
CONSERVATION du REIN (durant plus de 50 heures) : par Samuel L. KOUNTZ
ANTIDOTE contre les SURDOSES de BARBITURIQUE : inventé par Arnold Hamilton
Maloney
MACHINE A MONTER LES EMPEIGNES (soulier) : inventé par Jan Earnst
Matzeliger
FIXATEUR POUR CHEVEUX : inventé par Garrett A. Morgan
ANEMOMETRE : inventé par Philip G. Hubbard
CAMERA-SPECTROGRAPHE (transporté par Apollo 16) : inventé par George R.
Carruthers
George Washington Carver
A
la lecture de cette liste qui est loin d’être complète, on se rend bien compte
de l’importance de la communauté noire de toutes origines dans notre société. Lorsque
l’homme blanc prétend par ses études détenir la preuve de sa suprématie, l’homme
noir peut lui répondre qu’Ernest Everett Just (1883-1945), éminent pionnier
noir dans le domaine de la recherche sur le fonctionnement des cellules, de la
génétique et de l’embryon, était un brillant scientifique dont les expériences
auraient pu se révéler encore plus utiles si les Blancs n’avaient pas concouru
à abréger son existence.
Lorsque
des propos négrophobes veulent détruire pitoyablement les aptitudes
intellectuelles d’un individu noir en prétendant qu’il est incapable d’évoluer,
je ne citerai que l’exemple de Philipp Emeagwalli, né en 1954, originaire du
Nigéria, titulaire de 3 maîtrises et d’1 doctorat en Sciences de l’informatique,
génie maritime, génie civil et environnemental, mathématiques appliquées, qui a
son actif 6 droits d’invention en Sciences informatiques. Surnommé le « Bill
Gates de l’Afrique », il a inventé l’ordinateur de calcul le plus rapide
au monde en 1989.
Les
siècles écoulés ont laissé également l’empreinte de grands écrivains issus de
la communauté noire : les Afro-Américains, Phillis Wheatley (qui fut la 1°
femme noire à être publiée dès 1773), Olaudah Equiano (dont les écrits datent
de 1789), Frederick Douglass (auteur d’une autobiographie poignante) WEB Du
Bois (Les âmes du peuple noir), Booker T. Washington (Up from slavery), Richard
Wright (Black boy), Ralph Ellison (auteur du magnifique « Homme invisible
pour qui chantes-tu ? »), Alex Haley (et son émouvant « Racines ») mais
également de merveilleux francophones tels que David Diop, Aimé Césaire,
Léopold Sedar Senghor, Léon Gontran Damas, Birago Diop, René Maran, Guy Tirolien.
Il ne faut pas non plus omettre de citer quelques très belles plumes africaines
comme : les Camerounais, Gaston Kelman, Ferdinand Oyono, Mongi Beti,
Calixte Beyala ; les Ivoiriens, Jean-Marie Adiaffi, Paul Yao Akoto, Isaie
Biton Koulibaly, Ahmadou Kourouma, Tidiane Dem, Aké Loba ; les Maliens,
Doumby Fakoly, Seydou Badian Kouyaté, Pascal Baba Couloubaly, Adame Ba Konaré,
Massa Makan Diabaté ; les Nigérians, Chinua Achebe et Ken Saro Wiwa ;
les Sénégalais, Cheikh Hamidou Kane, Cheikh Anta Diop, Ousmane Sembène, El
Hadji Amadou Dème.
Pour
conclure ce juste hommage rendu au peuple noir je terminerai en citant l’élite
c’est-à-dire ceux qui grâce à leur action ou leur œuvre ont reçu un prix Nobel :
- Ralph
Bunche (USA) – 1950 – Prix Nobel de la Paix – Premier Noir à recevoir cette
distinction.
- Albert
John Luthuli (Afrique du Sud) – 1960 – Prix Nobel de la Paix – Premier Africain
à recevoir le Nobel.
- Martin
Luther King (USA) – 1964 – Prix Nobel de la Paix – Le plus jeune élu pour le
prix Nobel de la Paix.
- Sir
William Arthur Lewis (Ste Lucie) – 1979 – Prix Nobel d’Economie – Premier Noir
à recevoir un Nobel autre que celui de la Paix.
- Desmond
Tutu (Afrique du Sud) – 1984 – Prix Nobel de la Paix
- Wole
Solyinka (Nigéria) – 1986 – Prix Nobel de Littérature – Premier Noir à recevoir
ce prix.
- Derek
Walcott (Ste Lucie) – 1992 – Prix Nobel de Littérature
- Toni
Morrison (USA) – 1993 – Prix Nobel de Littérature – Première femme noire à
recevoir cette distinction.
- Nelson
Mandela (Afrique du Sud) – 1993 – Prix Nobel de la Paix.
- Kofi
Annan (Ghana) – 2001 – Prix Nobel de la Paix
- Wangari Maathai (Kenya) – 2004 – Prix Nobel de la Paix – Première femme africaine à recevoir le Nobel.
Pendant
très longtemps, l’esprit dominateur des Blancs s’est échiné à vouloir
cloisonner l’espèce humaine en 4 races (blanche, noire, jaune et rouge) se
positionnant vaniteusement en haut d’une échelle de l’évolution : les Blancs
appartiennent à la race pure par excellence, les autres ne sont que des
sous-catégories. Aujourd’hui, les progrès remarquables effectués dans la
science du génome permettent des conclusions toutes autres. Une étude génomique
récente sur 938 individus issus de 51 ethnies concluent qu’il existe 7 groupes
biologiques parmi les hommes : les Africains subsahariens, les Européens,
les habitants du Moyen-Orient, les Asiatiques de l’Est, les Asiatiques de l’Ouest,
les Océaniens et les Indiens d’Amérique. Le chercheur Howard Cann, de la
fondation Jean-Dausset, cosignataire du projet, précise : « Tous les
hommes descendent d’une même population d’Afrique noire, qui s’est scindée en 7
branches au fur et à mesure du départ de petits groupes dits fondateurs. Leurs descendants
se sont retrouvés isolés par des barrières géographiques (montagnes, océans…),
favorisant ainsi une légère divergence génétique ».
Quant
à la prétendue supériorité intellectuelle des Blancs sur les Noirs soi-disant
fondée sur des critères génétiques, elle vole en éclat car désormais une
évidence s’est faite : nous sommes tous noirs et les scientifiques ont
enfin compris que le paramètre qui brouille les pistes est l’influence de la
culture.
Pour tous ceux qui, comme moi, sont écoeurés par les théories racistes de savants en mal de reconnaissance auxquels ils ne demeurent que la couleur de la peau comme unique argument de suprématie en guise de victoire, par les propos négrophobes d’intellectuels tellement peu inspirés qu’ils se rabaissent à humilier leurs congénères afin de se sentir plus importants, il existe désormais la confirmation qu’il n’y a pas plus égaux que les humains. L’homme n’appartient qu’à une seule race, qu’on se le dise une bonne fois pour toute !
En
guise de conclusion je souhaiterais citer un auteur malien que j’adore par dessus
tout : Amadou Hampâté Bâ (1900-1991) qui, lors d’un discours à l’UNESCO en
1960, a offert cette magnifique réplique : « En Afrique, quand un
vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Descendant d’une
famille peule noble, Amadou Hampâté Bâ a consacré son existence à transcrire
par écrit les traditions orales de l’Afrique de l’Ouest. Je recommande tout
particulièrement son excellent ouvrage « Il n’y a pas de petites querelles… »,
délicieux recueil de contes peules.
« Les peuples de race noire n’étant pas des peuples d’écriture ont développé l’art de la parole d’une manière toute spéciale. Pour n’être pas écrite, leur littérature n’en est pas moins belle. Combien de poèmes, d’épopées, de récits historiques et chevaleresques, de contes didactiques, de mythes et de légendes au verbe admirable se sont ainsi transmis à travers les siècles, fidèlement portés par la mémoire prodigieuse des hommes de l’oralité, passionnément épris de beau langage et presque tous poèmes ! » Amadou Hampâté Bâ, 1985.
Amadou Hampâté Bâ












