16 décembre 2008
CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR L'AFRIQUE
Le changement climatique affecte l’ensemble de la planète. Si certains pays vont payer un lourd tribut à leur cupidité. Malheureusement tout le monde devra supporter les conséquences de ces inconsciences et mettre la main au portefeuille pour régler cette note salée. D’emblée, bien évidemment, on se doute que ce sont les plus démunis, l’Afrique en tête, qui souffriront le plus de ces comportements irresponsables. Le paradoxe dans cette autre tragédie est que le continent africain est celui qui contribue le moins aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Pourtant c’est probablement celui qui est le plus vulnérable aux conséquences des transformations du climat. Un Africain, en moyenne, génère 13 fois moins de GES qu’un Nord-Américain et le continent est responsable de moins de 4% des émissions de GES produites dans le monde entier. L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, ce sont environ 50 millions de personnes qui seraient contraintes à devenir des «déplacées climatiques».
Le Groupe
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la
vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des
régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de
gaz à effet de serre qui provoquera des pénuries d’eau des plus sévères,
menaçant entre 400 millions et 1.8 milliards de personnes en Afrique. Entre 80
et 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux
famines d’ici à 2080. A l’échéance de 2050, ce sont 80 millions de personnes
additionnelles qui seront victimes du paludisme dans des régions aujourd’hui
exemptes de ce fléau (Zimbabwe, Ethiopie, Kenya, Rwanda et Burundi) car elles
se transformeront en des espaces propices aux moustiques vecteurs de la
maladie. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions
montagneuses de l’Angola et de la Somalie.
Les tendances actuelles suggèrent que de vastes régions africaines, notamment le Sahel et une partie de l’Afrique australe, pourraient subir un réchauffement de l’ordre de 3 à 6° Celsius d’ici à 2100. Les régimes pluviométriques seront touchés de plein fouet et pourraient accuser une baisse de plus de 20% par rapport au niveau de 1990. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique d’ici à 2020, menacées de pénuries d’eau de plus en plus prononcées ; celle de 2°C touchera entre 350 et 600 millions de personnes aux alentours de années 2050 et il est prédit que d’ici 2080, 1.8 milliards seront victimes d’une hausse de température de 3°C. Une augmentation constante de la température au-delà de 1°C suffira à modifier considérablement les étendues de savanes, brousses, forêts (déjà mises à mal par la pression démographique et la déforestation) ou le comportement migratoire des espèces (oiseaux, poissons…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) cite souvent l’exemple du Lac Tchad pour illustrer la diminution des précipitations au Sahel. Les images satellite montrent qu’au cours des 35 dernières années, le lac a rétréci pour atteindre un dixième de sa taille initiale et ce en raison des sécheresses persistantes ainsi qu’à cause d’une irrigation agricole plus intensive. Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seront pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5200 espèces végétales du continent prévoit que dans le cadre naturel d’environ 5000 d’entre elles aura largement disparu et que 2100 seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie : les 2/3 des espèces animales du parc Kruger d’Afrique du Sud sont menacées d’extinction.
Les précipitations seront encore plus abondantes là où il pleut déjà beaucoup et se feront encore plus rares dans les régions sèches. Plus de 95% de l’agriculture africaine est une agriculture sous pluie. La production agricole sera fortement compromise par le changement et la variabilité climatiques : les superficies des terres arables, la durée des saisons de culture et le rendement par hectare sont susceptibles de baisser, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition. Il est prévu que les récoltes diminuent de 50% d’ici à 2020 dans certains pays et les revenus nets générés par celles-ci de pas moins de 90% d’ici à 2100. Dès à présent, en Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie de changements climatiques soudains avec des conséquences assez graves. Au Ghana, par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et coton). Au Kenya, dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur 2 saisons pluvieuses et 2 récoltes de céréales jusque dans le milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production et même parfois très courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana subissent de plein fouet le changement climatique car la raréfaction des pâturages verdoyants a entraîné la mort d’une part importante de leur bétail.
Par ailleurs, les experts annoncent une détérioration de plusieurs zones côtières d’Afrique, consécutive à l’élévation du niveau de la mer d’environ 25 cm d’ici à 2050 et 50 cm aux alentours de 2100. Des calculs ont déjà permis de chiffrer l’érosion dans certains secteurs entre 23 et 30 mètres par an. Il pourrait en être de même sur tout le littoral ouest et centre (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon et Angola). Des experts américains alertent déjà les autorités des villes comme Banjul, Abidjan, Lagos, Tabaou, toutes situées en bord de mer et jugées particulièrement vulnérables aux inondations. Plus de 25% de la population africaine vit à moins de 100 km du littoral et les projections montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations côtières risque de passer de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080. La côte ouest, érodée, est particulièrement exposée aux raz de marée ainsi qu’à de violentes tempêtes. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir de cette montée du niveau de la mer.
Les effets du changement climatique (réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, incidence accrue des inondations et de la sécheresse, propagation des maladies et augmentation des conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau) sont d’ores et déjà évidents en Afrique.
Une réaction urgente est nécessaire. Les efforts doivent désormais porter en priorité sur l’intégration de l’adaptation dans la planification nationales et la mobilisation du soutien en faveur de la gestion du risque climatique en Afrique. Le continent doit également contribuer aux précautions en matière d’atténuation et promouvoir le développement d’énergies propres.
L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est donc mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde grâce, notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17% des forêts de la planète et 25% des forêts tropicales qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1.5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes. Toutefois, d’après le NEPAD, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable ainsi qu’à cause des méthodes de défrichage par brûlis. Bien que les gouvernements aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.
Les pays africains devront mettre en œuvre des stratégies leur permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique. Ils doivent intégrer ces stratégies dans leurs politiques de développement et dans les décisions prises en termes d’investissements publics. Un soutien de grande envergure sera nécessaire de la part de la communauté internationale afin de renforcer les capacités technologiques et institutionnelles de l’Afrique, de lui permettre de générer des informations climatiques fiables et de garantir les financements indispensables pour que le continent africain puisse relever ce défi complexe et coûteux. Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté… La pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la dégradation de l’environnement et de l’épuisement des ressources.
Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires. Le Président ougandais Mr Yoweri Museveni a d’ailleurs déjà qualifié ces altérations « d’agression » commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement, commentaire qui illustre bien le lien existant entre l’environnement et la sérénité mondiale.
Les changements climatiques et leurs dangereuses répercussions sont étroitement liés aux questions de développement, de prospérité économique et sociale, à la diminution des disparités entre les pays en matière de croissance, de garantie à la sécurité alimentaire et énergétique ; il est donc, une nouvelle fois, essentiel de promouvoir la solidarité internationale.
04 décembre 2008
ZIMBABWE, ETAT D'URGENCE EXTREME
C’est l’histoire d’un pays qui se
meure parce que sa gouvernance est pourrie. Lorsque j’écris « pourrie »
c’est juste pour demeurer correcte car, compte tenu des circonstances, j’éprouve
une envie de livrer ma profonde colère via un vocabulaire beaucoup moins
élégant.
C’est le récit de la descente aux
enfers d’une nation qui détenait toutes les chances de s’en sortir durablement
si les responsables politiques n’avaient pas été des vermines, des escrocs,
leur président en tête.
C’est le quotidien du Zimbabwe.
Tout d’abord il y a l’engagement du
Zimbabwe dans la guerre en République démocratique du Congo : un conflit
qui a coulé l’économie nationale pour mieux engraisser Mugabe et ses acolytes
en s’enrichissant via les minerais du Congo comme le cobalt ou les diamants.
Ensuite il y a l’expropriation des
fermiers blancs qui, en dépit des 30% des terres cultivables contre 70% dans
les années 80, cultivaient le blé, les arachides et le tabac et dont le chiffre
d’affaire représentait jusqu’à 80% du PIB. Depuis les terres ont été
parcellisées et redistribuées à des amis du régime ou des paysans ne détenant
aucune connaissance technique aptes à leur fournir les capacités à gérer de
telles exploitations. Au temps de sa splendeur le Zimbabwe était surnommé le « grenier
de l’Afrique », désormais il est client du Programme Alimentaire Mondial
(PAM).
Puis il y a un grand pays riche en
minerais (or, platine, diamant, chrome) livré à l’anarchie des exploitations
privées qui se font clandestinement et ne profitent absolument pas à la
communauté.
Enfin il y a un tyran de 84 ans,
Robert Mugabe, atteint des pires maux de la création, capable des plus infâmes
cruautés, qui se moque bien du sort de ses concitoyens et ne voit que son
propre enrichissement personnel.
Résultat : l’inflation était de
32% en 1998, puis de 59% en 1999, pour atteindre le 208% en février 2002,
dépasser les 1042% en mai 2006 et 100 000% en janvier 2008. Aujourd’hui,
le taux d’inflation annuel entre juillet 2007 et juillet 2008 révèle que l’inflation
atteint 231 000 000% ; ce qui n’est plus de l’inflation mais de
l’hyperinflation. Le chômage touche 80% de la population.
A l’heure actuelle, en plus de la
peste du régime du satrape crépusculaire, le Zimbabwe doit affronter une
terrible épidémie de choléra qui, selon un bilan sans doute partiel, a déjà
fait 565 morts et plus de 12 500 malades. L’ampleur de ce désastre ne peut
être véritablement rendue tant il est difficile d’en recenser les effets en
zone rurale. En ce début de saison des pluies (facteur aggravant) les enfants
pataugent dans des montagnes d’ordures et des égouts débordants. Depuis le 30
Novembre, la capitale Harare ne dispose plus d’accès à l’eau courante suite à
une pénurie de sulfate d’aluminium, indispensable à l’assainissement. Malheureusement
les mouvements de populations, qui fuient un contexte de marasme économique et
social, ne font qu’empirer le phénomène et provoquent une extension au Bostwana
et en Afrique du Sud. Le gouvernement parle « d’urgence nationale »
et en appelle à l’aide internationale car le pays est secoué par une grève des
personnels hospitaliers qui protestent contre la situation catastrophique du
système sanitaire. Leurs revendications sont loin d’être et la manifestation de
Lundi a même été lourdement réprimée par les forces de police qui ont procédé à
environ 70 arrestations. Des cas d’anthrax ont également signalé dans le nord
du pays où cela a occasionné la mort de 3 personnes dont 2 enfants.
La calamité du choléra frappe un pays
tétanisé par la paralysie politique, chahuté par des émeutes de militaires
excédés de ne pas toucher leurs soldes,
assassiné à petit feu par une nouvelle mesure gouvernementale qui limite les
retraits bancaires journaliers à 0.23 euros, tout juste de quoi se payer ¼ de
pain.
Revers de médaille amplement justifié
pour le despote : les civils et des militaires manifestent ensemble en
scandant des slogans de soutien au MDC (Mouvement pour le changement
démocratique, parti de l’opposition mené par Morgan Tvsangirai). Les forces
armées sont désormais profondément démoralisées car il n’y a plus de nourriture
dans les casernes, plus de médicaments dans les hôpitaux militaires et plus d’argent
dans les banques pour régler leurs soldes. Des témoignages rapportent que même
des membres de la garde présidentielle se révoltent, que seuls les gradés sont
nourris et que les soldats sont contraints de sombrer dans la corruption et le
vol pour s’assurer des revenus.
Selon Michael Quintana, spécialiste de
la défense, si la police et les militaires réclament des salaires en dollars
américains, la partie sera bientôt terminée pour Mugabe.
La chute de Mugabe est le plus grand
des bonheurs que l’on puisse souhaiter à ce pays de 13 millions d’habitants qui
possède une espérance de vie est de 37 ans pour les hommes et 34 ans pour les
femmes. La fin de Mugabe ne peut être qu’un soulagement pour cette nation où de
nombreuses informations font état d’une escalade des violations des droits de l’homme.
Des organisations comme Amnesty International rapportent que Mugabe et sa bande
violent régulièrement les droits au logement, à la nourriture, la liberté de
circulation et de résidence, la liberté de réunion et qu’ils organisent des
attaques contre les médias, l’opposition politique et les défenseurs des droits
humains.
La renaissance du Zimbabwe, sa
principale urgence pour éradiquer ses fléaux du choléra, de la crise sociale et
économique, passe inévitablement par un changement de gouvernance et l’installation
de responsables politiques qui favoriseront l’établissement d’un dialogue avec
tous les partenaires disponibles pour fournir des solutions pratiques.
Parler de la situation catastrophique du Zimbabwe ne doit pas nous faire perdre de vue qu’elle est celle de bien des états africains. Si les dirigeants des pays de ce continent n’ouvrent pas les yeux et leurs consciences il est fort probable que demain d’autres nations africaines se retrouveront dans un marasme identique…
30 novembre 2008
SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.
Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.
De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).
Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.
Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.
Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).
Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !
Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.
En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).
Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).
L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.
Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.
Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.
Pour
améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique
subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution
des systèmes et des pratiques sanitaires.
Tout d’abord
un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à
long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base
complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate,
promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise
supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80
ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets
et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires
sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de
lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la
diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes
enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.
En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).
Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.
Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.
Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !
Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.
L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.












