19 décembre 2008
LE ZIMBABWE AGONISE
Tenu pour responsable de l’effondrement économique du Zimbabwe, frappé par l’hyperinflation, un taux de chômage record (80% de la population), des pénuries alimentaires et une épidémie meurtrière de choléra, le président zimbabwéen, Robert Mugabe, nargue le monde en prétendant qu’aucun pays d’Afrique n’aura le courage de le renverser en recourant à la force militaire. Il a même surenchérit en affirmant : « Le Zimbabwe m’appartient. Jamais, au grand jamais je ne vendrai mon pays. Jamais, jamais, je ne me rendrai jamais. Vous ne m’intimiderez pas. »
Ses propos viennent en réponse à la pression des grandes capitales étrangères qui sont de plus en plus nombreuses à souhaiter la démission de ce tyran. Toutefois il est vrai que la plupart des Etats voisins, même s’ils déplorent la situation catastrophique dans laquelle Mugabe a plongé son pays, rejettent l’idée d’une intervention militaire car Mugabe, à 84 ans, demeure toujours un héros de la décolonisation.
Réélu en Juin 2008 lors d’un scrutin entaché de violences et où il était l’unique candidat, le parti de Mugabe ne détient pourtant plus la majorité parlementaire et, selon la logique de circonstance, un gouvernement d’union devrait se former sous la responsabilité du nouveau leader, Morgan Tsvangirai. Ce dernier lors d’une conférence de presse à Gaborone (Botswana) a menacé de refuser de reprendre les négociations si les 42 membres de son parti disparus depuis le 15 Septembre ne sont pas relâchés. Il a également exclu toute négociation sans la médiation de la présidence sud-africaine de la Communauté de développement d’Afrique australe.
Pendant ce temps l’épidémie de choléra s’étend sans répit faisant 1123 morts depuis Août et près de 21000 victimes selon le dernier bilan présenté par le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Aujourd’hui, 9 des 10 provinces et 48 des 62 districts du pays sont touchés par l’épidémie qui pourrait continuer à se propager avec l’arrivée de la saison des pluies. Ce sont 60 000 personnes qui sont d’ores et déjà exposées selon l’OMS et l’UNICEF. Les épidémiologistes n’excluent pas une extension aux pays voisins (des cas ont été recensés en Afrique du Sud – 859 dont 11 morts – ainsi qu’au Botswana, au Mozambique et en Zambie. De surcroît le Zimbabwe est désormais confronté à la maladie du charbon (anthrax) et 200 cas dont 8 décès ont été recensés.
Devant
l’aggravation de la situation (famine et épidémies), l’organisation humanitaire
OXFAM (ONG basée à Londres) a lancé, Jeudi 18 Décembre, un appel aux dons pour
un montant de 4.25 millions d’euros et prévoit que, compte tenu de la situation
actuelle, la crise devrait s’aggraver en 2009 et ce serait entre 5 et 6
millions de zimbabwéens qui dépendraient entièrement de l’aide humanitaire. Les
Nations Unies avait, par ailleurs, lancé un appel pour réunir 550 millions de
dollars (environ 437 millions d’euros) pour financer diverses opérations
humanitaires. Selon Oxfam, la crise est tellement grave que seuls 10% des
fermiers disposent de semences pour leurs futures récoltes.
Par ailleurs, la banque centrale du Zimbabwe vient de mettre en circulation des billets de 10 milliards de dollars zimbabwéens qui s’échangent contre des billets de 20 dollars américains au marché noir. Les autorités ont relevé le plafond des retraits autorisés et l’ont passé à dix milliards de dollars zimbabwéens par mois. Du fait de l’hyperinflation, les prix à la consommation doublent pratiquement tous les jours.
Face à ce drame, il est vraiment temps que les puissances internationales, notamment l’Afrique du Sud, prennent leurs responsabilités et contraignent Mugabe à quitter le pouvoir sinon c’est à la mort en direct d’un pays tout entier à laquelle le monde va assister sous ses yeux !
09 décembre 2008
LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE FACE A LA TRAGEDIE DU ZIMBABWE
C’est dès le Samedi 06 Décembre 2008 que le Premier Ministre britannique Gordon Brown avait invité la communauté internationale à agir de façon à ce que Robert Mugabe quitte le pouvoir au Zimbabwe.
C’est sur un ton assez dur que Nicolas Sarkozy s’est rallié, Lundi 08 Décembre 2008, à son homologue anglais en précisant que Robert Mugabe avait assez pris son peuple en otage et que les habitants du Zimbabwe avaient droit à la liberté, à la sécurité et au respect.
Aujourd’hui, c’est George W. Bush qui en a fait de même, sollicitant les pays voisins du Zimbabwe à se joindre au chœur de ceux qui réclament la fin de règne de Mugabe.
Le durcissement notable de la position française pourrait s’accompagner de sanctions plus sévères de la part de l’Union Européenne, même si le Zimbabwe et Mugabe sont trop loin de l’Europe pour que la pression soit véritablement insupportable. Toutefois des mesures sont d’ores et déjà prises comme rallonger la liste des personnalités du régime interdites d’entrée dans l’Union Européenne. Ces individus, désormais au nombre de 178 dont Mugabe et son épouse Grace, sont connus pour avoir participé à des violences ou des violations des droits de l’homme.
L’objectif actuel de l’Union Européenne est de renforcer l’aide humanitaire, surtout dans la lutte contre l’épidémie de choléra qui, malgré les déclarations contraires du ministre zimbabwéen Sikhanyiso Ndlovu, est loin d’être contrôlée et, d’autre part, d’intensifier les pressions politiques sur le régime en place.
La Commission européenne a fourni 90 millions d’euros d’aide humanitaire en 2007. La Grande Bretagne a annoncé 11.5 millions d’euros de soutien supplémentaire pour faire face au choléra tandis que la France offre une première aide de 200 000 euros.
Par ailleurs, une mission de 6 experts français devait partir aujourd’hui pour le Zimbabwe afin de procéder à une évaluation de l’épidémie de choléra et prendre des premières mesures en faveur des populations atteintes.
Cette équipe est composée de 3 experts du centre de crise du Ministère des Affaires Etrangères, de 2 épidémiologistes et d’1 expert spécialisé dans le traitement des eaux issu d’une fondation créée par le groupe Véolia Environnement.
Cette mission devrait également proposer des actions à long terme visant à éradiquer le problème à la source.
Le choléra a
déjà fait plus de 600 morts et contaminé 14 000 personnes.
04 décembre 2008
ZIMBABWE, ETAT D'URGENCE EXTREME
C’est l’histoire d’un pays qui se
meure parce que sa gouvernance est pourrie. Lorsque j’écris « pourrie »
c’est juste pour demeurer correcte car, compte tenu des circonstances, j’éprouve
une envie de livrer ma profonde colère via un vocabulaire beaucoup moins
élégant.
C’est le récit de la descente aux
enfers d’une nation qui détenait toutes les chances de s’en sortir durablement
si les responsables politiques n’avaient pas été des vermines, des escrocs,
leur président en tête.
C’est le quotidien du Zimbabwe.
Tout d’abord il y a l’engagement du
Zimbabwe dans la guerre en République démocratique du Congo : un conflit
qui a coulé l’économie nationale pour mieux engraisser Mugabe et ses acolytes
en s’enrichissant via les minerais du Congo comme le cobalt ou les diamants.
Ensuite il y a l’expropriation des
fermiers blancs qui, en dépit des 30% des terres cultivables contre 70% dans
les années 80, cultivaient le blé, les arachides et le tabac et dont le chiffre
d’affaire représentait jusqu’à 80% du PIB. Depuis les terres ont été
parcellisées et redistribuées à des amis du régime ou des paysans ne détenant
aucune connaissance technique aptes à leur fournir les capacités à gérer de
telles exploitations. Au temps de sa splendeur le Zimbabwe était surnommé le « grenier
de l’Afrique », désormais il est client du Programme Alimentaire Mondial
(PAM).
Puis il y a un grand pays riche en
minerais (or, platine, diamant, chrome) livré à l’anarchie des exploitations
privées qui se font clandestinement et ne profitent absolument pas à la
communauté.
Enfin il y a un tyran de 84 ans,
Robert Mugabe, atteint des pires maux de la création, capable des plus infâmes
cruautés, qui se moque bien du sort de ses concitoyens et ne voit que son
propre enrichissement personnel.
Résultat : l’inflation était de
32% en 1998, puis de 59% en 1999, pour atteindre le 208% en février 2002,
dépasser les 1042% en mai 2006 et 100 000% en janvier 2008. Aujourd’hui,
le taux d’inflation annuel entre juillet 2007 et juillet 2008 révèle que l’inflation
atteint 231 000 000% ; ce qui n’est plus de l’inflation mais de
l’hyperinflation. Le chômage touche 80% de la population.
A l’heure actuelle, en plus de la
peste du régime du satrape crépusculaire, le Zimbabwe doit affronter une
terrible épidémie de choléra qui, selon un bilan sans doute partiel, a déjà
fait 565 morts et plus de 12 500 malades. L’ampleur de ce désastre ne peut
être véritablement rendue tant il est difficile d’en recenser les effets en
zone rurale. En ce début de saison des pluies (facteur aggravant) les enfants
pataugent dans des montagnes d’ordures et des égouts débordants. Depuis le 30
Novembre, la capitale Harare ne dispose plus d’accès à l’eau courante suite à
une pénurie de sulfate d’aluminium, indispensable à l’assainissement. Malheureusement
les mouvements de populations, qui fuient un contexte de marasme économique et
social, ne font qu’empirer le phénomène et provoquent une extension au Bostwana
et en Afrique du Sud. Le gouvernement parle « d’urgence nationale »
et en appelle à l’aide internationale car le pays est secoué par une grève des
personnels hospitaliers qui protestent contre la situation catastrophique du
système sanitaire. Leurs revendications sont loin d’être et la manifestation de
Lundi a même été lourdement réprimée par les forces de police qui ont procédé à
environ 70 arrestations. Des cas d’anthrax ont également signalé dans le nord
du pays où cela a occasionné la mort de 3 personnes dont 2 enfants.
La calamité du choléra frappe un pays
tétanisé par la paralysie politique, chahuté par des émeutes de militaires
excédés de ne pas toucher leurs soldes,
assassiné à petit feu par une nouvelle mesure gouvernementale qui limite les
retraits bancaires journaliers à 0.23 euros, tout juste de quoi se payer ¼ de
pain.
Revers de médaille amplement justifié
pour le despote : les civils et des militaires manifestent ensemble en
scandant des slogans de soutien au MDC (Mouvement pour le changement
démocratique, parti de l’opposition mené par Morgan Tvsangirai). Les forces
armées sont désormais profondément démoralisées car il n’y a plus de nourriture
dans les casernes, plus de médicaments dans les hôpitaux militaires et plus d’argent
dans les banques pour régler leurs soldes. Des témoignages rapportent que même
des membres de la garde présidentielle se révoltent, que seuls les gradés sont
nourris et que les soldats sont contraints de sombrer dans la corruption et le
vol pour s’assurer des revenus.
Selon Michael Quintana, spécialiste de
la défense, si la police et les militaires réclament des salaires en dollars
américains, la partie sera bientôt terminée pour Mugabe.
La chute de Mugabe est le plus grand
des bonheurs que l’on puisse souhaiter à ce pays de 13 millions d’habitants qui
possède une espérance de vie est de 37 ans pour les hommes et 34 ans pour les
femmes. La fin de Mugabe ne peut être qu’un soulagement pour cette nation où de
nombreuses informations font état d’une escalade des violations des droits de l’homme.
Des organisations comme Amnesty International rapportent que Mugabe et sa bande
violent régulièrement les droits au logement, à la nourriture, la liberté de
circulation et de résidence, la liberté de réunion et qu’ils organisent des
attaques contre les médias, l’opposition politique et les défenseurs des droits
humains.
La renaissance du Zimbabwe, sa
principale urgence pour éradiquer ses fléaux du choléra, de la crise sociale et
économique, passe inévitablement par un changement de gouvernance et l’installation
de responsables politiques qui favoriseront l’établissement d’un dialogue avec
tous les partenaires disponibles pour fournir des solutions pratiques.
Parler de la situation catastrophique du Zimbabwe ne doit pas nous faire perdre de vue qu’elle est celle de bien des états africains. Si les dirigeants des pays de ce continent n’ouvrent pas les yeux et leurs consciences il est fort probable que demain d’autres nations africaines se retrouveront dans un marasme identique…






