LUCKY'S WORLD

Section Basket sur nbasworld.canalblog.com/Chroniques et poésie - Afrique noire - Les Afro-Américains

02 juin 2009

STOP ! AU SCANDALE !

Depuis 2 jours et la tragédie de l'Airbus A330 en provenance de Rio de Janeiro, tout est prétexte pour que les journaux, les radios et encore plus les chaînes télévisées nous inondent d'informations relatives à cet accident. Informations directes ou dérives totalement inconvenantes, les journalistes pénètrent, à mon gré, de façon trop indécente, sincèrement déplacée, dans l'intimité des individus victimes de cette catastrophe. On sature de commentaires rabâchés, d'hypothèses plus qu'incertaines, de reportages inutiles. STOP ! Laissons ces familles en paix ! Laissons les autorités effectuer leur travail et attendons les réponses plausibles en temps et en heure. A quoi cela sert-il de répéter sans cesse qu'aucune explication intelligible n'est actuellement présentable ? Des heures de bobines, de paroles futiles, de propos vides de tout intérêt, des précisions indécentes pour meubler un vide d'informations utiles !
Par delà la souffrance des familles meurtries, j'ai envie de crier au scandale ! Des cellules de crise sont créées, des avions seront affrétés pour que les proches puissent se déplacer sur les lieux de l'accident, des dédommagements seront offerts par Air France... Que de honte quand on songe à toute la misère, la maladie, la souffrance permanente de millions d'individus à travers la planète. Lorsque les médias consacrent des heures entières sur un accident d'aviation qui a certes causé le décès de 328 personnes, combien de temps réservent-ils aux drames suivants :

- plus de 400 millions de personnes souffrent de famine en Asie du Sud soit 100 millions de plus qu'il y a 2 ans
- 150 millions de filles et 73 millions de garçons de moins de 18 ans sont exploités sexuellement à travers le monde
- 923 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde
- 80% des Africains ont un revenu journalier inférieur à 2$ US et 50% vivent avec moins d'1$ US par jour
- les différents conflits survenus sur le continent africain depuis le début des années 60 ont causé la mort de plus de 9 152 000 personnes
- 75 000 enfants sont maltraités en France chaque année et 2 meurent chaque jour soit l'équivalent de 2 Airbus A330.
- chaque année dans le monde ce sont 155 000 enfants de moins de 15 ans qui meurent des suites de maltraitance
- 246 millions d'enfants sont contraints de travailler avant l'âge légal voire même très jeunes.
- 120 millions d'enfants vivent dans la rue à travers la planète.


Cette liste est loin d'être exhaustive. Ce ne sont malheureusement que quelques exemples des cruautés, des morts dont les médias ne font guère de reportages ! Pas assez de sensationnel sans doute... Lorsque je visionne tous ces journaux d'actualité diffusés sur toutes les ondes, j'éprouve souvent le malaise profond d'assister à un mauvais film catastrophe livré par les studios hollywoodiens. La société moderne aime ces blockbusters produits par les Steven Spielberg and Co. Les crashes d'avions, les déraillements de trains, les accidents de la route, les inondations, les incendies gigantesques, les tremblements de terre, les tsunamis, les éruptions volcaniques, l'être humain apprécie ces cataclysmes, ces trashes, ces visions de l'horreur mais combien s'inquiètent sincèrement des affres de ces populations miséreuses, de ces enfants martyrs, de ces peuples malades et assoiffés, oubliés à l'autre bout du monde ?

Si il est certes utile d'informer, s'il est vrai qu'un accident qui engendre 328 morts est atroce surtout pour ceux qui restent, si les médias se doivent de détailler les causes et les conséquences, il serait également nécessaire voire indispensable que régulièrement ces mêmes médias accordent autant d'importance à des fléaux qui sévissent quotidiennement en bien des endroits de notre terre.

1191261182

Posté par Lucky Massana à 21:35 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :


14 janvier 2009

EXPERIENCE


male_vs_female



Marc, c’est un doux, un tendre, un calme, en apparence. Ca fait vingt ans qu’on est marié, moi je le connais, il y a des limites à ne pas dépasser. Il est lent, certes, mais quand la vapeur lui monte, t’as intérêt à dégager, il a pas de soupape de sécurité, il explose. Les voisins, ils me croyaient pas, ils le voyaient comme un agneau, moi je sais que quelque part il a du lion. En connaissance de cause, tu penses bien qu’il y a des choses que je ne m’aventure pas de lui dire. Par exemple qu’il était zéro au lit. Consciente de ses réactions à retardement, pire qu’une bombe nucléaire, tu t’imagines quand même pas que j’allais le lui avouer. Cela aurait été aussi imparable que d’affirmer à un tigre, nanti d’au moins deux cent dents aiguisées comme les couteaux d’un chef, qu’il a des problèmes de dentition. Néanmoins, pour palier à cette carence, je m’étais alloué les services sympas et hautement qualifiés d’un professionnel de la partie, j’avais pris un amant. Pas mal et drôlement plus averti sur la technique que mon Marc, il en demeurait pas moins totalement obtus. Ca faisait bientôt cinq ans qu’on pratiquait ensemble les délices de l’alcôve quand Monsieur a décidé qu’il voulait légaliser notre situation. J’ai eu beau lui expliquer qu’il était matériellement, intellectuellement, moralement voire fondamentalement impossible d’aborder le sujet du divorce avec Marc, il voulait pas me croire. C’est quand même têtu les hommes, ils nous font jamais confiance ; pourtant s’il y a une femme sur laquelle tu peux compter, c’est bien moi. Lui, il doutait. Il m’avait même dit que je n’avais pas l’art et la manière de m’y prendre ; il faut du doigté, c’est une question d’expérience. D’abord tâter le terrain, tout en douceur avancer à petits pas vers le but de la conversation ; puis, quand l’instant est vraiment propice, tu le sens, c’est inné ces choses-là, tu déballes ton affaire. Ton interlocuteur, tu l’as travaillé au corps, c’est pourtant facile ; pour ce qui est du reste, un bon upercut bien placé et la partie est gagnée. Après tout, puisqu’il était tellement convaincu, si sûr de son coup, j’aurais été vraiment idiote de le retenir.

Il y a une semaine il est venu voir Marc qui bricolait dans le garage. J’étais derrière, je pipais pas. Ils se connaissaient déjà de vue car ils faisaient leur tiercé au même endroit, ça a facilité le contact. Moi, j’étais dans mes petits souliers mais j’admirais l’aisance avec laquelle Daniel, mon amant, il causait. Marc, lui, il répondait par des grognements, c’était déjà plus un agneau. Dany il a parlé du match de foot de la veille à la télé, du boulot, du temps. Il était tout fier, y avait que lui qu’en plaçait une. Ca m’inquiétait. Les monologues dans la tragédie ça finit toujours mal ; je sentais qu’il y avait de l’eau dans le gaz et que ces deux trucs c’est pas compatible. Le Marc il allait pas tarder à exploser. J’ai pas eu le temps de réagir mais quand Dany, pourtant expert en la matière, il a lancé que j’étais sa maîtresse et toutes ses envies délirantes, l’autre il a attrapé la tronçonneuse et alors là je me suis dit qu’il voulait pas lui faire du bien. Dany il a juste eu le temps de dégager avant de finir en pâté.

Tout compte fait, grâce à son expérience incontestable, je m’en suis pris plein la tête et j’y ai gagné un coquard. Depuis, Marc il joue plus au PMU, il loue des cassettes pornos tous les jours et il veut faire ça tous les soirs.

Moi je suis épuisée.


Posté par Lucky Massana à 18:45 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

09 janvier 2009

AMBIANCE


dyn004_original_640_427_pjpeg_59392_e74eb1cd0923650b63c0e3d6d69dafe7



Nous renfermons en nous une multitude de souvenirs. Des plus bénins aux plus particuliers, ils sont sagement rangés en notre mémoire. Parfois ils ressurgissent de façon anodine, l’actualité étant sans doute prétexte à leur réapparition. Certains demeurent perpétuellement vibrants et, quoique faisant partie intégrante d’un passé révolu, ils possèdent toutes les raisons d’être conjugués au présent. En fait nos attirances d’aujourd’hui sont largement dépendantes de ce qu’hier a inscrit en nous.


Une de ces traces indélébiles me guide de manière fondamentale dans ma quête du bonheur depuis mon enfance. De cet âge, j’éprouve l’absolue nécessité d’évoluer dans une ambiance particulière.


J’ai hérité de cette envie de ma grand-mère. Elle était gourmande et pétillante, rassurante et exaltée. Petite, j’adorais séjourner chez elle. Elle avait su engendrer, grâce à sa générosité naturelle, une enveloppe chaleureuse autour d’elle. Les lumières, les senteurs et les voix, mariés dans un juste équilibre, généraient en son intérieur des sensations inégalées à mes yeux. Les lueurs tamisées, la cire, le miel et les confitures se diffusaient en douceur au milieu des timbres ronds et clairs qui résonnaient tout bas. En fait c’était l’intimité tendre et insouciante de l’éternelle innocence qui persistait en ces lieux. Cette sérénité d’antan je la cherche encore. Lorsque je pénètre dans les pièces trop glaciales de mes connaissances, je suis frappée par l’éclairage blafard, par l’absence de parfums flatteurs, par l’évidence que ces existences ne sont que superficielles. Au fond de moi, franchement déçue, trop poursuivie par l’exceptionnel de naguère, je m’aperçois que la vie, celle des valeurs essentielles, n’est vraiment plus ce qu’elle était.


Si seulement j’étais amnésique.


Posté par Lucky Massana à 20:46 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

08 janvier 2009

ARTISTE


glxzjbl0


Il y a des gens qui rêvent de côtoyer des artistes avec un A ; de ces figures humaines auréolées d’or et d’argent ; de ces êtres insaisissables tant ils gravitent en permanence sur d’autres planètes. Dans l’ordinaire de nos quotidiens, l’exubérance et l’anticonformisme de certaines personnes apparaissent tels des destins hors du commun. Tout homme passé maître dans un art quel qu’il soit fait rêver. Si l’uniforme confère des avantages indéniables dans quelques catégories professionnelles, dans d’autres c’est l’instrument ou l’ustensile qui accentuent les charmes naturels.


Chacun, dans sa jeunesse, et même plus tard, a des idoles ou des guides de la pensée, suivant les goûts. Moi, j’ai toujours baigné dans la simplicité. Les stars médiatiques et les éminences reconnues n’ont jamais eu mes faveurs. Ces êtres qui prétendent ou non pouvoir nous évader de l’absurde, nous diriger mieux que quiconque dans notre démarche mal assurée ne m’apparaissent que comme des manipulateurs dangereux. Inconsciemment, plus commerciaux qu’autre chose, ils nous enchaînent. Un artiste c’est avant tout la liberté, la maîtrise du mouvement effectué dans la folie de la passion. C’est pourquoi, pour être vraiment lui-même, il ne doit pas avoir son nom inscrit en lettres de feu au panthéon des gens que l’on vénère universellement. Il est inconnu ; comme toi et moi, il mène une existence paisible.


Pourtant il me fait rêver ce héros sage. Il n’est pas chanteur ou acteur ; il n’a jamais reçu de trophées tant convoités ; la masse ne lui prête aucune qualité divine ; il n’est formidable que pour moi car il est lui, artiste peintre en bâtiment.


Et chaque jour il repeint ma vie couleur bonheur avec des gros pinceaux d’amour.


Posté par Lucky Massana à 22:23 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

04 janvier 2009

AVANCER

veruschka_dress_by_bill_blass_new_york_january_1967_richard_avedon

Finalement rien ne sert de prévoir ; il n’arrive que ce que le destin veut bien nous accorder. Petite fille sage et timide, je me préparais à une existence rangée et classique. Studieuse, je m’imaginais très bien couverte de diplômes, exercer une quelconque profession nécessitant des connaissances certaines mais sans responsabilités ni perspective d’avenir. Je me serais mariée, j’aurais eu un enfant, mon auto, une maison, des meubles lourds et des vacances au Club MED. La sécurité, la sérénité, sans l’aventure. Fade.


Lorsque je t’ai rencontré j’avais déjà écourté mes études, j’avais un travail qui me répugnait, pour un salaire de misère dans une entreprise que je détestais et que je ne quittais que pour un studio de vingt mètres carré maigrement meublé de pacotilles sans valeur. Nous devions nous marier pour la vie, avoir au moins six enfants et partir élever les moutons dans les Cévennes.


Aujourd’hui je suis seule avec deux enfants, sans travail, habitant un logement avec vue sur cimetière, autoroute et voie ferrée, les trois compris pour le prix d’un. On pourrait penser que j’ai tout raté. Il n’en est rien. La situation n’est déduction que de la force avec laquelle j’ai enclenché les opérations. En fait ma tête était vide, mes membres inertes et ma volonté inexistante. Désormais je suis passée de l’autre côté du miroir. Je ressens enfin l’envie, je perçois le rêve qui me gagne et surtout le désir intense d’agir. Demain je serai peut-être chargée de mission à l’ONU, grand reporter au Nouvel OBS ou actrice célèbre couronnée d’un Oscar. Demain c’est sûr je serai quelqu’un de bien car je pense à tout ce que j’aime encore faire, je m’aperçois que je n’ai pas loupé ma vie mais que j’ai enfin trouvé ma vocation.


Avancer, bouger, bousculer.


Posté par Lucky Massana à 15:08 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

13 décembre 2008

NOS IDEAUX DE NAGUERE


maintendueot4



Nous nous connaissons depuis trente ans. Nous étions jeunes à l’époque ; moi, un peu plus, mais qu’importe. Tu te souviens, nous avions des rêves plein la tête, de l’énergie à revendre et beaucoup de passion aussi, surtout de la passion. Elle coulait en nous comme le sang en nos veines, elle nous faisait vibrer, nous révoltait, nous enthousiasmait ou nous émouvait. Elle était notre unique guide car, rebelles en nos âges, nous refusions tous maîtres à penser, allégories vivantes du mal sournois qui vole les âmes pour ensuite enchaîner les êtres et que nous combattions comme la peste.


Mais nous étions sages, simples quoi, sans que cela n’ait de connotations péjoratives. Nous n’envisagions pas de tout détruire sur cette planète et de reconstruire forcément mieux, seulement de continuer, quelque part achever, sans doute un peu différemment, ce que nos aînés avaient commencé.


Nous aimions les nôtres car ils étaient d’abord nos racines, ensuite des exemples pas si ratés en définitive. Ils étaient nos familles. Ce point de repère si important lorsque l’on ne sait pas, face à l’inconnu de tant d’années qui s’ouvrent en perspective, quelle voie emprunter. Nous y pensions fréquemment ; nous en parlions quelquefois après la chorale ou les cours de violon que tu détestais tant. Nous avions peur aussi parfois de les décevoir car ils avaient tellement d’avance sur nous, trop d’écart entre nous, et cette fin inexorable qui surgit si vite. Raisonnables en somme.


Avec des bribes de folie qui s’échappaient ça et là de nos inconscients pour mieux nous prouver que nous n’étions pas parfaits. C’est normal voire banal. Les délires ordinaires du commun des mortels. En ces instants tu t’imaginais rapter les passants sur les boulevards, le soir, pour les faire danser, juste pour rentrer quelques heures dans leur histoire, simplement pour que vos regards se croisent autrement, pour détruire les murs qui isolent les vies et taisent les voix. Moi, je parlais de la couleur de la lumière qui gorge les cœurs de soleil, ravive de teintes gaies la pâleur des jours ; de cet imaginaire qui meublait mes nuits en me transportant ailleurs vers des rives lointaines parées de notes et de mots.


Nous discutions aussi des autres ; tu te rappelles ces paroles enflammées que nous avions pour eux… Nous voulions connaître tous nos frères, toucher à leur quotidien, leur tendre la main et soulager leurs peines. Nous allions parcourir le monde, tous les rencontrer, puiser dans leur sagesse et leur offrir notre soutien. Altruisme futile de nos jeunesses insouciantes. Nos chemins étaient tracés d’avance et nous savions que nous les suivrions probablement sans polémiquer. Obéissants, jusqu’au bout. Nous étions nés ainsi.


Après de sérieuses études, tu te devais d’assurer la relève de tes parents. Hors de tes songes de considérer une autre issue. Le commerce n’était pas viscéralement le domaine dans lequel tu étais le plus à l’aise, tu étais beaucoup trop artiste, mais c’était ta direction désignée d’office. Résigné, tu te contentais d’espérer être à la hauteur.


Je t’admirais car, moi, je n’ai pas pu ; c’était plus fort que moi ; cet appel des autres qui cognait ; par delà l’espace qui nous séparait, je recevais trop puissamment leurs plaintes dignes, leurs détresses absolues face à l’indifférence. En dépit du respect inculqué, des lois ingurgitées, de l’amour même que je vouais à mes liens, j’ai lutté pour ne pas effectuer ces pas vers une destinée que l’on avait dessinée pour moi. J’étais incapable de me figer dans un confort égoïste simplement parce que c’est le sort de ceux qui vivent ici et maintenant. Je me suis enfuie au-delà des plaines douces et des vallées verdoyantes, loin de la sérénité de nos paysages tranquilles et inconscients, très loin de nos villes irréelles peuplées d’individus anesthésiés par les néons aveuglants des offres alléchantes de nos étals écoeurants. J’ai fui, en total accord avec moi-même, avec ma conscience. Tu sais, cet œil qui voit tout en toi, te culpabilise jusqu’à t’en réveiller dans les ténèbres, te fait trembler de frayeur face à tes carences et négligences. Je ne pouvais l’ignorer. Ma vocation allait plus haut que ma soumission. Puis je les ai vus, j’ai pleuré, je suis restée. Je t’ai perdu.


Tu venais de rencontrer Nina. La continuité dans la continuité. Envolés tes désirs altruistes des belles années face à la réalité des habitudes civilisées. Les années ont passé. Mes bonheurs ont été bien différents des tiens. Je ne possède toujours aucun bien matériel, le peu que je détiens se loge dans une valise, mais je m’en moque car si je n’ai rien acquis, j’ai donné le meilleur et surtout ressenti tant de vraies joies lorsque je pouvais sauver l’essentiel, des vies. Des dizaines d’enfants dansent et jouent mieux désormais autour de moi et de mes deux fils. Mes fils ! Ils ont la peau cuivrée et le regard sombre des habitants de ces contrées que l’on souhaitait sauver naguère ensemble. Ils sont généreux et turbulents comme les gosses de leur âge, tout en sachant déjà qu’ils sont beaucoup plus riches que leurs voisins car ils ont une maman et un papa qui les protègent, leur évitent de travailler si jeunes, leur donnent l’étude qui comble leur curiosité et fournit normalement un petit supplément d’âme.


Par delà les distances j’ai souvent pensé à toi. Je me suis même inquiété. Tu me connais, il a toujours fallu que je conserve des bouts de ficelle qui m’accrochent un peu partout où palpitent ces justes qui ont compté pour moi. J’ai appris que tu étais parvenu beaucoup plus haut que l’escomptaient tes aînés, que tu avais socialement réussi bien plus grand que toi-même l’aurait osé jadis. Envolés les attentes de vieillir dans la quiétude d’un foyer protégé contre toutes les tempêtes, les vœux de veiller tard autour des tiens réunis dans la joie des humbles retrouvailles. Nina n’a pas résisté aux assauts lancés par la puissance de ton empire financier. Tu croyais sans doute agir au mieux en l’éloignant des obligations liées à ta notoriété mais tu n’as pas vu que tu bâtissais des murailles de solitude autour d’elle. Elle est partie, avec ses sentiments déchirés et ses regrets enfouis, et vos enfants. Elle ne te ressemblait probablement plus assez pour demeurer.


Tu es seul maintenant dans un vide géant d’amour, séquestré au milieu de tes comptes débordants. Eclatées les aspirations modérées d’acquérir un modeste pavillon en banlieue avec un petit coin de verdure pour tes progénitures ; dépassés les souhaits de changer ta trop vieille automobile pour un véhicule juste moins usagé ; tu habites un vaste appartement dans les grands quartiers de la capitale et tu as oublié ta voiture au garage car il y a trop d’embouteillages alors tu lui as préféré une rutilante moto. Abandonné. Tu erres toujours sur les boulevards mais tu n’as même plus envie de danser. Tu n’as plus envie de rien car tu as tout, tu as trop, mais il te manque l’essentiel. Tu as réussi ce que tu ne voulais pas ; tu as manqué tout ce à quoi tu aspirais le plus ardemment. Tu n’as pas su, peut-être même voulu, choisir comme te le dictait ta nature.


Et toutes ces absences contre lesquelles il faut que tu luttes. Et ce feu qui est en toi et qui ne demande encore qu’à jaillir pour aimer et être aimé. Les mots éludés, les gestes arrêtés, les aspirations ignorées, tant de lacunes pour si peu de succès. Jamais tu n’aurais imaginé en arriver là. Encore plus fragile qu’avant de grandir.


Alors tu t’évades au service de causes humanitaires en ouvrant ton portefeuille mais si distant des odieuses réalités. Que cherches-tu à te faire pardonner ? Il est aisé de semer lorsque le panier est débordant de graines et que c’est autrui qui se charge de fertiliser le champ. Inutile de faussement culpabiliser. Tes dons, mêmes exorbitants, n’effaceront jamais le bien-être égocentrique dans lequel tu te perds désenchanté. L’envie. L’envie de vivre. L’envie d’aimer. L’envie de donner. L’envie d’être, toi, vrai, avec force et générosité, rouge.


Rouge telle la passion qui nous unissait hier, il n’y a pas si longtemps, il y a trente ans. Déjà. Rouge comme le sang qui gonfle nos veines quand nos émotions sont trop fortes ; comme le feu qui réchauffent nos cœurs bien plus que nos corps lorsque l’indifférence les éteint ; telle notre jeunesse qui croyait vraiment en son destin, en son rôle à accomplir afin de laisser quelques traces de notre éphémère passage ; telle la colère qui se déchaîne quand le sommeil est si long, que le réveil est violence ; comme les révolutions, les guerres et les résistances pour refuser le noir, éclater la blancheur de la vérité et repeindre la paix en couleur partout où ont sévi l’horreur et la soumission ; comme l’absence insupportable qui convulse et acharne le combat contre la résignation ; tels les sentiments qui s’agitent toujours en toi et les sensations que tu as oublié de toucher.


Si tu m’entends du fond de ta tombe dorée, toi qui du monde des puissants détiens les clés, les codes et les cartes, échappe-toi de cette bulle dans laquelle ta cupidité t’emprisonne avec ta conscience devenue trop lourde. Je ne peux renverser le temps, juste t’offrir mon cœur pour te chanter la mélodie du bonheur et ma main pour racheter tes lendemains.

 

Posté par Lucky Massana à 19:00 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

04 décembre 2008

DERNIERE MANCHE


Copyright_Gaena_mas


Il était joueur. Il aurait parié sa vie s’il n’avait plus rien eu à miser. C’était en lui ; les loteries, les jeux les plus divers, mais surtout les paris. Des plus bénins aux plus sophistiqués, il ne pouvait s’empêcher de se lancer des défis.

Je lui répétais pourtant que c’était un engrenage vicieux, de ces entreprises dans lesquelles on s’engage inconsciemment mais dont on ne sort jamais indemne. Il riait. Etait-il sincère ou était-ce encore une de ses formes de jeu ? Toujours plus haut, plus loin, plus vite. Il était persuadé que, tant qu’il possédait l’intime conviction de sa réussite, rien de fâcheux ne pouvait lui arriver. Les casinos, les champs de course, les circuits automobiles lui étaient familiers. Superficiel et léger, il n’était que survivant.

L’existence nous impose trop de virages sans visibilité. Un tournant lui a été fatal. Sans doute un moment d’hésitation, de ces secondes dérisoires que l’on ne contrôle pas totalement mais qui ne laissent aucune place à l’erreur. Cela fait aussi partie du jeu, mais était-il vraiment conscient de toutes les règles ?

Il était joueur et certainement tricheur. Un de ses jours sans chance, il ne s’est menti qu’à lui-même et il a perdu. Match aller sans retour. Résultat irréversible car c’était sa dernière manche.


Posté par Lucky Massana à 20:51 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

MAITRISE


219vagues2wu


Jusqu’à ce soir, Carole ne comprenait pas comment j’avais pu abandonner une profession qui m’offrait aisance et satisfaction, une liberté de célibataire grâce à laquelle je réalisais toutes mes envies égoïstement, pour me marier avec Roger, qui simple maçon de son état, et avoir 3 enfants.

Je lui ai toujours expliqué que Roger représentait l’envers du décor de l’existence que j’ai menée jusqu’à notre rencontre ; il est doux et attentionné pour tous ; il m’a fait prendre conscience des valeurs éternelles ; il a su bâtir pour notre foyer une petite maison gentille dans laquelle j’adore vivre mes heures ; que nous avons ardemment désiré nos progénitures telle une consécration suprême de l’attachement qui nous unit.

Elle n’était jamais convaincue.

A l’écouter j’étais liée voire asservie ; je subissais l’esclavage permanent de responsabilités pesantes ; je ne m’épanouissais plus personnellement. A ses yeux, le bonheur se matérialise, il est argent et réussite. La vraie joie n’est éprouvée qu’à travers des fêtes folles, des dépenses extravagantes et des passions vécues au jour le jour. Notre vie, unique, nous appartient et l’on ne peut perdre son temps en des sentiments secondaires.

Pourtant, il y a quelques mois, elle a fait la connaissance de Pierre. D’emblée, je l’ai senti changée. Ses confidences se faisaient rares ; je percevais néanmoins dans ses silences sans doute de la honte, peut-être des regrets, quant à ses pensées de naguère. Trop orgueilleuse pour s’avouer victime, elle affirmait avoir décidé d’orienter différemment ses désirs et ses plaisirs.

Sommes-nous vraiment maîtres de notre destin ? Elle en pleure aujourd’hui. Pierre est parti. Il ne lui donnera jamais ce bébé dont elle rêvait avec lui. Maintenant et avec celui-là, avait-elle décrété. Il en a décidé autrement.

L’amour ne se reçoit pas sur commande ; il faut le dispenser avant d’en recueillir quelques gouttes.

Je l’ai serrée très fort contre moi, elle est si malheureuse, au fond.

Posté par Lucky Massana à 00:11 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

30 novembre 2008

SOUVENT LA NUIT JE PLEURE


larmes


Souvent la nuit je pleure. Vers deux ou trois heures je me réveille, telle une habitude, et je pleure.

Je ne peux m’empêcher qu’un jour, à ce moment précis, tout s’arrêtera pour moi.

Désormais j’en possède tellement l’intime conviction qu’à chaque réveil nocturne, comme si c’était l’ultime avant le repos éternel, je pleure.

En ces larmes s’exprime ma crainte face à cette obscurité pesante. L’espace infini qui appelle les âmes vers une destination ultra secrète engendre l’angoisse. Le ciel, si vaste, si noir et pourtant resplendissant de ses milliards d’étoiles scintillantes est le symbole vivant en ces instants sombres des paradoxes déconcertants qui jalonnent nos destinées et bousculent nos équilibres. Fréquemment je m’imagine que cette voûte n’est qu’un rideau et que je le déchire pour oser regarder ce qui se cache derrière.

Hélas je suis trop petite, si impuissante. Indubitablement nous n’admettons pas ce manque de contrôle intégral. L’homme regorge de carences. Les êtres, les choses, les événements, notre univers surtout, nous échappent maintes fois. Notre fin totalement.

Cette faiblesse me fait redouter le pire. Ignorer d’où l’on vient est déjà une inquiétude sourde, lourde à supporter ; se trouver face au néant pour l’après est foncièrement effrayant. Errance. Notre naissance s’effectuant dans une relative inconscience cérébrale, dépendante seulement des volontés étrangères, l’attitude à adopter est l’admission. Ensuite nous avançons plus soumis que libres. Enfin notre séjour s’achève vers l’inconnu, voie sans issue obligatoire.

A nul instant nous ne possédons de choix véritable. Je n’ai jamais demandé à venir dans ce monde, encore moins à y vagabonder en permanence, néanmoins je serai, comme chacun, condamnée à le quitter malgré tout, malgré moi. Pour l’enfer ou nulle part, le terme importe peu, peut-être de nuit de surcroît.

Même si je sais que l’on ne peut connaître le résultat d’une opération avant de l’avoir exécutée, une fois dans ma vie, je souhaiterais détenir les réponses avant d’affronter le problème. Malheureusement, la création, si fière de sa suprématie invincible, ne dévoilera jamais le moindre de ses secrets.

Parfois nous croyons élucider certaines énigmes ; ce ne sont que de dérisoires traces laissées volontairement en évidence au cours d’un parcours truqué afin d’apaiser nos curiosités déraisonnables de bêtes humaines. Reflets trompeurs renvoyés par un miroir brisé par l’usage de l’âge. Alors je pleure.

Je demande pardon pour mes journées chargées de rires inconscients et mes nuits de regrets perpétuels ; je ne suis encore qu’une enfant au regard de l’éternité.

Les enfants pleurent souvent la nuit…

Posté par Lucky Massana à 22:44 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

CARNET D'ADRESSES

Mon carnet d’adresses, je le possède depuis très longtemps. Malgré toutes ces années écoulées, je n’en ai jamais changé. Parfois je le consulte afin de côtoyer autrement, par une pensée pudique, tous ces gens dont j’ai voulu graver le nom.

Je m’aperçois alors que nombreux sont ceux partis vivre ailleurs leurs heures, volontairement ou définitivement. Quel que soit le motif de leur silence, une certitude demeure, je ne les reverrai jamais.

Je devrais sans doute effacer ces lignes d’abonnés absents mais cette épreuve m’apparaît tel un affront, un manque de respect à l’égard de leur mémoire.

En conservant noir sur blanc ces références de naguère, je règle à ma façon une dette d’insouciance qu’hier affichait encore. Je lutte contre l’oubli, cet outrage monstrueux dont sont capables les êtres humains. Ce désir d’amnésie est odieux car rayer un nom dans un carnet d’adresses c’est désirer fermer les portes de son esprit à un disparu qui veut y pénétrer.

Posté par Lucky Massana à 21:37 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »