LUCKY'S WORLD

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30 novembre 2008

SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE


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Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.


Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.


De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).


Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.


Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.


Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).


Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !


Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.


En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).

Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).


L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.


Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.


Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.


Pour améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution des systèmes et des pratiques sanitaires.


Tout d’abord un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate, promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80 ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.


En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).


Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.


Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.


Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !


Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.


L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.


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26 novembre 2008

BOOKER T. WASHINGTON, ASCENSION D'UN ESCLAVE EMANCIPE


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Educateur, conférencier, auteur et leader de la communauté Afro-Américaine, Booker T. Washington est peu connu en France alors qu’aux Etats-Unis il fut la figure majeure des Noirs entre 1890 et 1915 et demeure aujourd’hui au sein du panthéon américain.

Il appartient à la dernière génération de leaders noirs nés dans l’esclavage. Après son abolition en 1865 il fit des études, ce qui lui permit d’écrire son histoire, grand éducateur lui-même, il devint le chantre de l’éducation pour le développement des citoyens noirs. Libéré de l’esclavage dans son enfance, après avoir effectué maints emplois subalternes dans l’Ouest de la Virginie, il a trouvé sa voie grâce à une instruction reçue à Hampton Institute et Wayland Seminary. Sur recommandation du fondateur de Hampton, Sam Armstrong, alors qu’il n’est encore qu’un jeune homme, il est nommé responsable de la nouvelle université de Tuskegee Institute puis enseignant pour élèves noirs.

Washington estimait que l’éducation était une clé essentielle pour que les Afro-Américains se hissent au sein de la structure sociale et économique des Etats-Unis. Il avait acquis une réputation nationale en tant que porte-parole et leader des Noirs. Même si son approche non-conflictuelle a été critiquée par certains Noirs, il a réussi à établir des relations avec des philanthropes notables comme Anna T. Jeanes, Henry Huddleston Rogers, Julius Rosenwald et la famille Rockefeller qui contribuèrent par millions de dollars pour l’éducation à Hampton ou Tuskegee, subventionnèrent des centaines d’écoles publiques pour les enfants noirs dans le Sud et financèrent des poursuites judiciaires afin de lutter contre la ségrégation et la privation du droit de suffrage.

Bénéficiaire de diplômes honoraires de Dartmouth College et de l’Université de Harvard, il est le 1° Noir à être l’invité d’honneur d’un président américain à la Maison Blanche. De ce fait Booker T. Washington est largement considéré comme le plus puissant des Afro-Américains de 1895 jusqu’à sa mort en 1915. Des centaines d’écoles et d’individus aux Etats-Unis ont été nommés en son honneur.

Booker Taliaferro Washington est né esclave à Hale’s Ford dans le sud-ouest de la Virginie le 05 Avril 1856. Son père était un blanc et sa mère, Jane, une esclave chez James Burroughs un petit fermier. Il ne connut que très peu son père. Plus tard sa mère se maria avec un esclave, Washington Ferguson, dont Booker prit le prénom pour nom lorsqu’il entra à l’école. En dépit de son métissage, le système des castes juridiques fit qu’il fut considéré comme un esclave noir. Quelques pères blancs assurèrent à leurs enfants naturels la possibilité de suivre un enseignement ou la formation pour devenir artisans ; quelquefois les mères et les enfants étaient affranchis et retrouvaient leur liberté ; ce n’a pas été le cas pour Booker T. Washington.

Durant l’été de 1865, sa mère déménagea avec ses enfants Booker, son frère John et sa sœur Amanda à Malden, dans le Comté de Kanawha afin de rejoindre son époux. Cette mère eut une influence majeure sur sa scolarité car, même si elle ne savait pas lire elle-même, elle achetait des livres d’orthographe à son fils afin de l’encourager à lire. Après l’émancipation sa famille était tellement frappée par la pauvreté que le jeune Booker alla travailler dans des fours de sel et des mines de charbon dès l’âge de 10 ans (1866-1868). Il était un enfant intelligent et curieux, il aspirait à une éducation et fut frustré de ne pas pouvoir bénéficier d’une bonne instruction localement.

Quand il eut 16 ans ses parents l’autorisèrent à quitter son travail pour aller à l’école. Toutefois, comme ils ne disposaient pas des moyens financiers pour subvenir à ses études, il marcha 200 miles pour se rendre à Hampton Normal and Agricultural Institute, créé pour instruire les affranchis. Pour payer ses études ainsi que sa pension il travailla comme portier. Plus tard il rejoindra Wayland Seminary afin de compléter sa formation d’instructeur.

En 1881, suivant les conseils de Samuel C. Armstrong il devient le 1° responsable de Tuskegee Normal and Industrial Institute, la nouvelle Ecole Normale en Alabama. Il a dirigé ce qui est devenu l’Université de Tuskegee jusqu’à la fin de son existence.

La nouvelle école a ouvert 04.07.1881, d’abord en utilisant l’espace loué à une église locale. L’année suivante, Washington a acheté une ancienne plantation qui est devenue le site permanent du campus. Sous sa direction, les étudiants ont littéralement construit leur propre école : construction des salles de classe, des granges et des dépendances, subvenant à la plupart de leurs besoins par leurs propres récoltes et l’élevage de leur bétail. La structure offrait aux hommes et aux femmes des formations professionnelles pratiques ou leur permettait d’accéder à un cursus universitaire. Tuskegee utilisait chacune de ses activités afin d’enseigner aux élèves les compétences de base indispensables dans les communautés noires rurales du Sud. Mais Tuskegee formait également des enseignants. Cet institut illustre les aspirations de Washington pour ceux de sa race. Sa théorie était que, en produisant des compétences pratiques et indispensables à la société, en se montrant responsables et fiables, les Afro-Américains accéderont à une pleine acceptation de la part des Blancs.

En 1895, Booker T. Washington est invité à parler à l’ouverture de la « Cotton States Exposition », honneur sans précédent pour un Afro-Américain. Il est sollicité pour effectuer un bref discours afin d’exprimer sa thèse en matière de philosophie sociale et raciale. Lors de ce qui reste le « Compromis d’Atlanta », il sollicite des Américains blancs la possibilité d’instruire les Noirs afin qu’ils puissent trouver des emplois tant dans l’industrie que dans l’agriculture. En échange, il fait prévaloir que les Noirs renoncent à leurs vœux d’égalité sociale ainsi qu’à leurs droits civils. Le message aux Noirs était que l’égalité sociale et politique était moins importante dans l’immédiat que l’indépendance et la respectabilité économique. Booker T. Washington affirme que si les Noirs s’imposent dans l’économie et prouvent leur utilité aux Blancs, ensuite l’égalité sociale et les droits civils leur seront probablement accordés. Bien que sa position conciliante irrita quelques Noirs, dans l’ensemble ils avaient très envie de travailler comme fermiers, artisans, domestiques ou travailleurs manuels afin de prouver aux Blancs que tous les Noirs n’étaient pas que des menteurs et des voleurs de poulets.

La stratégie de Washington était un compromis à l’oppression blanche. Il conseilla aux Noirs de faire confiance au paternalisme des Blancs du Sud et d’accepter le fait de la suprématie blanche. Il tressa une mutuelle interdépendance entre les Blancs et les Noirs dans le Sud mais il souligna qu’ils étaient socialement séparés : «  Dans toutes les choses qui sont purement sociales nous pouvons être séparés comme les doigts ; mais ne faire plus qu’un, comme une main, dans les domaines essentiels au progrès mutuel. »

Washington conseilla aux Noirs de rester dans le Sud, d’obtenir une éducation utile, de protéger leur argent, de travailler dur et d’acheter une maison. En agissant ainsi, Washington rappelle aux Noirs qu’ils pourront gagner pleinement leurs droits de citoyens.

Les Blancs américains reçurent avec enthousiasme les principes raciaux de Washington et le nommèrent leader national des Noirs. Les Blancs du Nord virent en la doctrine de Washington une opportunité de paix entre les différentes races du Sud. Les Sudistes blancs apprécièrent son programme car il n’impliquait pas d’aspirations politiques, civiles ou sociales et maintenait le Noir dans un statut inférieur.

Comme les intentions de Washington convenaient aux Blancs, des contributions substantielles furent attribuées par des philanthropes à Tuskegee ou d’autres institutions qui s’alignèrent sur le plan de Washington. Le prestige de Washington grandit au point qu’il fut considéré comme le porte-parole de la communauté noire toute entière.

Grâce au solide soutien des Blancs, Washington devint un leader noir influent non seulement dans les milieux de l’éducation et de la philanthropie mais également dans le secteur des affaires, au sein des ouvriers, des politiciens et même dans les affaire publiques.

En plus de Tuskegee Institute, Washington institua une variété de programmes pour l’extension du travail rural et aida à créer la National Negro Business League à Boston au Massachussetts en 1900. Peu de temps après l’élection du Président William McKinley en 1896, un mouvement milita pour que Booker T. Washington soit nommé à un poste du cabinet mais il retira son nom, préférant travailler en dehors de l’arène politique.

Cependant, Washington fut invité le 16 Octobre 1901 à un dîner d’état par le Président Theodore Roosevelt, devenant ainsi le 1° Afro-Américain accueilli à ce niveau. La même année fut édité son livre le plus connu, « Up from Slavery » qui obtint immédiatement un large succès et eut un immense impact sur la communauté afro-américaine ainsi que sur ses amis et alliés.

D’un point de vue privé, Booker T. Washington a été marié 3 fois. Dans son ouvrage le plus célèbre, « Up from Slavery », il rend hommage à toutes ses épouses pour leur contribution à Tuskegee, avouant clairement que sans leur participation le projet n’aurait pas été couronné d’autant de succès.

Sa 1° femme, Fannie N. Smith, était originaire de Malden, lieu où il vécut de 9 à 16 ans et avec lequel Washington garda des contacts toute sa vie. Ils se sont mariés durant l’été 1882 et eurent une fille Portia M. Washington mais Fannie décéda en Mai 1884. Sa 2nde épouse Olivia A. Davidson, née dans l’Ohio, a étudié à l’Institut d’Hampton puis à l’Ecole Normale du Massachussetts à Framingham. Elle a enseigné ensuite dans le Mississipi et le Tennessee avant d’être engagée à Tuskegee. Lorsque Washington fait sa connaissance, elle est professeur et devient sa principale assistante. Ils se sont mariés en 1885 et ont eu 2 fils, Booker T. Washington Jr et Ernest Davidson Washington avant qu’elle ne meure en 1889. En 1893, Booker T. Washington se remarie pour la 3° fois avec Margaret James Murray, originaire du Mississipi et diplômée de l’Université de Fisk. Ils n’eurent pas d’enfants mais elle se chargea de l’éducation de ceux nés des précédentes unions de Washington. Elle survécut à son époux et décéda en 1925.

En dépit des nombreux voyages auxquels il était assujetti ainsi que des multiples responsabilités qui étaient les siennes, Washington est toujours demeuré responsable de Tuskegee. La masse de travail qui est la sienne détériore rapidement sa santé et il s’effondre à New York. Il est ramené en urgence à Tuskegee où il décède le 14 Novembre 1915 à l’âge de 59 ans. Dans un premier temps, les causes de sa mort ne sont pas très claires : on suppose de l’épuisement nerveux et de l’artériosclérose. Il est enterré sur le campus de l’Université de Tuskegee, près de la chapelle. En Mars 2006, avec l’autorisation de ses descendants, l’examen des dossiers médicaux indique qu’il était en fait décédé d’hypertension artérielle avec une pression plus de 2 fois supérieure à la normale.

Son autobiographie, « Up from Slavery », raconte sa spectaculaire ascension, des très humbles débuts jusqu’à la fondation de Tuskegee ; elle prône les convictions de Washington comme l’amélioration du statut social et économique de l’Afro-Américain via un travail acharné. Cette institution et cette initiative étaient controversées à l’époque. En effet, la carrière de Washington est pleine de paradoxes.

Il conseilla aux Noirs de rester dans le Sud, évita les débats politiques et les protestations en prônant l’entraide économique et la formation professionnelle mais il devint un chef politique puissant, l’ami d’hommes d’affaires comme Andrew Carnegie et même le conseiller des présidents.

Booker T. Washington accepta publiquement, sans aucune protestation, la ségrégation raciale et la discrimination électorale mais secrètement finança et dirigea de nombreuses poursuites judiciaires contre de telles proscriptions des droits civils.

Il prêchait une morale de puritain ainsi qu’une hygiène personnelle exemplaire alors qu’il était engagé dans des actes de sabotage et d’espionnage contre ses opposants noirs.

Devant les Blancs il était un modèle d’humilité et de zèle tandis qu’avec ses collaborateurs et les élèves à Tuskegee il était un despote bienveillant.

Certes il était fréquemment critiqué pour son caractère opportuniste ; cependant, l’extraordinaire succès de Tuskegee augmenta durant ses 34 années de direction de l’établissement et a réduit au silence beaucoup de ses détracteurs.

« Il s’agissait pour nous de prouver qu’il était possible à la race nègre de fonder un établissement d’instruction et d’éducation et de le diriger convenablement. Echouer, c’était porter un coup à la race toute entière. Tout était contre nous. On pensait communément que le succès, naturel, certain pour les Blancs, avec nous serait une chose inouïe. Ces considérations pesèrent très lourdement sur nous. » Booker T. Washington, Autobiographie d’un nègre.


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Booker T. Washington, ses deux fils et une de ses nièces.

17 novembre 2008

DES MILLIONS D'ENFANTS AFRICAINS VICTIMES DE LA VIOLENCE

 

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L’Afrique subsaharienne abrite 10% de la population mondiale mais enregistre également des taux record en matière de mortalité infantile puisque 50% des enfants décèdent avant d’atteindre l’âge de 5 ans. Cela signifie que la mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 165 décès pour 1 000 naissances contre 6 décès pour 1 000 naissances vivantes dans les sociétés occidentales.

Donc, déjà victime d’une entrée dans l’existence des plus difficiles, d’une lutte permanente tant son environnement est défavorable à sa survie, l’enfant africain doit, de surcroît, affronter la violence.

Depuis 1991, le 16 Juin est la Journée mondiale de l’Enfant Africain. Consciente que la violence est un véritable fléau pour l’enfant en Afrique, de nombreuses organisations dont l’Unicef milite pour un cadre protecteur.

En effet, que ce soit au sein même des familles, à l’école, dans les structures d’accueil, sur l’ensemble du continent africain, les enfants font face à la violence physique, émotionnelle et sexuelle. Menaces des gangs, agressions, assassinats, pour les enfants des rues. Exploitation et abus divers pour les enfants travailleurs. Pratique de l’excision sur environ 3 millions de femmes et de filles chaque année, mettant en péril leur vie ainsi que celle de leur bébé lors de l’accouchement. Trafic de milliers d’enfants tous les ans en Afrique de l’Ouest et centrale.

Des milliers d’enfants sont contraints de vivre au milieu des conflits armés, subissent une extrême pauvreté et sont atteints par le VIH/sida. En République Démocratique du Congo des centaines de milliers d’enfants et de femmes sont victimes de violences sexuelles. Au Kenya 46% des femmes ont supporté des actes de violence sexuelle au cours de leur enfance et 25% des filles entre 12 et 24 ans ont perdu leur virginité de manière violente.

Ces exemples ne sont qu’une infime partie des horreurs vécues au quotidien. Par peur des représailles de nombreux cas ne font l’objet d’aucune poursuite.

Pire. Si la femme ou la gamine violée dénoncent son agression aux autorités, elles sont systématiquement condamnées à la lapidation. Tel le cas d’Aisha Ibrahim Dhuhulow, une Somalienne jugée coupable d’adultère par un tribunal islamique a été enterrée vivante jusqu’au cou, puis lapidée à mort par 50 hommes dans la ville portuaire de Kismayo, dans le sud du pays. Les Djihadistes prétendaient que la femme était consentante ayant elle-même demandé sa condamnation. Il s’agissait en fait d’une jeune fille de 13 ans qui a subi une mort horrible alors qu’elle venait de signaler avoir été violée par 3 hommes !

Trop souvent les systèmes en place ferment les yeux sur le calvaire des enfants qui grandissent dans l’oubli et l’indifférence, portant toute leur vie les stigmates de la souffrance physique endurée, les traces psychiques et émotionnelles indélébiles encrées au plus profond d’eux-mêmes. Telles ces fillettes de moins de 10 ans mariées contre leur gré et abusées sexuellement par des hommes pervers qui sont 4 à 5 fois plus âgés qu’elles. Tels ces enfants ballotés dans l’indifférence des structures polygames où le mâle collectionne les épouses mais est totalement incapable de subvenir aux moindres besoins de toute la lignée qu’il a engendrée.

Dès leur plus tendre enfance les gamins africains perdent tout point de repère car ils sont abandonnés à devoir se débrouiller seuls le plus tôt possible. Le risque dans de tels scénarios est la reproduction d’un schéma identique lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. L’exposition à la violence favorise la participation à des actes de violence car, par l’accoutumance au vécu, il y a banalisation de la situation qui en devient à être considérée comme normale.

Pour éradiquer les violences commises sur les enfants en Afrique, il faudrait avant tout lutter contre la violence dans ses différents contextes. Nombre de pays africains souffrent de pauvreté, de la guerre, de maladies et d’urbanisation croissante qui tendent à aggraver les violences contre les enfants.

Au sein des structures familiales, la législation est très limitée. Les châtiments corporels font le plus souvent partie d’une conception de valeurs et ils sont jugés et transmis comme étant « normaux » par la conscience collective. C’est ainsi que 62% des enfants tanzaniens vivant dans les rues ont invoqué les disputes familiales, la cruauté des beaux-parents ou les violences comme raison de leur départ du foyer.

De nombreux témoignages, essentiellement de jeunes filles, rapportent la pratique courante de violences sexuelles qui passent souvent inaperçues, fortement sous notifiées et mal prises en charge car entourées d’une culture du silence et de l’opprobre. Hélas, d’une manière générale, les violences commises au sein des familles restent peu révélées donc il est difficile d’en connaître les causes et l’ampleur. En 2002, une étude indépendante effectuée pour le Secrétaire général des Nations Unies révélait  que 150 millions de petites filles et 73 millions de petits garçons avaient été forcés d’avoir des rapports sexuels ou avaient subi d’autres formes de violences sexuelles au sein de la famille en Afrique. Au moins 50% des filles en Afrique subsaharienne n’ont pas terminé le cursus primaire car la pauvreté de leur milieu engendre un parti pris en faveur des garçons. Hélas leur manque d’éducation alimente un cercle vicieux car leur ignorance les expose à des violences sexuelles.

Maintes  sociétés d’Afrique ont leurs propres pratiques et coutumes qui appartiennent à un système de valeurs et de socialisation des enfants. Toutefois il s’avère que certaines sont contraires à la Convention relative des Droits de l’enfant comme l’excision et le mariage précoce.

Des pays comme la Guinée, la Mauritanie ou le Mali montrent des taux de prévalence de l’excision très élevés compris entre 71 et 99%. Chaque année ce sont quelque 3 millions de filles qui subissent une mutilation génitale féminine. En Ethiopie, par exemple, 80% des femmes et filles âgées de 15 à 49 ans sont excisées. L’excision est une atteinte à l’intégrité physique du corps de la jeune fille et a des effets néfastes sur sa santé et son équilibre mental. L’interdiction de cette pratique commise la plupart du temps sur des fillettes de moins de 4 ans a créé une véritable polémique que les intervenants tentent d’éradiquer en menant une campagne de sensibilisation et de persuasion.

Les mariages précoces sont également très répandus sous couvert de la tradition, les parents justifiant cette coutume comme un moyen de préserver la virginité des jeunes filles, alors que globalement il s’agit juste d’une stratégie de survie économique pour les familles pauvres qui reçoivent ainsi une dote en échange de leur enfant. Plongées dans la détresse et l’abandon, éloignées de toutes informations relatives à la contraception, de nombreuses jeunes filles sont victimes de grossesses précoces entraînant de graves conséquences sur leur santé. En effet, les adolescentes de 15 à 19 ans ont 2 fois plus de risque de mourir en accouchant et 5 fois plus chez les moins de 15 ans. La lutte pour réprimer cette pratique est d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans un cadre traditionnel où il est quasi impossible de poursuivre les responsables et que, par ailleurs, il n’y a pour ainsi dire aucun contrôle de l’âge des enfants compte tenu du faible enregistrement des naissances.

Un autre phénomène, typique à l’Afrique, est un fléau pour les enfants : celui des enfants dits « sorciers ». Au Bénin, au Gabon, au Nigéria, au Libéria, au Cameroun et en République Démocratique du Congo, notamment, des enfants désignés comme sorciers dès la naissance seulement par rapport à la façon dont ils naissent peuvent être purement et simplement « éliminés » par des dignitaires de la tradition. Le plus souvent ils sont chassés de leur famille, abandonnés à la rue ou placés dans des centres de rééducation, victimes d’abus et de mauvais traitements voire de torture pouvant aboutir à leur mort. Des actions entreprises par les gouvernements et associations visent à changer les comportements mais, à l’heure actuelle, ce ne sont que trop peu de communautés qui ont accepté d’abandonner officiellement ces pratiques traditionnelles néfastes.

Par ailleurs ce sont des milliers d’enfants qui sont devenus vulnérables avec la pandémie du VIH/ Sida. Ces enfants se retrouvent dans une forte détresse psychologique aggravée par la stigmatisation et les discriminations dont les conséquences sont l’exclusion de la communauté, de l’école, de l’accès aux soins. Leurs conditions d’existence sont extrêmement difficiles. Sans ressources et protection, ils courent le risque d’être exploités économiquement ou sexuellement ou de se retourner vers les chemins de la prostitution et de la délinquance.

Depuis 2 décennies, à la faveur de la paupérisation grandissante des familles et d’un système éducatif incapable de retenir les enfants, ce sont environ 48 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans qui sont contraints d’exercer une activité économique en Afrique, soit 29% de la population enfantine. Plus grave : les enfants sont très souvent déplacés pour exploiter leur force de travail dans la domesticité, les emplois industriels non réglementés, les chantiers de construction et l’exploitation sexuelle à des fins commerciales. Ils sont généralement astreints à effectuer des travaux dangereux pouvant entraîner la mort ou des lésions physiques irréversibles. Les enfants, essentiellement les filles, qui travaillent derrière les portes closes de maisons privées sont particulièrement exposées aux violences puisqu’elles sont commises à l’insu du monde extérieur. Les violences encourues par ces enfants sont souvent terrifiantes mais, hélas, il est très périlleux de les retirer en toute sécurité.

Comme il est ardu de lutter contre les violences subies à l’école. En dépit parfois de textes de lois, force est de constater que l’utilisation de châtiments corporels au sein des établissements scolaires est monnaie courante. De surcroît les filles sont également exposées aux violences sexuelles des enseignants qui exercent un chantage sur les notes. Aujourd’hui, même si  des sanctions sont mises en place dans certains pays contre les maîtres qui commettent de tels actes, il demeure toujours la crainte de dénoncer. De plus, certains maîtres coraniques transforment un processus légitime d’éducation religieuse en un phénomène d’exploitation économique des enfants mais, avec l’urbanisation et la paupérisation des familles, on assiste à un détournement de l’enseignement coranique.

Le dernier motif qui affecte durablement la vie psychologique et sociale des enfants n’est pas le moindre puisque ce sont les innombrables conflits armés dans lesquels les enfants sont parachutés. La guerre militaire ou civile, par essence même, est synonyme de violence et de barbarie. Les enfants sont endoctrinés dans une culture de violence et éprouvent par la suite d’immense difficultés à s’adapter à un processus de paix car ils sont « désensibilisés ».

Au terme de cet état des lieux désespérant sur les conditions d’existence des enfants en Afrique, il serait tout de même honnête d’avouer que des actions sont menées depuis plusieurs années pour créer un environnement protecteur conforme à la Convention des Droits de l’Enfant. Les efforts développés sont constants que ce soit de la part des gouvernements ou des associations. Malheureusement les changements ne peuvent se faire du jour au lendemain et les violences sont aussi le reflet du manque d’un cadre de référence sur les droits humains. Dans des communautés aux organisations et coutumes souvent archaïques, pêchant majoritairement par manque d’instruction, les enfants, comme les femmes, sont déconsidérés, exploités et violentés par une masse d’hommes qui reproduisent le schéma dans lequel ils ont grandi. En fait c’est toute une vision de sa société que l’homme africain doit métamorphoser s’il espère être considéré un jour comme un Homme à part entière aux yeux du reste du monde.


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