LUCKY'S WORLD

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02 novembre 2008

REPERCUSSIONS DE LA CRISE BOURSIERE SUR L'AFRIQUE

L’information peut-elle engendrer des conséquences fâcheuses sur l’individu ? Depuis longtemps je suis une adepte de l’information à outrance car, via tous les moyens mis à notre disposition (journaux, magazines, ouvrages, télévision et Internet), l’homme dispose de supports complets lui permettant d’accéder à une source intarissable de connaissances. En permanence il peut ouvrir son esprit et recevoir images, témoignages, rapports, documentaires… Et je suis une boulimique en matière de savoir ! Toutefois, depuis plusieurs jours, je ressens comme un malaise profond en moi lorsque j’accède à l’information. Balancé dans un univers rongé par les guerres, la famine, la violence, la pollution et le chômage, l’individu détient désormais une raison supplémentaire d’envisager son avenir d’un œil plus que négatif : la crise financière internationale. Et la sur-médiatisation de l’événement ne fait qu’amplifier son inquiétude. La multiplication exagérée de gros titres, d’articles, de débats, de chroniques sur les pages électroniques relatant de la question nourrissent nos pensées jusqu’à l’overdose ! Naturellement que nous sommes conscients qu’un cataclysme géant s’abat sur les bourses de la planète car une catégorie de paresseux avides de gains faciles a voulu s’en mettre plein les poches en jouant aux traders comme, hier encore, ils s’éclataient dans leur salon avec leur manette de console ! Bien sûr que nous sommes avertis que la surenchère de certaines valeurs n’a été uniquement générée que pour assouvir la cupidité  de ces complices du diable sans scrupules, que nombre de banques américaines ont accordé des prêts immobiliers tous azimuts et ce pour mieux relever ultérieurement leur taux et jeter ainsi sans vergogne des centaines de foyers à la rue en leur saisissant leur logis ! Compte tenu de la masse de propos nous assommant en permanence de toute part, il est clair que nous sommes incapables d’échapper à la cruelle réalité ! L’envie d’en finir une bonne fois pour toute doit même traverser la raison des plus fragiles d’entre nous !

Toutefois, quelle que soit l’intensité du marasme actuel, deux détails m’ont choquée :

- Les journalistes, consultants économiques et responsables politiques sont d’accord sur un point : l’argent ne manque pas, l’épargne est florissante, les capitaux sont seulement « gelés » sur les comptes des particuliers. Cette révélation implique donc que les banques, fauchées comme les blés, spéculent uniquement avec les fonds de leurs clients, se faisant des bénéfices dans leur dos ainsi que sur celui de ceux qu’elles accablent de frais en tout genre appliqués au moindre dérapage. La morale de cette histoire est qu’il est permis aux banques d’utiliser comme bon leur semble l’argent qui ne leur appartient pas, donc qu’elles ne possèdent pas, en toute impunité, que cela leur revient à émettre des « chèques en bois » mais que ce même comportement est interdit pour le particulier ! Faites ce que je dis mais pas ce que je fais !...

- Et les plus pauvres dans tout ce bazar ? Oubliés, à la trappe ! Comme d’habitude… Il est de rigueur de se soucier de la récession qui fera inévitablement suite à cette crise, de la perpétuelle baisse du pouvoir d’achat, des séjours de vacances réduits à 15 jours au lieu de 3 semaines chez Mr Dupont, de l’automobile neuve que Mr Durand ne pourra plus acquérir, de la paire de souliers rouges que Mme Dubois ne pourra plus assortir à son Lancel… Mais qui se soucie de ce qu’il y aura dans l’assiette de l’indigent qui loge au mieux sous les ponts et sur les cartons ? Quel spécialiste s’interroge vraiment sur les répercussions à craindre dans les pays les plus miséreux de la terre, en Afrique notamment ? J’ai beau fouillé tous les fichiers de mon cerveau, je ne trouve aucune trace de cette préoccupation pourtant majeure !

S’il est une évidence que l’Afrique n’offre en rien matière à faire la une de la presse qui se vautre pitoyablement dans la bauge des peoples, essayons tout de même de nous inquiéter au sort hypothétiquement réservé à ce continent qui souffre déjà tellement.

Dans un premier temps il est plus que raisonnable d’admettre que la crise qui gangrène actuellement les marchés boursiers est une crise de financement propre aux systèmes bancaires des pays les plus développés. Ce n’est qu’un manque d’apport de fonds car les banques ne font plus circuler l’argent entre elles. Ce paramètre essentiel implique que, logiquement, seuls les états ayant intégré les principes internationaux (l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc…) seront plus directement touchés par la débâcle boursière. En tout état de cause, l’Afrique noire ne craint guère d’être radicalement atteinte de plein fouet au sein même de ses institutions bancaires puisqu’elles ne pratiquent quasiment pas d’opérations de crédits octroyés aux particuliers.

De plus, il est également certain que les conséquences varieront en fonction du degré de développement des pays. En effet, un état qui, globalement, parvient à survivre via les productions locales subira moins dangereusement les effets indésirables de cette crise car il n’est pas fondamentalement assujetti aux mêmes besoins qu’une nation dépendante de ses importations.

Malheureusement, même si certaines régions pourront, dans un premier temps, échapper au marasme, il est hélas indéniable que l’Afrique sera confrontée tôt ou tard à l’impact laissé par les troubles actuels.

De fait, il est à craindre que le manque de confiance qui fige actuellement les occidentaux produira une baisse des investissements en Afrique : si les mieux nantis refusent de placer leurs capitaux dans des valeurs qui, par le passé, ont fait leurs preuves, il y a fort à parier qu’ils ne se risqueront pas à subventionner des projets à réaliser dans des contrées aux régimes politiques trop souvent instables… La baisse des contributions étrangères devrait créer au mieux une paralysie de la croissance voire une chute et, par effet de « boule de neige », une aggravation de l’inflation et un affaiblissement des monnaies africaines.

De plus, suite au krach auquel nous assistons actuellement, suivra une période de récession dans tous les pays concernés. Cette ère de « dépression » sera un cycle plus que néfaste pour tous les Africains, l’Afrique noire tout spécialement. Assurément, c’est là que les répercussions seront les plus catastrophiques sur l’économie réelle car les banques occidentales ne se prêtant déjà pas entre elles, elles prêteront d’autant moins à leurs consoeurs africaines ; de surcroît, la récession entraînera une baisse des transferts de fonds en provenance de la diaspora africaine avec tous les retentissements et sanctions que nous ne sommes pas sans ignorer sur les familles dépendantes de ces aides…

Par ailleurs, nous savons pertinemment que lors d’une phase de récession il y a une baisse de la demande en « produits finis », donc une chute de la production et  une réduction des besoins en matières premières (point fort de l’Afrique).

D’autre part, un déclin du dollar se profile d’ores et déjà à l’horizon, compte tenu de l’ampleur des dégâts déjà effectifs aux USA. Les matières premières se négociant en dollars, cela provoquera vraisemblablement un effondrement des cours et, par ondes de répercussion, une diminution sans doute notable des revenus des entreprises productives. Naturellement la zone « francs CFA », arrimée à la zone euros, produira toujours dans une monnaie forte mais en contrepartie devra vendre moins cher (en l’occurrence, souvent à perte). Quoiqu’il en soit c’est un cercle vicieux pour les industries africaines…

Parvenus à ce stade nous n’avons malheureusement pas encore abordé le point le plus épineux de la question : l’impact de la crise sur l’aide humanitaire fournie à des millions de populations en détresse totale. Ne nous voilons pas la face, si les restrictions n’entameront probablement pas les apports des donneurs les plus riches, elles anéantiront par contre les soutiens gouvernementaux. Lorsque l’on sait qu’avant la débâcle 25 milliards de dollars avaient été publiquement promis à l’Afrique d’ici à 2010 et que seulement 4 milliards ont été jusqu’à présent versés, que pouvons-nous espérer désormais ? Plus que jamais l’Afrique se mourra sous l’œil avare de l’occidental apeuré à l’idée d’être enterré sans ses billets !

Toutefois, si les gouvernements en place s’avèrent, pour une fois, intelligents, l’Afrique peut tirer profit de cette crise. En effet, aux responsables de convaincre les fortunés d’investir sur leur continent. Si le message délivré est convaincant, il se concrétisera par une réduction des évasions de capitaux et une hausse des investissements locaux.

En outre, il faut prévenir le « scénario catastrophe » qui se profile à l’horizon en accélérant et accentuant le commerce avec la Chine et l’Inde. Ces deux puissances sont, en premier lieu, les seules à détenir des liquidités financières, ne sont pas très exigeantes sur la moralité des pouvoirs en place et, par-dessus tout, dotent les régions d’infrastructures indispensables à toute bonne évolution économique. Tous les produits fournis par ces deux « géants » ne sont certes pas d’une qualité exceptionnelle mais ils ont le mérite de fournir à ceux qui peuvent en profiter les bases essentielles pour envisager un essor futur.

En conclusion, il est indubitable que l’Afrique souffrira durement si les responsables occidentaux ne parviennent pas à trouver une parade valable et durable au séisme qui secoue actuellement les places boursières internationales. Plus que jamais l’Afrique devrait faire preuve de volonté et d’ingéniosité afin d’affirmer enfin la réelle valeur de ses ambitions.

 

 



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