20 juin 2009
CAP DRAMATIQUE POUR LA FAIM DANS LE MONDE
C’est un bien dramatique cap que franchira le monde au cours de cette année 2009 a annoncé Vendredi 19 Juin à Rome l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en dépassant le milliard d’affamés. 1 020 000 000 individus sous-alimentés avant la fin de 2009.
En raison de la crise économique, le niveau historique du milliard est d’ores et déjà atteint. En présentant un rapport de la FAO, Monsieur JACQUES DIOUF, Directeur de la FAO, a eu le regret d’alerter l’opinion que l’humanité détient désormais un record de victimes de la faim jamais accédé au cours de son histoire. Dans ce rapport préliminaire consacré à l’insécurité alimentaire, il est révélé que 1 personne sur 6 sur terre est sous-alimentée en conséquence d’un mélange dangereux de crise économique et de prix alimentaires élevés.
Selon la FAO la quasi-totalité des personnes sous alimentées vivent dans les pays en développement soit 642 millions en Asie-Pacifique (+10.5%), 265 millions en Afrique sub-saharienne (+11.8%), 53 millions en Amérique Latine et Caraïbes (+12.8%), 42 millions en Afrique du Nord et Proche Orient (+13.5%) et 15 millions dans les pays développés (+15.4%).
Monsieur DIOUF a déploré une « combinaison dévastatrice pour les populations les plus vulnérables », appuyé dans ses dires par les propos de Madame JOSETTE SHEERAN, Directrice du Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) qui a déclaré qu’un « monde affamé est un monde dangereux » insistant sur le fait que la faim mène « aux émeutes, à l’immigration ou à la mort ».
La FAO souligne dans ce même rapport que la situation actuelle n’est pas la conséquence de mauvaises récoltes au niveau mondial mais uniquement l’incidence de la crise économique qui a provoqué une baisse des revenus ainsi que des pertes d’emplois.
Le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde est passé de 825 millions durant la période 1995-1997 à 873 millions pendant celle de 2004-2006 pour atteindre les 915 millions en 2008.
Souhaitant organiser un sommet mondial sur l’alimentation en Novembre 2009 et conscient que le problème de la sécurité alimentaire relève du domaine politique, Monsieur DIOUF, a estimé qu’il était urgent qu’un nouvel ordre mondial alimentaire soit établi, réclamant par la même plus d’investissements importants dans l’agriculture.
Vendredi, Monsieur DIOUF a ouvertement reconnu que l’engagement pris par les pays membres de la FAO en Juin 2008 de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim avant 2015 n’était plus désormais un objectif réaliste, citant l’exemple de plusieurs pays d’Amérique latine conscients qu’ils ne pourront éradiquer ce fléau avant 2025.
Ce rapport intervient 3 semaines avant le sommet du G8 qui aura lieu à L’Aquila du 08 au 10 Juillet 2009 et dont l’un des thèmes abordés sera celui de la sécurité alimentaire, notamment en Afrique.
Ces chiffres sont terrifiants mais ce qui est plus horrible est qu’ils continueront de grimper si tout un chacun n’agit pas, ne quitte pas son petit confort égoïste et douillet pour tendre la main aux plus démunis. Il existe une multitude d’organisations reconnues pour leurs actions concrètes et sérieuses sur le terrain qui ont besoin de notre aide. Cette dernière peut nous paraître insignifiante au regard des sommes versées par les plus généreux des individus fortunés mais réalisons bien que même 10 euros que l’on multiplie par seulement 1 milliard de bonnes âmes au final représentent 10 milliards d’euros.
02 juin 2009
STOP ! AU SCANDALE !
Depuis 2 jours et la tragédie de l'Airbus A330 en provenance de Rio de Janeiro, tout est prétexte pour que les journaux, les radios et encore plus les chaînes télévisées nous inondent d'informations relatives à cet accident. Informations directes ou dérives totalement inconvenantes, les journalistes pénètrent, à mon gré, de façon trop indécente, sincèrement déplacée, dans l'intimité des individus victimes de cette catastrophe. On sature de commentaires rabâchés, d'hypothèses plus qu'incertaines, de reportages inutiles. STOP ! Laissons ces familles en paix ! Laissons les autorités effectuer leur travail et attendons les réponses plausibles en temps et en heure. A quoi cela sert-il de répéter sans cesse qu'aucune explication intelligible n'est actuellement présentable ? Des heures de bobines, de paroles futiles, de propos vides de tout intérêt, des précisions indécentes pour meubler un vide d'informations utiles !
Par delà la souffrance des familles meurtries, j'ai envie de crier au scandale ! Des cellules de crise sont créées, des avions seront affrétés pour que les proches puissent se déplacer sur les lieux de l'accident, des dédommagements seront offerts par Air France... Que de honte quand on songe à toute la misère, la maladie, la souffrance permanente de millions d'individus à travers la planète. Lorsque les médias consacrent des heures entières sur un accident d'aviation qui a certes causé le décès de 328 personnes, combien de temps réservent-ils aux drames suivants :
- plus de 400 millions de personnes souffrent de famine en Asie du Sud soit 100 millions de plus qu'il y a 2 ans
- 150 millions de filles et 73 millions de garçons de moins de 18 ans sont exploités sexuellement à travers le monde
- 923 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde
- 80% des Africains ont un revenu journalier inférieur à 2$ US et 50% vivent avec moins d'1$ US par jour
- les différents conflits survenus sur le continent africain depuis le début des années 60 ont causé la mort de plus de 9 152 000 personnes
- 75 000 enfants sont maltraités en France chaque année et 2 meurent chaque jour soit l'équivalent de 2 Airbus A330.
- chaque année dans le monde ce sont 155 000 enfants de moins de 15 ans qui meurent des suites de maltraitance
- 246 millions d'enfants sont contraints de travailler avant l'âge légal voire même très jeunes.
- 120 millions d'enfants vivent dans la rue à travers la planète.
Cette liste est loin d'être exhaustive. Ce ne sont malheureusement que quelques exemples des cruautés, des morts dont les médias ne font guère de reportages ! Pas assez de sensationnel sans doute... Lorsque je visionne tous ces journaux d'actualité diffusés sur toutes les ondes, j'éprouve souvent le malaise profond d'assister à un mauvais film catastrophe livré par les studios hollywoodiens. La société moderne aime ces blockbusters produits par les Steven Spielberg and Co. Les crashes d'avions, les déraillements de trains, les accidents de la route, les inondations, les incendies gigantesques, les tremblements de terre, les tsunamis, les éruptions volcaniques, l'être humain apprécie ces cataclysmes, ces trashes, ces visions de l'horreur mais combien s'inquiètent sincèrement des affres de ces populations miséreuses, de ces enfants martyrs, de ces peuples malades et assoiffés, oubliés à l'autre bout du monde ?
Si il est certes utile d'informer, s'il est vrai qu'un accident qui engendre 328 morts est atroce surtout pour ceux qui restent, si les médias se doivent de détailler les causes et les conséquences, il serait également nécessaire voire indispensable que régulièrement ces mêmes médias accordent autant d'importance à des fléaux qui sévissent quotidiennement en bien des endroits de notre terre.
07 mai 2009
LES BELLES CHANCES
Il y a longtemps que
je n’avais plus ressenti ce grand vide au fond de moi. Cette solitude qui nappe
les heures de néant tant l’isolement est vécu tel un abandon. J’ai longtemps
erré seule sur les méandres d’une existence que je marginalisais consciemment.
La compagnie des humains m’ennuyait ; ils manquaient d’intérêts, de curiosité, d’audace et de fantaisie. Celle
de mes enfants me comblait. Celle de Sarah surtout. Les garçons avaient leur
monde fait de jeux vidéo, de turbulences masculines, de confidences étrangères
à mon univers. Je ne pense pas qu’ils souhaitaient que je pénètre en leur
territoire ; j’avais peur de m’imposer. Depuis mon plus jeune âge je lutte
pour demeurer la plus transparente possible car je crains les réactions
intempestives, bruyantes voire violentes. Je les aime comme j’aime tous mes
enfants mais plus ils se rapprochaient l’un de l’autre, plus ils m’éloignaient
d’eux et je n’ai jamais fourni la moindre lutte pour combattre cet état de
fait. Quant aux deux derniers, j’ai plus envie de les protéger dans l’innocence
de leur enfance, de leur dessiner des moments de tendresse et de câlins, de
leur construire une harmonie peinte aux couleurs de la nature baignée dans une
douceur bucolique. Et puis il y avait Sarah. A elle-seule elle offrait tout ce
qu’une maman peut rêver de plus merveilleux de sa fille. Elle occupait tant
d’espace par son omniprésence toujours gaie, généreuse, disponible,
attentionnée, tolérante et affectueuse. Sarah est mon double en plus jeune et
surtout plus fougueuse. Volontaire et téméraire, elle ose tout, ne recule
devant rien, avec respect et éternellement parée d’un sourire éclatant qui fait
chavirer tous les cœurs et, en dépit de l’indépendance prise, sait préserver le
fusionnel de nos liens. Pour sa maman elle irait jusqu’à décrocher la lune si
ce bel astre pouvait se lover dans ses mains. Mais le temps s’échappe trop vite emportant
dans sa fuite l’insouciance des enfants et la jeunesse de leurs parents.
D’autres destins se bâtissent ailleurs, désertant de grandes maisons dénudées.
Les chambres ne résonnent plus de ces voix éclatées tel le cristal qui pétille
en se brisant sur le sol ; elles ne palpitent plus de ces rires éclatés
qui se sont échappés dans les airs du passé ; les agitations vibrantes se
sont évaporées et avec elles le rythme effréné des journées bien chargées. Ne demeurent
que des pièces dépeuplées, une table devenue bien trop immense depuis que tant
d’assiettes ont disparu… et les souvenirs.
Hier encore les
portes claquaient, j’admirais leurs silhouettes et buvais leurs paroles.
J’imprimais leurs sourires et leurs délires en mon âme. Je savais que cette
époque était éphémère et qu’il fallait que je charge méticuleusement ma mémoire
de tous ces moments uniques, inoubliables, éternels ; mais l’horloge a été
encore plus rapide que je ne l’aurais imaginé. Tellement de joies et d’inquiétudes, d’espoirs
et de colères, du blanc des premiers jours, du bleu du ciel des instants
douillets et plein de rose sur la toile de ces années enchantées.
J’aurais pu sombrer
au fil de ces départs, face à tant d’espace délaissé. Tu es entré dans ma vie.
Au moment-même où trop d’absences s’affirmaient tu es apparu tel mon sauveur.
L’être que l’on attend plus quand pointe déjà le crépuscule dans le lointain. J’avais
beaucoup marché sur les sentiers escarpés de l’existence, le voyage n’avait pas
toujours été de tout repos et je me sentais lasse de trop d’épreuves
affrontées, parée d’une armure tellement lourde pour mes pauvres épaules face à
une horde toujours plus sauvage, dans l’obscurité d’une destinée dont je ne
parvenais pas à déchiffrer toutes les énigmes. Une lumière a surgi. Tu étais le
soleil venu réchauffer mon cœur ankylosé par les intempéries, les déceptions et
les trahisons. Tu étais la lanterne apparue pour chasser les ténèbres qui
enveloppaient mon quotidien, le génie qui éclairerait notre avenir souriant.
Avec toi j’ai découvert le bonheur exquis de la connaissance partagée, le
précieux des confidences révélées, la saveur délicate des gestes suaves
prodigués tels de légitimes hommages à l’amour infini qui nous unit. J’ai saisi
le sens véritable du partage des opinions, des pensées, des croyances, des
envies et des décisions. J’ai appris à rêver à deux, pour deux, nous deux. Sans
oublier les passagers de mon voyage écoulé, tu m’as permis de fonder une vie de
couple riche et sincère, enracinée profondément dans une terre fertile en
sentiments et en émotions. Tu as chassé les nuages sombres de mes chimères
obscures en édifiant un azur toujours
radieux grâce à la magie de la passion. Tu as rempli mon quotidien d’une
multitude de petites attentions touchantes, attendrissantes. Ta force et ta
détermination nous préservent de mes indulgences. Tu es mon rempart contre la
vilénie humaine, ma conscience pertinente face aux tristes réalités de la vie.
Ton amour agit en moi comme l’eau bienfaisante étanche la soif, tu apaises mes
craintes et mes douleurs ; il est comparable à un pré fécond où sont engendrées
mes créations les plus fructueuses, le souffle qui bouscule mes songes et le feu ardent qui alimente mes desseins.
Nous avons traversé
des mois formidables nourris d’une agréable promiscuité noyant notre alliance
enchantée dans un parfum de bonheur privilégié. Les nuits ensorcelantes
succédaient aux jours charmants. Ton agréable compagnie tamisait la pâleur des
instants fragiles, édulcorait l’amertume
des situations difficiles et masquait la peine des aventures échouées. Ton
courage colmatait les brèches de mon cœur blessé par tant de déconvenues,
d’inquiétudes face à des lendemains incertains. La confiance absolue que j’ai
en toi était la parade invincible à mes anxiétés. J’étais rassurée. Demain
n’avait plus aucune importance. Je savourais le présent tel un bien inestimable
qui ne s’achèverait jamais.
Aujourd’hui tu t’es effacé pour d’autres responsabilités car notre séjour ici-bas est composé d’obligations incontournables. La nuit a descendu ses rideaux sombres sur la ville, anesthésiant ponctuellement la course animée de la société, les oscillations cadencées des pantins qui circulent sur les voies de nos contrées, étouffant les bruits et les voix en les plongeant dans le sommeil. Je suis seule face à cette masse sinistre d’où surgit une multitude de points lumineux telles des étoiles artificielles accrochées au plafond de nos cités urbaines. Les occupants des constructions voisines ont clos leur quotidien en fermant les yeux de leurs fenêtres et en condamnant leurs portes d’entrée au mutisme. Les corps fatigués et les esprits usés se reposent dans les bras de Morphée tandis que je souffre de ton absence, abandonnée au creux des circonstances livides. L’asthénie me gagne, troublant l’harmonie de ma raison. Le matin viendra vite. Je dormirai peu et mal dans ce lit trop grand quand tu n’y reposes pas à mes côtés. Je repasse inlassablement le film de notre bonheur sur l’écran noir de ma mémoire. Je m’endors avec ton image. Je rêve que la porte s’ouvre, sonnant ton retour. Je me jette dans tes bras, tu m’enlaces et m’embrasses. Ma plus belle chance, mon unique fortune.
04 février 2009
LE VRAI BONHEUR
Une forêt luxuriante, une prairie revêtue d’une herbe abondante et bien verte, un ciel d’un bleu limpide où seuls quelques nuages cotonneux s’étirent nonchalamment, un soleil franc et radieux, une petite fille qui court insouciante dans les pâturages parsemés de coquelicots. Pieds nus elle s’ébat jusqu’à en perdre haleine sur les courbes rondes d’une douce colline. Lorsqu’elle parvient au sommet, quelque peu essoufflée, elle contemple le paysage qui se déploie sous ses yeux. Une immense plaine généreusement tapissée d’un somptueux et riche herbage, des meules de foin qui paressent ici ou là, des arbres avantageusement touffus, des petites maisons charmantes qui se prélassent dans la quiétude, des vaches et des moutons gourmands et une rivière qui serpente entre les vallons. Elle s’approche de la berge où la source se faufile entre des grosses pierres aux harmonieuses formes bombées telles des pulpeuses miches de pain se baignant dans l’onde claire, puis sautille de l’une à l’autre. Joyeuse elle atteint l’autre rive et se met à danser, elle tournoie aussi légère qu’un flocon dans la bise. Ensuite elle sillonne à nouveau le pré généreusement chevelu et, émerveillée, s’attarde sur une jolie fleur dont les pétales aux teintes saumonées sont parfaitement dessinés. L’enfant cueille la fleur puis la serre tendrement contre son cœur qui palpite très fort de tant d’émotions. Elle reprend sa balade effrénée. Un instant elle s’arrête pour jouer avec un papillon qui virevolte dans les airs. Plus agile que l’innocente gamine, l’animal lui échappe et se pose sur l’extrémité d’une branche pour y prendre un peu de repos. La farouche fillette s’obstine et tente de rejoindre l’insecte quand celui-ci prend son envol et qu’elle chute dans la rivière. Loin d’être paniquée, elle en profite pour se débattre gaiement dans un tourbillon rafraîchissant. Délaissant ce bain délicieux, elle emprunte un étroit chemin sinueux qui aboutit à l’orée d’un bois où flâne une biche. Innocemment la fillette se cache derrière le tronc d’un arbre ou se dissimule à l’ombre d’un petit rocher pour admirer l’élégant cervidé. La bête devine sa présence mais ne s’enfuit pas pour autant. Rassurée, l’enfant s’approche, la caresse puis s’allonge pour une sieste le long de son flanc. Au réveil, elle gambade de plus belle, ramasse un pissenlit sur lequel elle souffle de façon espiègle afin de voir s’échapper les aigrettes vers les hauteurs célestes. Toujours aussi enjouée et dynamique, elle entame une longue roulade sur la pente d’un versant et termine ses pirouettes sur un tapis de verdure agrémenté de boutons multicolores. Elle s’allonge dans le pré et s’extasie devant le coucher du soleil qui embrase la voûte de mille feux. Tandis qu’elle s’enthousiasme du spectacle flamboyant que la nature lui offre, le papillon ressurgit et se pose sur l’une de ses joues. Avertie, elle n’effectue aucun geste mais se contente de profiter du privilège extrême dont elle dispose. Puis il échappe à nouveau pour disparaître dans l’immensité du couchant.
Il se fait tard. Elle doit retrouver les siens. La journée a été merveilleuse. Elle respire profondément afin de mieux inscrire les impressions exquises des dernières heures en ses souvenirs.
Et si c’était cela le vrai bonheur ?
03 février 2009
L'homme pressé
Dans une chambre à la lumière tamisée, deux enfants s’ennuient visiblement, assis sur un tapis, près d’un grand lit en désordre. La fillette joue avec ses mains tandis que le garçon évade son regard sur le plafond.
Une voiture roule à vive allure dans la nuit. A son bord, une femme s’étire longuement, fatiguée mais amplement satisfaite de sa journée. Elle est jeune et belle, coquette et sereine. Elle passe un bras derrière le cou de l’homme qui est au volant tandis qu’il file allègrement dans les rues désertes d’une ville qui, dans son sommeil, brille de centaines de réverbères.
Par la fenêtre éclairée d’un appartement se distingue la silhouette des enfants. Le petit garçon observe son quartier qui s’étale endormi au pied de son immeuble. Des grandes bâtisses d’où surgissent de rares lueurs, des autos, des arbres et un panneau publicitaire lumineux.
L’automobile accélère. Elle est puissante et racée, elle peut allègrement supporter le rythme qu’on lui impose.
L’enfant regarde toujours à travers la vitre et s’impatiente ; sa sœur en fait de même. L’horizon est vide. Leurs visages reflètent l’inquiétude légitime des gamins à leur âge.
L’homme esquisse un sourire avant d’aborder un virage. Imperceptiblement distrait, trop rapide pour anticiper, il n’a pas le temps de réaliser qu’un véhicule stationné sur la chaussée s’offre en obstacle quand il le percute violemment. Le choc est monstrueux. Les tôles se froissent dans un tonnerre assourdissant, éclatent sous l’impact ; les vitres se brisent, éclatent en des milliers de particules. La voiture heurtée est projetée dans les airs tandis que celle de l’imprudent continue sa course en effectuant des culbutes dans un vacarme effroyable. Les passagers hurlent de douleur. Leurs cris sont insoutenables. Soudain la carcasse défoncée termine son carnage en échouant le long de la rambarde d’un pont. Un silence angoissant reprend ses droits. L’asphalte est jonché de débris qui se sont éparpillés au cours de l’accident. Dans un dernier souffle le véhicule pulvérisé effectue un léger recul en arrière tel un dernier râle avant d’expirer.
Le jeune garçon persévère à scruter le lointain. Il se fait tard et il a tellement peur sans eux.
Ils ne rentreront pas ce soir. Ils ne reviendront jamais. Mais il ne le sait pas encore.
Sur un boulevard, quelque part pas très loin de chez lui, dans la quiétude d’une fin de soirée, la vitesse, cette sensation qui nous grise parfois, lui a ôté ses parents.
Son père, si grand et fort, tellement beau et intelligent, avait oublié qu’un fils et sa sœur avaient besoin de lui vivant.
PEINE PERDUE
Des lumières de phares s’agitent dans la nuit, se croisent et se bousculent. Tu grimpes des escaliers et te glisses dans la foule. Tu avances dans ton errance tel un pantin asservi.
Ton visage est clos, tu ne vois pas les êtres qui déambulent autour de toi. Tes pas cadencent ton corps. Tu gagnes le quai, le train entre en gare quand tu aperçois son image.
Elle est livide et décoiffée ; la déprime ronge sa face, la peur cerne ses yeux. Dans le wagon tu évites les gens qui sont autant d’obstacles à vos retrouvailles. Un timide sourire pointe sur tes lèvres et illumine tes traits. Elle cherche ton profil par-dessus les épaules des voyageurs et fronce les sourcils car elle ne parvient pas à t’apercevoir.
Tu ne la vois plus. Tu fouilles du regard ces êtres qui s’entassent comme des sardines dans une boîte de conserve. Tu l’as perdue. Elle s’est échappée de ton espace, pourtant si près de toi, quelque part au milieu de ces personnages insipides, inodores et incolores. L’aurais-tu rêvée ?
Tu descends car tu étouffes dans cette indifférence. Si belle et tellement autrement…
Les passagers te bousculent sans même s’excuser mais tu n’y prêtes guère d’attention car ton esprit est ailleurs. Il vogue sur le souvenir de cette femme que tu as entrevue un soir de détresse, dans une gare de banlieue. Toute la peine du monde était gravée dans ses yeux, la tristesse blafarde de l’univers apposée tel un masque permanent sur sa mine. Par delà la solitude qui drapait ses courbes, tu as perçu les élans d’un cœur qui n’aspirait qu’à aimer. Et tu as senti ton âme se déchirer avec violence quand elle t’a criée de saisir sa main qui s’offrait telle une lumière nouvelle surgie pour enchanter tes lendemains.
Hélas tu n’as compris le sens de sa présence. Frêle et furtive silhouette elle s’est évaporée dans un nuage de créatures sombres et silencieuses qui s’engouffraient dans l’obscurité des rues sales et nauséabondes.
L’aube ne ramène plus le soleil en tes jours car elle était le coin de ciel bleu qui aurait pu illuminer tes heures. Tu erres sur les boulevards cherchant l’infime trace, arpentes les ruelles sinistres où se vautrent les existences sans éclat. Chaque nuit tu reviens supplier son retour en ces lieux chargés de tant de regrets mais tes prières sont vaines. C’est le noir qui gagne, maintenant et toujours, pour toi.
02 février 2009
JE VOULAIS TE DIRE...
Je suis entrée sur une envie, presque un déclic. Il fallait que je pénètre dans ce magasin. Cela m’arrive parfois d’entreprendre des actes contraires à ma nature, quand les aiguilles de l’horloge de mon équilibre intérieur se bloquent. Ou quand l’existence m’exile en des zones éclipsées, dérangeantes. Lorsque je ne sais plus quelle image est la mienne, à quoi ressemble mon cœur.
Je me souviens que je me couchais tard en laissant la fenêtre grande ouverte sur l’immensité céleste pour que mon corps s’assoupisse tandis que mes idées flirtaient avec les étoiles. Je sommeillais souvent le jour, les volets clos des bruits du monde.
J’écrivais quelques lignes, les pensées évadées. Quand la fatigue déroutait ma raison, je sortais flâner sur les sentiers qui ondulaient à travers les bois, juste pour me noyer dans ce vert dont je peins l’espoir, me saouler du vent qui caressait les feuilles avec grâce et harmonie. La campagne était paisible, j’admirais la silhouette ronde des vallons embaumant tant de senteurs flatteuses, la danse exquise des herbes qui se courbaient sous la brise.
Les joues rosies et la paix au creux des veines je rentrais pour réchauffer mon esprit avec un café dont l’arôme puissant m’enveloppait d’une sensation de bien-être ensorcelante. Et je songeais à toi si près de moi en cet instant bienheureux. J’étais déjà à toi par delà l’inconnu de nos destinées car j’étais convaincue qu’un sentiment qui vibre si fort d’un simple regard réserve bien plus quand se délivrent les voix, lorsque s’offrent les gestes, s’échappent les émotions.
Je vois ton cœur sur ton visage, dans ton corps, dans tes attitudes. Le temps se fige quand je te contemple. Mon cœur s’ouvre comme une fleur éclot dans la rosée du matin et explose dans la tiédeur des heures chaudes. La beauté de ton âme me déchire en douceur tel un lambeau de papier écorché qui plane voluptueusement dans les airs. Un chemin s’ouvre dans notre monde, une lumière suave éclaire nos pas sur une voie qui serait telle une passerelle que nous traverserons ensemble pour accéder au paradis.
Il fait si
soleil, si bleu. J’étais comme la Bête retenue par enchantement dans la laideur
d’une vie échappée et par la force de l’Amour tu m’as fait renaître à la vie.
19 janvier 2009
HEROS
Cécile et moi, ça fait plus de vingt ans qu’on est amies, vraiment amies. A l’école déjà, nous ne jouions que toutes les deux. De cette époque on a gardé le besoin incontournable de tout se confier. Entre nous c’est réellement franc, pas de manières, c’est notre devise. Depuis ce temps nous avons grandi – elle pas tellement, mais c’est pas grave ; moi beaucoup, hélas -, nos carrières professionnelles sont différentes, cependant nous avons conservé un maximum d’heures dans nos plannings personnels à nous consacrer mutuellement car c’en est devenu viscéral. Nos goûts étant semblables, cela facilite nos loisirs et entretient notre amitié. Tout est vraiment idyllique hormis un point : Robert.
Là où Céline passe son temps à voler d’amourettes en passions folles, de déprimes totales en extases complètes depuis sa plus tendre jeunesse, cela fait dix ans que je suis avec Robert. Sans cesse elle me répète que je suis idiote de vivre avec un type pareil. De fait Robert il est pas extra. Petit, il fait dix bons centimètres en moins que moi, tout maigre et pas franchement beau. Côté mental, c’est vrai qu’il a pas inventé la poudre à canon mais il tient la route raisonnablement. Jusqu’ici Céline, elle comprend pas mon choix mais elle résiste ; là où elle déraille c’est quand je lui avance que Robert c’est mon héros et que c’est pour ça que je ne le quitterai jamais. A chaque fois, à ces mots, elle disjoncte. Amoureuse temporairement, passe encore ; aveugle pour l’éternité, alors là non ! Elle qui court depuis tant d’années après un prix Nobel dans le corps d’Arnold Schwarzneger, elle saisit pas très bien comment mon Robert, tellement dissemblable de ses paramètres de l’homme idéal, il peut être mon héros. J’avais jamais pris le temps de lui expliquer. Hier je me suis lancée.
« - Si d’emblée l’homme de ta vie, il affiche toutes ses qualités, t’as plus rien à découvrir. Jamais d’étonnement, que la routine. Par contre, si par un miracle extraordinaire, de la Bête il se transforme en Prince Charmant, si un beau matin il est devenu preux chevalier ou Robin des Bois, là au moins tu touches au sensationnel. Un héros c’est quelqu’un d’ordinaire qui, d’un coup de baguette magique, devient Superman. En cela Robert il est mon héros. De Woody Woodpecker de la musculation il peut très bien un jour devenir Stallone. Par cette transformation il m’éblouira bien plus que si il était déjà Monsieur Univers avec le cerveau d’Einstein. Alors j’attends… »
J’ai bien vu que Céline, elle était pas franchement convaincue. Elle a pas osé rire, elle m’a simplement dit :
« - Tu peux attendre longtemps ma belle car s’il a pas une intelligence certaine, il possède une certaine intelligence, j’en suis sûre. Il entretient l’intrigue ; son histoire elle risque d’être plus longue que « Guerre et Paix », t’en as au moins encore pour cinquante ans. Il peut toujours te rassurer en t’affirmant qu’il chauffe les muscles mais arrivé à la retraite il t’avouera qu’il avait pas la constitution pour… »
J’étais déçue mais je n’ai rien répondu car, au fond, Robert, ce dont elle ne s’était jamais rendue compte, c’est que je l’aime avant tout pour ce qu’il est naturellement ; en fait, je l’aime vraiment et ça c’est bien plus éternel que toutes les apparences.
TALENT
Nous ne nous connaissions pas vraiment, en fait.
Nous nous étions rencontrés sur un banal trottoir, le matin, alors que chacun de nous enclenchait à sa manière son quotidien.
On effectuait quelques pas ensemble en échangeant de ces paroles chaudes comme un bon café, juste pour bien démarrer la journée.
Je ne savais presque rien de lui, ni d’où il venait, encore moins où il allait. Il aimait s’entourer d’une enveloppe de mystères ; il disait que ce sont les ultimes charmes dont dispose l’homme lorsque l’âge commet tant d’outrages.
Ce qui m’attirait en lui, c’était son regard, pétillant et franc ; sa voix, douce et mélodieuse ; son cœur, bon et sage. Il m’aimait bien, je pense. Entre nous, sans rien réellement dévoiler, s’étaient tissés des liens sincères.
Je l’admirais. Il s’en réjouissait. Qui était-il au plus profond de lui-même ? Que devenait-il après moi ? Etait-il en état d’errance ou dans l’attente de réaliser d’autres envies ?
J’avais deviné dans ses murmures que son passé avait été chargé de passions. Des phases qu’il avait traversées au gré de ses désirs, mais surtout suivant ses aptitudes. Car il faut avoir du talent pour la carrière à laquelle on se destine et savoir abandonner lorsque les résultats ne sont plus ceux escomptés. Avoir l’art de sa profession ou la quitter, répétait-il. L’ambition ne suffit pas, il faut aussi le don. Comme en amour, lorsque l’on ne ressent plus les capacités d’aimer l’être avec lequel on vit, partir, seulement.
Il était arrivé ici, quelque peu désabusé. Je crois qu’il était surtout convaincu de ne plus posséder aucun talent, même celui de vivre.
Il a choisi l’irréversible issue pour laquelle il optait en pareille situation.
Un jour, je ne l’ai plus vu. Rien ne serait plus comme avant ; c’était de ma faute car, moi, je n’avais pas eu le talent de le persuader combien il était important à mes yeux.
Je n’ai appris que plus tard où était sa tombe ; désormais, c’est là que nous nous retrouvons.
CERTITUDE
Je pense toujours à toi. Depuis toutes ces années que nous sommes ensemble, je n'ai jamais osé te demander s'il en était de même pour toi. Aujourd'hui j'ai essayé de connaître le sens de tes pensées. Pour seule réponse tu as baissé les yeux et tu m'as souri. Je tenais tellement à cette certitude, somme toute ridicule, que, pour la première fois depuis notre union, j'ai fouillé ton portefeuille.
Aucun cliché de moi, seulement ce qui me semble la meilleure des preuves d'amour, un petit mot sur lequel tu avais noté :
" Je n'ai aucune photo de toi car ton image est gravée en moi pour l'éternité et me suit où que je sois. Rassure-toi je t'aime ".
Tu tiens à moi encore plus que je ne l'espérais car tu as été capable de prévoir un acte de ma part que je ne soupçonnais même pas.














