19 décembre 2008
LE ZIMBABWE AGONISE
Tenu pour responsable de l’effondrement économique du Zimbabwe, frappé par l’hyperinflation, un taux de chômage record (80% de la population), des pénuries alimentaires et une épidémie meurtrière de choléra, le président zimbabwéen, Robert Mugabe, nargue le monde en prétendant qu’aucun pays d’Afrique n’aura le courage de le renverser en recourant à la force militaire. Il a même surenchérit en affirmant : « Le Zimbabwe m’appartient. Jamais, au grand jamais je ne vendrai mon pays. Jamais, jamais, je ne me rendrai jamais. Vous ne m’intimiderez pas. »
Ses propos viennent en réponse à la pression des grandes capitales étrangères qui sont de plus en plus nombreuses à souhaiter la démission de ce tyran. Toutefois il est vrai que la plupart des Etats voisins, même s’ils déplorent la situation catastrophique dans laquelle Mugabe a plongé son pays, rejettent l’idée d’une intervention militaire car Mugabe, à 84 ans, demeure toujours un héros de la décolonisation.
Réélu en Juin 2008 lors d’un scrutin entaché de violences et où il était l’unique candidat, le parti de Mugabe ne détient pourtant plus la majorité parlementaire et, selon la logique de circonstance, un gouvernement d’union devrait se former sous la responsabilité du nouveau leader, Morgan Tsvangirai. Ce dernier lors d’une conférence de presse à Gaborone (Botswana) a menacé de refuser de reprendre les négociations si les 42 membres de son parti disparus depuis le 15 Septembre ne sont pas relâchés. Il a également exclu toute négociation sans la médiation de la présidence sud-africaine de la Communauté de développement d’Afrique australe.
Pendant ce temps l’épidémie de choléra s’étend sans répit faisant 1123 morts depuis Août et près de 21000 victimes selon le dernier bilan présenté par le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Aujourd’hui, 9 des 10 provinces et 48 des 62 districts du pays sont touchés par l’épidémie qui pourrait continuer à se propager avec l’arrivée de la saison des pluies. Ce sont 60 000 personnes qui sont d’ores et déjà exposées selon l’OMS et l’UNICEF. Les épidémiologistes n’excluent pas une extension aux pays voisins (des cas ont été recensés en Afrique du Sud – 859 dont 11 morts – ainsi qu’au Botswana, au Mozambique et en Zambie. De surcroît le Zimbabwe est désormais confronté à la maladie du charbon (anthrax) et 200 cas dont 8 décès ont été recensés.
Devant
l’aggravation de la situation (famine et épidémies), l’organisation humanitaire
OXFAM (ONG basée à Londres) a lancé, Jeudi 18 Décembre, un appel aux dons pour
un montant de 4.25 millions d’euros et prévoit que, compte tenu de la situation
actuelle, la crise devrait s’aggraver en 2009 et ce serait entre 5 et 6
millions de zimbabwéens qui dépendraient entièrement de l’aide humanitaire. Les
Nations Unies avait, par ailleurs, lancé un appel pour réunir 550 millions de
dollars (environ 437 millions d’euros) pour financer diverses opérations
humanitaires. Selon Oxfam, la crise est tellement grave que seuls 10% des
fermiers disposent de semences pour leurs futures récoltes.
Par ailleurs, la banque centrale du Zimbabwe vient de mettre en circulation des billets de 10 milliards de dollars zimbabwéens qui s’échangent contre des billets de 20 dollars américains au marché noir. Les autorités ont relevé le plafond des retraits autorisés et l’ont passé à dix milliards de dollars zimbabwéens par mois. Du fait de l’hyperinflation, les prix à la consommation doublent pratiquement tous les jours.
Face à ce drame, il est vraiment temps que les puissances internationales, notamment l’Afrique du Sud, prennent leurs responsabilités et contraignent Mugabe à quitter le pouvoir sinon c’est à la mort en direct d’un pays tout entier à laquelle le monde va assister sous ses yeux !
17 décembre 2008
JE FAIS UN REVE POUR L'AFRIQUE
MON PLUS BEAU REVE D'AFRIQUE
Il y a quarante cinq ans, devant des milliers de personnes, un homme Noir énonçait son Rêve pour des millions d’Afro-Américains. Il y a quarante cinq ans le Pasteur Martin Luther King Jr offrait à l’humanité l’un de ses plus beaux espoirs. Aujourd’hui, c’est à ma seule feuille blanche que j’avoue mon Rêve pour l’Afrique et à tous ceux qui désireront lire ces quelques lignes chargées d’espérance pour un continent en souffrance.
Je fais le rêve d’une Afrique avec des grands et somptueux paysages naturels, exotiques et synonymes d’aventures. Ce paradis perdu des histoires d’animaux qui peuplent la mémoire de la nostalgique enfance.
Je fais le rêve d’une Afrique opulente, bénéficiant d’une eau potable à volonté, d’un système d’éducation compétitif, d’alimentation suffisante pour ses populations, d’électricité, de soins de santé de qualité, de technologies et de connaissance de soi, d’une Afrique qui apporte sa pierre à l’édification d’un monde plus fraternel.
Je fais le rêve d’une Afrique réconciliée avec elle-même, qui en finit avec les clichés allant de la naïveté enfantine à l’aliénation mentale, d’une Afrique perçue telle une Grande Dame mature qui enfante des petits respectés sur toute la surface de la terre.
Je fais le rêve d’une Afrique qui remet son histoire à l’endroit, démontre de façon cinglante aux penseurs racistes de Hegel à Sarkozy qu’ils ont eu tord de caractériser l’Afrique comme un être borné qui aurait échappé « à l’angoisse de l’histoire qui tiraille l’homme moderne » et qui fait retrouver à la jeunesse africaine et au Monde Noir la joie de vivre, les raisons de nourrir l’ambition d’un amour toujours plus altruiste pour la grandeur de la terre des Ancêtres en dressant sur la route du mondialisme sa culture plusieurs fois millénaire, son antique civilisation restaurée qui grandit les êtres dans le respect de la vie et de la liberté.
Je fais le rêve d’une Afrique belle dans sa grande ferveur spirituelle, vivante, populaire et collective.
Je fais le rêve d’une Afrique dont le discours sur le continent noir cesse d’être afro-pessimiste en n’alimentant plus l’incertitude, l’apathie et l’insécurité mais révélant ses réussites, surtout humaines.
Je fais le
rêve d’une Afrique qui a quitté les carrefours crasseux de la mendicité
internationale puant le mépris et la supériorité des donateurs, qui n’est plus
à la fois la corne d’abondance qui rend possible le progrès technologique de
l’économie mondiale et le symbole illusoire de tous les maux de l’humanité.
Je fais le rêve d’une Afrique qui a guéri toutes ses plaies, a arrêté le « nettoyage ethnique » au Darfour, réconcilié les parties belligérantes en Côte d’Ivoire et au Tchad, éradiqué la famine en Ethiopie, mis fin aux violences sexuelles dans l’Est du Congo et enraillé l’hécatombe causé par le VIH/SIDA en Afrique australe.
Je fais le rêve d’une Afrique véhiculant une image positive gommant les clichés de vie individuelle précaire où les droits de l’homme sont fragilisés, offrant de vraies opportunités de s’instruire, se former, effaçant dans l’opinion collective les pensées la désignant comme un continent où les rapports humains sont infestés par la violence, un manque d’unité, de coopération entre tous.
Je fais le rêve d’une Afrique rassemblée et réalisée en une solide fédération à la puissance politique, économique et culturelle vigoureusement établie et qui a cessé d’assister impuissante aux transferts de ses richesses et fini de n’être qu’une masse d’ouvriers non qualifiés manipulables et éjectables par des capitalistes toujours plus insolents et prédateurs.
Je fais le rêve d’une Afrique où les dirigeants seront éclairés et volontaires, posséderont le sens du devoir et du sacrifice utile, seront insensibles au charme corrupteur des pétrodollars, ne refléteront plus que la Paix et la justice sociale à travers un continent où la corruption et l’immoralité ne seront plus érigées en valeur de référence.
Je fais le rêve d’une Afrique qui sera une terre où l’intellect et la rentabilité financière ne prendront plus le pas sur le cœur et l’épanouissement.
Je fais le rêve d’une Afrique où les intellectuels ne se nourriront plus uniquement d’une pensée venue d’ailleurs pour les berner mais oseront remettre en question les théories étrangères menteuses pour élaborer leurs propres points de vue en faisant la somme de leurs intelligences et leurs volontés complémentaires.
Je fais le rêve d’une Afrique où les intellectuels avec les hommes et femmes d’action auront brisé à jamais les ailes d’une démocratie maquillée dirigée par des présidents à vie incompétents et inconscients.
Un rêve est souvent une utopie, un idéal que l’on souhaite ardemment réaliser et le vendre au reste du monde comme une évidence. C’est cet éclat de l’esprit qui permet de croire, d’espérer et d’avancer. En Afrique, plus qu’ailleurs les gens ont besoin de rêver et, avec eux, je veux me persuader que, comme ce petit homme Noir que j’admire tant, le rêve que je fais aujourd’hui, un jour sera réalité.
MA MERVEILLEUSE BELLE-MAMAN DONT J'AI SI LONGTEMPS REVEE
16 décembre 2008
CONSEQUENCES DU CHANGEMENT CLIMATIQUE SUR L'AFRIQUE
Le changement climatique affecte l’ensemble de la planète. Si certains pays vont payer un lourd tribut à leur cupidité. Malheureusement tout le monde devra supporter les conséquences de ces inconsciences et mettre la main au portefeuille pour régler cette note salée. D’emblée, bien évidemment, on se doute que ce sont les plus démunis, l’Afrique en tête, qui souffriront le plus de ces comportements irresponsables. Le paradoxe dans cette autre tragédie est que le continent africain est celui qui contribue le moins aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Pourtant c’est probablement celui qui est le plus vulnérable aux conséquences des transformations du climat. Un Africain, en moyenne, génère 13 fois moins de GES qu’un Nord-Américain et le continent est responsable de moins de 4% des émissions de GES produites dans le monde entier. L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, ce sont environ 50 millions de personnes qui seraient contraintes à devenir des «déplacées climatiques».
Le Groupe
intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la
vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des
régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de
gaz à effet de serre qui provoquera des pénuries d’eau des plus sévères,
menaçant entre 400 millions et 1.8 milliards de personnes en Afrique. Entre 80
et 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux
famines d’ici à 2080. A l’échéance de 2050, ce sont 80 millions de personnes
additionnelles qui seront victimes du paludisme dans des régions aujourd’hui
exemptes de ce fléau (Zimbabwe, Ethiopie, Kenya, Rwanda et Burundi) car elles
se transformeront en des espaces propices aux moustiques vecteurs de la
maladie. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions
montagneuses de l’Angola et de la Somalie.
Les tendances actuelles suggèrent que de vastes régions africaines, notamment le Sahel et une partie de l’Afrique australe, pourraient subir un réchauffement de l’ordre de 3 à 6° Celsius d’ici à 2100. Les régimes pluviométriques seront touchés de plein fouet et pourraient accuser une baisse de plus de 20% par rapport au niveau de 1990. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique d’ici à 2020, menacées de pénuries d’eau de plus en plus prononcées ; celle de 2°C touchera entre 350 et 600 millions de personnes aux alentours de années 2050 et il est prédit que d’ici 2080, 1.8 milliards seront victimes d’une hausse de température de 3°C. Une augmentation constante de la température au-delà de 1°C suffira à modifier considérablement les étendues de savanes, brousses, forêts (déjà mises à mal par la pression démographique et la déforestation) ou le comportement migratoire des espèces (oiseaux, poissons…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) cite souvent l’exemple du Lac Tchad pour illustrer la diminution des précipitations au Sahel. Les images satellite montrent qu’au cours des 35 dernières années, le lac a rétréci pour atteindre un dixième de sa taille initiale et ce en raison des sécheresses persistantes ainsi qu’à cause d’une irrigation agricole plus intensive. Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seront pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5200 espèces végétales du continent prévoit que dans le cadre naturel d’environ 5000 d’entre elles aura largement disparu et que 2100 seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie : les 2/3 des espèces animales du parc Kruger d’Afrique du Sud sont menacées d’extinction.
Les précipitations seront encore plus abondantes là où il pleut déjà beaucoup et se feront encore plus rares dans les régions sèches. Plus de 95% de l’agriculture africaine est une agriculture sous pluie. La production agricole sera fortement compromise par le changement et la variabilité climatiques : les superficies des terres arables, la durée des saisons de culture et le rendement par hectare sont susceptibles de baisser, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition. Il est prévu que les récoltes diminuent de 50% d’ici à 2020 dans certains pays et les revenus nets générés par celles-ci de pas moins de 90% d’ici à 2100. Dès à présent, en Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie de changements climatiques soudains avec des conséquences assez graves. Au Ghana, par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et coton). Au Kenya, dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur 2 saisons pluvieuses et 2 récoltes de céréales jusque dans le milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production et même parfois très courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana subissent de plein fouet le changement climatique car la raréfaction des pâturages verdoyants a entraîné la mort d’une part importante de leur bétail.
Par ailleurs, les experts annoncent une détérioration de plusieurs zones côtières d’Afrique, consécutive à l’élévation du niveau de la mer d’environ 25 cm d’ici à 2050 et 50 cm aux alentours de 2100. Des calculs ont déjà permis de chiffrer l’érosion dans certains secteurs entre 23 et 30 mètres par an. Il pourrait en être de même sur tout le littoral ouest et centre (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon et Angola). Des experts américains alertent déjà les autorités des villes comme Banjul, Abidjan, Lagos, Tabaou, toutes situées en bord de mer et jugées particulièrement vulnérables aux inondations. Plus de 25% de la population africaine vit à moins de 100 km du littoral et les projections montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations côtières risque de passer de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080. La côte ouest, érodée, est particulièrement exposée aux raz de marée ainsi qu’à de violentes tempêtes. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir de cette montée du niveau de la mer.
Les effets du changement climatique (réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, incidence accrue des inondations et de la sécheresse, propagation des maladies et augmentation des conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau) sont d’ores et déjà évidents en Afrique.
Une réaction urgente est nécessaire. Les efforts doivent désormais porter en priorité sur l’intégration de l’adaptation dans la planification nationales et la mobilisation du soutien en faveur de la gestion du risque climatique en Afrique. Le continent doit également contribuer aux précautions en matière d’atténuation et promouvoir le développement d’énergies propres.
L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est donc mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde grâce, notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17% des forêts de la planète et 25% des forêts tropicales qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1.5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes. Toutefois, d’après le NEPAD, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable ainsi qu’à cause des méthodes de défrichage par brûlis. Bien que les gouvernements aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.
Les pays africains devront mettre en œuvre des stratégies leur permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique. Ils doivent intégrer ces stratégies dans leurs politiques de développement et dans les décisions prises en termes d’investissements publics. Un soutien de grande envergure sera nécessaire de la part de la communauté internationale afin de renforcer les capacités technologiques et institutionnelles de l’Afrique, de lui permettre de générer des informations climatiques fiables et de garantir les financements indispensables pour que le continent africain puisse relever ce défi complexe et coûteux. Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté… La pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la dégradation de l’environnement et de l’épuisement des ressources.
Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires. Le Président ougandais Mr Yoweri Museveni a d’ailleurs déjà qualifié ces altérations « d’agression » commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement, commentaire qui illustre bien le lien existant entre l’environnement et la sérénité mondiale.
Les changements climatiques et leurs dangereuses répercussions sont étroitement liés aux questions de développement, de prospérité économique et sociale, à la diminution des disparités entre les pays en matière de croissance, de garantie à la sécurité alimentaire et énergétique ; il est donc, une nouvelle fois, essentiel de promouvoir la solidarité internationale.
15 décembre 2008
LES BESOINS DE DEVELOPPEMENT DE L'AFRIQUE
Le 22 Septembre 2008, à New York, s’est tenue une réunion de haut niveau convoquée par le Secrétaire général des Nations Unies, Mr BAN KI-MOON avant le débat de la 63° session de l’Assemblée générale de l’ONU sur le thème « Les besoins de développement de l’Afrique : état de la mise en œuvre des différents engagements, défis et perspectives ».
Lors de la séance plénière du 04 Mars 2008, le Secrétaire général avait été chargé de préparer un rapport d’ensemble sur le thème de la réunion du 22 Septembre 2008.
Dans un premier temps, il est donc utile de décortiquer les conclusions du rapport de Mr BAN KI-MOON puis, dans un second, analyser les décisions prises lors de la réunion du 22 Septembre compte tenu de cette étude.
LE RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL
Dans son rapport présenté le 15 Juillet 2008, le Secrétaire général cherche à dégager :
- Les besoins et défis
- Les plans d’actions et résultats des Etats africains et des institutions africaines
- Les engagements et résultats de la communauté internationale
- La coopération Sud-Sud
Il est tout d’abord précisé que l’Afrique est l’objet de la majorité des résolutions du Conseil de Sécurité et qu’elle s’inscrit sur la liste des priorités actuelles des organismes de développement et d’aide humanitaire (ONU, Banque mondiale, FMI, OCDE…).
L’Afrique attire d’autant plus l’attention qu’elle semble mal engagée pour réaliser les Objectifs du Millénaire (OMD) car il est évident que des pays instables ou sortant à peine d’un conflit peinent à mettre en œuvre une dynamique apte à réduire la pauvreté et élever le niveau de vie. Toutefois les réussites de certains pays sur quelques objectifs prouvent qu’une bonne gouvernance alliée à des soutiens techniques et financiers conséquents de la communauté internationale peuvent engendrer des progrès rapides.
Le XXI° siècle devrait être celui de l’Afrique c’est pourquoi il est essentiel d’établir l’inventaire des besoins de développement du continent et de s’assurer que les pays africains sont accompagnés dans leurs efforts par des engagements concrets de la communauté internationale.
Un premier constat révèle que l’Afrique dispose de nombreux atouts : capital humain (920 millions d’habitants dont 60% de moins de 25 ans), abondantes ressources naturelles, diversité des paysages, richesse culturelle et trésors archéologiques. Ces dernières années plusieurs conflits ont pris fin et il y a une reprise de la croissance économique dans de nombreux pays (en 2007 le taux de croissance moyen réel était de 5.8%). Globalement le taux d’inflation est faible (hormis des exceptions comme le Zimbabwe), les soldes budgétaires solides et des réserves s’accumulent. Les allégements de la dette extérieure ont permis de réduire le surendettement ainsi que les problèmes de liquidités et fourni une marge de manœuvre pour augmenter les dépenses sociales.
Néanmoins le vaste potentiel demeure largement inexploité et l’Afrique renferme les régions les plus pauvres de la planète : 2/5 de la population vivent avec moins de 1 dollar par jour. En dépit des bons résultats économiques, aucun pays africain n’est apte à réduire la pauvreté. Alors que le continent africain représente 14% de la population mondiale, sa part n’est que de 1% du PIB et 2% du volume des échanges mondiaux mais il détient 75% des séropositifs et sidéens et 90% des décès par paludisme.
L’Afrique est confrontée à un quadruple défi : la crise alimentaire mondiale, le bouleversement climatique, la flambée du prix de l’énergie et la persistance de l’extrême pauvreté. Les conflits violents entraînent des pertes humaines, des destructions matérielles, des détournements de biens économiques, des gaspillages de ressources naturelles et la sous performance de l’investissement étranger direct. C’est une entrave majeure au développement socioéconomique du continent.
Par ailleurs des enquêtent révèlent que certaines gouvernances sont préjudiciables à la croissance économique et à la stabilité politique (culte de la personnalité, concentration excessive des pouvoirs et corruption institutionnalisée).
En Juillet 2001, la 37° Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres de l’Organisation de l’Unité Africaine a adopté officiellement le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), centré sur l’initiative africaine avec une vision et une volonté communes pour vaincre la pauvreté et s’engager individuellement ou collectivement dans la voie de la croissance et du développement durables. Le NEPAD cherche à promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités et s’emploie à créer les conditions favorables au développement durable via la paix et la sécurité, la démocratie et la gouvernance, les réformes de fond, l’investissement dans les secteurs prioritaires et la mobilisation des ressources pour la mise en œuvre. Le NEPAD s’est fixé 4 objectifs : éliminer la pauvreté de l’Afrique, promouvoir le rôle des femmes dans toutes les activités, parvenir à un taux de croissance annuel du PIB supérieur à 7% et ce durant plus de 15 ans, s’assurer que le continent atteint les OMD.
Pour lutter
contre la pauvreté, adoption en 2004 de la Déclaration et du Plan d’action de
Ouagadougou qui contient 23 engagements.
Les engagements en faveur de la promotion du rôle des femmes ont été exprimés à travers divers actes constitutifs, protocoles et déclarations. Toutefois le Protocole de 2003 n’a été ratifié à ce jour que par 25 pays sur 53 et il devient urgent que les Etats africains réduisent rapidement les inégalités entre les sexes. La part des sièges parlementaires occupés par des femmes a sensiblement augmenté avec 17% en 2007 contre 7% en 1990, mais le pourcentage des femmes occupant des emplois autres qu’agricoles a peu évolué (de 28% en 1990 à 32% en 2005).
Si depuis 4 ans le PIB de l’Afrique avoisine les 5%, il est encore loin des 7% jugés nécessaires. L’extrême pauvreté régresse (41.1% contre 45.5% de la population en 1993) mais cela demeure insuffisant pour atteindre les OMD.
Globalement les progrès vers la réalisation des OMD sont d’une lenteur alarmante. Des grandes priorités et des actions concrètes sont régulièrement définies en ce qui concerne l’agriculture, les infrastructures, la bonne gouvernance, l’investissement, la santé et l’éducation mais peu suivies réellement, faute de moyens financiers et techniques.
En matière d’agriculture seulement une petite dizaine de pays parviennent à réaliser les objectifs.
La mise en œuvre des principaux engagements relatifs aux infrastructures est également inégale. Si la coordination s’est améliorée dans les transports routiers, des problèmes subsistent pour la transformation énergétique, les grands ouvrages hydroélectriques et les réseaux de transmission ainsi que dans la maintenance des ouvrages existants.
Pour ce qui est de la bonne gouvernance, des engagements de l’Union Africaine ont été énoncés à plusieurs reprises notamment dans le Mécanisme d’évaluation intra-africaine, instrument d’auto-surveillance ; hélas seulement 29 pays ont adhéré à ce dispositif, 14 ont établi des structures nationales et 7 ont fait l’objet d’une évaluation intra-africaine. Il semblerait que certains pays africains n’aient pas la volonté politique d’adhérer à ce Mécanisme.
L’investissement privé est primordial pour la croissance et le développement durables. Par le biais de divers travaux et réformes, le continent est parvenu à augmenter les investissements étrangers de façon modeste mais significative (de 0.1% du PIB en 1980 à 2.4% en 2006).
Toujours via diverses déclarations les pays africains se sont engagés à réserver 15% de leurs budgets nationaux pour le secteur de la santé. A ce jour seulement 6 ont tenu leur promesse. Toutefois en ce qui concerne la lutte contre le VIH/SIDA, la plupart des pays ont entrepris des réalisations concrètes. Malgré tout il est estimé entre 21 et 24 millions de cas en Afrique et ce nombre augmente de 1.7 million par an. L’Afrique australe compte 65% du nombre total de cas de VIH/SIDA dans le monde. Pour ce qui est de la tuberculose, seuls 18 pays ont saisi l’urgence nationale et lancer des plans spéciaux. Les politiques régionales de lutte contre le paludisme ont toutefois été lentes à se mettre en place. Le taux de mortalité infantile a certes diminué (185 pour 1000 en 1990 et 166 pour 1000 en 2005) mais est encore très éloigné des 60 pour 1000 à atteindre pour 2015. Par ailleurs, un chiffre inquiétant a été relevé pour l’Afrique subsaharienne où 1 femme sur 16 risque de décéder de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement contre 1 sur 3800 dans le monde occidental et ce à cause d’un manque d’encadrement médicalisé.
L’éducation, une autre grande priorité, fait l’objet de 2 plans. Néanmoins, si le taux de scolarisation dans le primaire est passé de 57% en 1999 à 70% en 2005 grâce à d’excellentes mesures (gratuité, programme d’alimentation scolaire), il reste que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
En matière
d’environnement le constat est alarmant : seulement 42% des habitants en
zones rurales ont accès à l’eau potable ; 63% des Africains ne disposent
pas d’installations sanitaires élémentaires et 62% des citadins vivent dans des
taudis ce qui est un taux record.
Même si les dirigeants africains ont déclaré que le développement de l’Afrique incombe avant tout aux Africains, il est bien évident qu’ils ont besoin du soutien et de l’aide financière de la communauté internationale.
En tout premier lieu, l’ONU qui contribue par des analyses et études théoriques mais également par des financements et appuis, des assistances techniques, le renforcement des capacités institutionnelles, des activités de sensibilisation et des secours humanitaires. L’ONU porte son appui au NEPAD et se concentre sur les OMD, motive la communauté internationale sur les besoins de développement de l’Afrique. L’ONU constate que si les pays africains sont aptes à mettre en œuvre leurs propres stratégies, seule l’aide demeure déficiente. Le défi consiste donc désormais à assurer le suivi et la cohérence entre les diverses initiatives.
De nombreuses promesses, à de multiples reprises, ont été faites par les Etats membres des Nations Unies à l’Afrique afin qu’elle parvienne à réaliser ses OMD.
En premier lieu il est indispensable de notifier que le système d’aide évolue : appropriation nationale plus solide, mise à contribution accrue des capacités nationales, recours plus général au soutien budgétaire, influence considérable des acteurs non étatiques. Si le Consensus de Monterrey en 2002 et la Déclaration de Rome en 2003 facilitent les actions à tous les niveaux, il importe désormais d’analyser le financement du développement, le volume et la qualité de l’aide.
Pour ce qui est du financement, des progrès notables ont été faits afin d’alléger la dette publique de l’Afrique auprès des Etats et institutions multilatérales (de 205.7 milliards de dollars elle a chuté à 144.5 milliards de dollars en 2007). Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), l’aide à l’Afrique a représenté environ 41% du volume total des aides en 2006 avec un montant record de 43.4 milliards de dollars. Toutefois les donateurs prennent du retard sur leurs engagements. De plus, initialement fixée à 0.7% du RNB des pays donateurs, le volume de l’aide a été porté à 0.56% du RNB jusqu’en 2015. Même si globalement l’Union Européenne tient ses promesses en matière d’Aide Publique au Développement (APD), régulièrement les programmes d’actions sont établis puis révisés. Malgré tout en 2006 62% de ses aides bilatérales sont allées à l’Afrique contre 51% en 2005. On note toutefois quelques retards dans la mise en œuvre des engagements historiques figurant dans les Déclarations de Rome et de Paris sur la qualité, l’efficacité et la coordination de l’aide.
Malheureusement les choses n’ont guère avancé dans d’autres domaines mobilisant des ressources financières des ONG nationales et des acteurs internationaux, promotion du commerce international comme moteur de développement, renforcement de la coopération financière et technique internationale et règlement des problèmes systématiques.
D’autre part les envois de fonds des travailleurs expatriés deviennent une source de financement de plus en plus importante pour les pays pauvres très endettés (22 milliards de dollars en 2006 soit environ la moitié d l’APD). Bien qu’importants ils ne contribuent pas à l’investissement public requis pour atteindre les OMD.
Par ailleurs si la dette publique a été allégée, celle contractée par les pays africains auprès des banques et autres créanciers privés est passée de 92.4 milliards de dollars en 1999 à 110.2 milliards de dollars en 2007.
Les 151 Etats membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) se sont engagés à s’orienter vers le système commercial multilatéral universel, fondé sur des règles, ouvert, non discriminatoire et équitable prévu dans l’OMD8. Hélas, il s’avère que souvent les systèmes économiques de l’Afrique n’étaient pas concurrentiels car les difficultés tenant à la géographie aggravées par des infrastructures disséminées, des institutions inefficaces, des réglementations pesantes, des chaînes d’approvisionnement aléatoires et un secteur tertiaire peu développé rendent plus difficile d’exporter sur les marchés mondiaux dans des conditions fiables, efficaces et compétitives.
Pour tenter de parer à ces carences, selon l’OCDE, les pays du G8 ont dépensé 1.13 milliards de dollars en 2005 au titre de l’Initiative d’aide au commerce dont 845 millions de dollars pour les infrastructures (soit 39% d’augmentation par rapport à 2004). Cependant c’est loin d’être suffisant car l’Afrique a, en définitive, besoin de 52.2 milliards de dollars d’investissements publics et privés par an afin d’éradiquer ses problèmes de sous-équipement.
Au sein de la coopération Sud-Sud, il est notable de constater que la croissance des échanges entre les pays en développement et les pays à revenu intermédiaire a été plus rapide que celles des échanges mondiaux. Par exemple, le volume des exportations africaines vers la Chine a plus que quadruplé entre 2000 et 2005 pour atteindre 19.5 milliards de dollars. L’investissement étranger direct des pays du Sud (notamment de Chine et d’Inde) a augmenté de 17% en 2005. En 2006, au Forum de la coopération Chine-Afrique, la Chine s’est engagée à accorder dans les 3 prochaines années des prêts à conditions préférentielles pour un montant de 3 milliards de dollars et des crédits acheteurs à l’exportation de 2 milliards de dollars. Cette puissance est devenue l’un des principaux partenaires commerciaux et économiques de l’Afrique (56 milliards de dollars d’échanges en 2006 contre 11 milliards de dollars en 2000 puis 73.3 milliards de dollars en 2007 avec un objectif de 100 milliards de dollars en 2010).
L’Inde a indiqué pour sa part qu’elle ouvrait une ligne de crédit de 5.4 milliards de dollars sur les 5 prochaines années et versait 500 millions de dollars d’APD. Le volume des échanges Brésil-Afrique est passé quant à lui de 5 milliards de dollars en 2002 à 19.9 milliards de dollars en 2007.
En conclusion de son rapport, le Secrétaire général des Nations Unies note que les progrès de l’Afrique en vue de la réalisation des OMD sont insuffisants et conseille des mesures supplémentaires pour traduire en actes les engagements africains et internationaux.
Tout d’abord il préconise que les Etats africains effectuent un renforcement des mécanismes favorables à la participation, l’intégration et l’investissement de tous les segments de la société. D’autre part, compte tenu de l’importance de l’agriculture pour le développement du continent et de la crise alimentaire actuelle, les pays devraient s’employer à consacrer 10% des dépenses publiques à l’agriculture et développement rural. Les pays africains doivent prendre des mesures supplémentaires pour améliorer leur gouvernance économique et politique. Par ailleurs il est indispensable qu’ils intègrent la question du climat dans leur planification et leur gestion économique.
La communauté internationale doit impérativement revoir ses financements extérieurs à la hausse car l’agriculture a besoin de 8 milliards de dollars par an (contre 1 à 2 actuellement), l’éducation nécessite 8.3 milliards de dollars par an, la santé entre 25 et 30 milliards annuels et pour remédier aux insuffisances des infrastructures 52.2 milliards de dollars.
Etant donné ces besoins estimés à 72 milliards de dollars annuels, il est essentiel que les partenaires du développement honorent leurs engagements en matière d’APD.
REUNION DE HAUT NIVEAU DU 22 SEPTEMBRE 2008
Le 22 Septembre 2008 lors de la Réunion de haut niveau, les Etats membres réaffirment l’urgence de passer des paroles aux actes en revitalisant le financement de l’aide, de pallier l’absence de capacités institutionnelles suffisantes pour mettre en œuvre des politiques rigoureuses, de mettre fin aux conflits armés récurrents et de limiter les effets conjugués des changements climatiques et de la crise alimentaire sur le développement économique et humain du continent.
Les Etats soulignent que tout développement durable doit obligatoirement passer au préalable par une bonne gouvernance à tous les niveaux pour assurer une croissance économique soutenue et lutter efficacement contre les grandes pandémies ainsi que pour éliminer la pauvreté.
Dans un premier temps lorsque les représentants des divers pays présents se sont exprimés, ce sont les éternels mêmes constats et évidences qui ont été énoncés :
- Sortir l’Afrique de la famine et de l’extrême pauvreté
- L’importance d’assurer le transfert des technologies nécessaires, cruciales pour lutter contre les conséquences des changements climatiques qui pourraient menacer la croissance économique, la paix et la sécurité du continent africain.
- L’obligation morale et juridique des pays développés d’honorer leurs engagements encore plus pressante car l’écart entre ce qui est promis et ce qui est réellement fait est croissant.
- La lutte contre les maladies infectieuses
- L’accès à l’eau potable
- 72 milliards de dollars annuels nécessaires pour réaliser les OMD d’ici à 2015
- Eradiquer le problème de la violence à l’égard des femmes
- Les souffrances des innocents au Darfour et en Somalie
- La nécessité d’une révolution doublement verte pour accroître les rendements tout en préservant l’environnement.
- L’impératif de bâtir un système fiscal efficace et juste en Afrique afin de contrecarrer l’évasion des capitaux qui coûte chaque année quelque 500 milliards de dollars au pays en développement soit 5 fois l’APD.
- L’augmentation alarmante des prix des denrées alimentaires.
En dernier lieu, Mr JEAN PING, Président de la Commission de l’Union Africaine, a suggéré d’éviter de réitérer de nouveau des engagements pris depuis des décennies en faveur du continent africain, arguant que les besoins de développement de l’Afrique étaient « connus et reconnus ». Il a affirmé : « Aujourd’hui nous convenons à l’unissons que l’heure est à la mise en œuvre ».
Quatre tables rondes ont été constituées afin de se pencher plus précisément sur un problème particulier.
La 1° table ronde a souligné l’importance des priorités définies par le NEPAD ainsi que la nécessité de respecter les engagements pris, surtout en ce qui concerne le financement du développement. Pour ce, il y a urgence d’intégrer davantage l’Afrique dans l’économie mondiale car elle est confrontée aux mêmes changements climatiques, crises énergétiques et financières. Le groupe suggère également l’obligation de trouver des sources novatrices de financement.
Toutefois Mr DIDJOB DIVUNGI DI NDINGE, Vice-Président du Gabon, a rappelé que le NEPAD avait identifié les volontés africaines et que désormais il faudrait établir un agenda réaliste pour financer le NEPAD. Mr YOWERI KAGUTA MUSEVENI, Président de l’Ouganda, a estimé qu’il faudrait éviter les termes trop vagues et œuvrer plutôt en faveur de mesures et actions concrètes.
La 2nde table ronde planchait sur les questions du partenariat au développement, de l’efficacité de l’aide, du rôle du secteur privé, sur les OMD, l’importance de l’éducation et de la gouvernance.
Mr PAUL KAGAME, Président du Rwanda, a fait remarquer que d’énormes ressources ont été injectées pour résoudre la crise financière mondiale et il a souhaité voir la même détermination pour prendre des mesures en faveur de l’Afrique.
Mr CHARLES MICHEL, Ministre de la Coopération de la Belgique, a jugé « suicidaire » la part de l’APD consacré au secteur agricole qui est passée de 17% à 6 ou 7% actuellement. Il a proposé 10% pour 2010 et 15% pour 2015. Mr JACQUES DIOUF, Président de la FAO, a du reste confirmé que l’agriculture avait 80 fois plus de capacité pour réduire la pauvreté que les autres secteurs.
Mme HALONEN, Présidente de la Finlande, a mentionné l’éducation comme élément le plus important pour le développement du continent, tout en rappelant le potentiel encore trop exploité des femmes africaines.
La 3° table ronde, coprésidée par Mr ANDOULAYE WADE, Président du Sénégal, était consacrée à l’état d’avancement des engagements pris en faveur de l’Afrique, aux défis en cours et à la voie à emprunter.
Mr WADE a rappelé que des dizaines de milliards de dollars avaient été promis ces dernières années sans que ces engagements soient toujours suivis d’effet.
Mr PEDRO VERONA RODRIGUES PIRES, Président du Cap Vert, qui coprésidait la 4° table ronde, a mis l’accent sur l’éducation qui constitue un facteur important d’autonomisation, de changement et de progrès afin de permettre aux populations de prendre en main leur propre processus de développement ; ainsi que sur la santé avec un plaidoyer en faveur des systèmes nationaux qui garantissent la prévention et les soins.
En conclusion, le Président du Cap Vert a estimé que le développement était impossible sans la paix, la stabilité et la prévisibilité.
MA CONCLUSION
Des urgences
énormes ont été identifiées voire chiffrées concernant le développement mais
avant tout la survie de l’Afrique. Les responsables africains n’avaient pas
vraiment besoin d’une énième réunion pour leur apprendre ce qu’ils savaient
déjà, notamment via le NEPAD, mais ils attendent, ce qui est largement
compréhensible, des actions concrètes, des programmes réalistes, des
engagements pris et tenus dans les plus brefs délais.
L’attitude de
la communauté internationale vis-à-vis de l’Afrique me choque personnellement
car je la juge trop sournoise. En effet, lors des réunions ou assemblées à
l’ONU ou au sein d’autres événements, les responsables sont toujours conscients
sur les fléaux qui terrassent le continent africain, les carences dans divers
domaines ainsi que les aides indispensables des pays les plus riches vers leurs
frères les plus pauvres ; dans un second temps, il est donc impératif
d’engager des moyens pour subvenir aux problèmes de l’Afrique. Dans un 3°
temps, les Africains ont largement le temps pour voir arriver cette assistance
promise depuis des mois voire des années… La crise sévit partout. Les Etats
n’ont plus assez de liquidités pour honorer ces belles promesses. OK, on a
compris… Maintenant on se replace dans le contexte de la crise financière qui a
sévi à l’automne. Combien de mois ou d’années, les pouvoirs publics ont-ils mis
pour débloquer réellement des solutions et des fonds phénoménaux ? Mais
d’où sort cet argent dont ne disposaient plus les gouvernements ? Miracle
du capitalisme qui est apte à créer en un temps record des capitaux pour éviter
sa propre faillite mais est incapable d’en disposer pour financer des
infrastructures médicales primaires, des écoles, du matériel agricole, des
denrées alimentaires pour son pauvre voisin africain.
Par ailleurs, il est regrettable de constater la médiatisation à outrance de certains événements comme les attentats terroristes qui, en fait, font un nombre bien moins élevé de décès comparativement aux victimes africaines du SIDA ou du paludisme. Ces calamités déciment des populations entières, tuant les personnes les plus productives. Leur impact social et économique est dévastateur. Fournir des médicaments ou des moustiquaires ne suffit plus.
D’autre part,
je suis profondément révoltée de l’inertie de la communauté internationale qui
ne réagit pas plus sévèrement face à des tyrannies comme celle de Mugabe qui a
parachuté son peuple dans l’antichambre de l’enfer. Les dictatures et la
corruption à tous les étages sont une catastrophe aussi terribles que les
pandémies en Afrique car tous les fonds gaspillés dans les frasques des
gouvernants et de leur sphère, tous les billets distribués à droite ou à gauche
pour soudoyer un fonctionnaire, passer un barrage, inscrire ses enfants dans
des écoles privées, régler des médicaments en rupture dans les officines
publiques, représentent des sommes colossales qui déséquilibrent les économies
et touchent toujours les mêmes, les plus démunis.
Il n’y aura pas d’Afrique forte tant que, dans trop de pays du continent, règneront des guignols qui gaspillent l’argent des indigents, tant que les hommes ne cesseront pas de se battre pour des motifs déraisonnables, ancestraux et bestiaux, tant que la femme n’y aura pas sa place légitime à tous les échelons du système, tant que la communauté internationale ne fournira pas les moyens financiers adéquats mais également les technologies et les formations indispensables à toute bonne évolution, tant que les gouvernances n’auront pas éradiquer la corruption et axer leur politique vers une agriculture productive et écologique, tant que l’éducation et la santé n’auront pas atteint les niveaux de qualité des sociétés occidentales.
12 décembre 2008
LA CONDITION DE LA FEMME DANS L'AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Quelle est la condition des femmes africaines sur le continent noir ? La question est très vaste et ne peut se résumer en quelques lignes ; aussi j’aimerais simplement offrir un bref aperçu révélateur de ce qu’est, à mes yeux, le calvaire de la femme dans la société africaine. Si dans nos sociétés occidentales le combat a été long pour que la femme puisse gagner la place légitime qui est la sienne, si la lutte est loin d’être terminée pour parvenir à la parité, au respect intégral, à la juste reconnaissance des valeurs de chacune, en Afrique, la femme ne détient quasiment aucune valeur, bafouée, trahie, utilisée comme du vulgaire bétail, majoritairement interdite d’instruction, elle survit au sein d’un système aux traditions moyenâgeux dont elle est pourtant le rouage le plus important.
Bien sûr décrire la femme africaine telle une personne entravée, privée de ses libertés fondamentales, martyre dans une Afrique exsangue où règnent la misère et la violence, être sans instruction, c’est renvoyer une image réductrice, même si cette triste réalité existe, car c’est occulter l’existence de cette Afrique positive où les femmes jouent un rôle plus que conséquent ; les femmes africaines sont l’espoir d’un continent qui croule sous les mauvaises nouvelles (guerres, sida, corruption, famines) car partout elles s’engagent pour améliorer le sort des leurs.
Il suffit de se déplacer dans une campagne africaine pour se rendre compte de l’extrême utilité des femmes. Partout, elles occupent une place importante dans l’activité économique car elles couvrent tous les créneaux de l’artisanat et du commerce. Malheureusement, même si elles sont de plus en plus instruites, la part qui leur est faite dans le partage des rétributions est très congrue. Elles supportent le poids d’une tradition qui ne leur reconnaît pas la majorité civique, elles ne possèdent pas la terre, ne disposent pas d’un revenu comptabilisé et, de ce fait, ne peuvent pas bénéficier en leur nom propre d’un prêt ou d’une avance pour développer leur activité. Il y a un fossé entre le rôle économique réel des femmes de l’Afrique subsaharienne et leur pouvoir dans la société. Au prix de multiples efforts certaines ont conquis leur autonomie mais l’immense majorité est toujours victime d’une extrême précarité socio-économique, même si, instruites ou pas, nombreuses sont celles qui font preuve d’une ingéniosité extraordinaire afin de « s’en sortir » dans un monde souvent hostile.
Alors que les femmes africaines sont reconnues pour être le pilier nourricier de la famille, que leur rôle est primordial dans le maintien de la cohésion sociale, qu’elles ont la confiance des ONG et autres organes de développement parce qu’elles sont plus honnêtes que les hommes, leurs droits sont encore entachés d’incertitudes et d’obstacles masculins.
Pourtant, via le « Protocole à la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme », l’Union Africaine possède un outil de qualité apte à positionner la femme africaine au même niveau que les femmes occidentales. En effet, l’égalité entre l’homme et la femme y est fortement souligné, la monogamie encouragée et, sans que le terme soit véritablement écrit, l’excision interdite ; de plus, elle a le droit d’acquérir des biens propres, les biens communs acquis durant le mariage doivent être partagés équitablement, elle dispose d’un accès à la terre et la veuve a le droit à une part équitable dans l’héritage des biens de son époux.
43 des 53 pays de l’Union Africaine ont signé ce Protocole, 21 l’ont ratifié (ce qui permet sa mise en œuvre). Le Soudan et la Tunisie ne l’ont ni signé ni ratifié.
Ceci relève du droit. La réalité est toute autre car dans cette société subsiste la soumission au système patriarcal qui détermine de manière irrévocable la subordination légale, sociale, politique et morale de la femme à l’homme.
Lors d’un séminaire organisé au Burkina Faso en 2006, les hommes ont tous insisté sur les facteurs traditionnels qui n’autorisent pas les femmes à accéder de manière stable à la terre. En fait, le souci avoué ne résidait qu’en un seul domaine : en devenant plus indépendantes par le foncier, les femmes affaiblissaient la puissance masculine… D’ailleurs des témoignages ont indiqué que beaucoup de dossiers présentés par les femmes n’aboutissent pas et sont sujets à de multiples requêtes financières illégales par les fonctionnaires mâles.
Pourtant il
est indéniable que l’accès stable de la femme africaine à la terre voire la
propriété est un facteur incontournable à une amélioration de la production
alimentaire durable et ainsi à l’autonomie alimentaire d’un pays. En Afrique,
les femmes sont des mères courage qui ont le génie économique de la survie.
Elles pourraient être l’avenir de l’Afrique si les Etats s’affirmaient
véritablement démocrates et leur rendaient justice.
En effet, de toutes parts, des obstacles s’affirment pour freiner leur essor. Tout d’abord il faut être conscient que l’Afrique est gérée par deux sortes de droits : le droit « moderne » (de beaux écrits en faveur de la femme mais rarement appliqués) et le droit coutumier (qui l’enferme dans des traditions ancestral où elle n’a pratiquement aucune valeur). Le second prime, bien évidemment, dans un domaine où leur intervention est essentielle : l’accès à la terre. Forces de travail et génitrices, elles doivent se contenter de mettre en valeur une terre dont elles ne seront jamais propriétaires. Ce qui vaudra à René Philombe, écrivain camerounais, de constater que la femme est vue comme « machine à plaisir et machine agricole ».
Autre difficulté récurrente que rencontrent les femmes africaines, financer leur projet. De la production vivrière à la restauration, en passant par la cueillette, la transformation, l’élevage, l’artisanat et le commerce, les femmes sont le poumon économique de l’Afrique. Pourtant solliciter un emprunt se traduit généralement par une fin de non-recevoir. Tout se passe comme si le système financier formel les rejetait. Plus de la moitié des femmes ayant une activité commerciale ne possède même pas de compte bancaire. Il en résulte qu’elles ne peuvent se développer (surtout en milieu rural) et ne peuvent bénéficier des techniques modernes. Seules les ONG sont un agent capital pour les aider dans une émancipation citoyenne, dans leur vie de femmes, de mères et de travailleuses. Malheureusement dans le contexte actuel de désorganisation sociale qu’est l’Afrique, le frein mis à l’essor des initiatives féminines limite leur impact à une utilité de subsistance.
Le poids
culturel est le plus dangereux des ennemis pour la femme africaine car, de
surcroît, il est invisible. Emprisonnée dans un système patriarcal, la femme
africaine est sensée représenter la vertu, l’abnégation et peu comprenne
qu’elle souhaite s’émanciper, qu’elle ose exiger plus de liberté. Dans les
campagnes reculées, elle n’a pas droit à l’instruction, appelée à se marier et
étrangère en sursis chez son époux, elle doit accepter sa polygamie et est
susceptible d’être répudiée à chaque instant. Elle doit demeurer à sa place, ne
pas désirer l’accès aux livres qui ne pourraient que lui bâtir des rêves
saugrenus, ne pas faire de vague. Hélas, souvent ces mêmes mères
« sacrifiées » reproduisent involontairement un schéma d’éducation
défavorable en élevant leurs fils tels des « petits coqs » appelés à
régner alors qu’elles inculqueront à leurs filles un enseignement d’êtres
dévolus aux tâches subalternes comme le ménage, les courses ou la cuisine. Dès
l’enfance les jeunes filles sont accoutumées aux « Tais-toi c’est l’homme
qui décide ».
Bien sûr on ne saurait parler des freins à l’épanouissement des Africaines sans évoquer le climat social dans lequel elles évoluent, plus que délétère : mauvaise gouvernance du pouvoir en place, tribalisme, intégrisme religieux… La liste des pays où sévissent des conflits est longue : Burundi, Rwanda, Angola, République démocratique du Congo, Libéria, Sierra Leone, Côte d’Ivoire… Dans tous ces états, actuellement ou dans un passé encore proche, les femmes et les enfants sont les victimes les plus durement touchées. Dans les camps de réfugiés, il n’est pas rare de voir les plus jeunes se prostituer pour un sac de riz. Puis, il y a le calvaire de ces mères à la dérive dont les progénitures ont été enrôlées de force pour servir de chair à canon. Il y a le drame de ces milliers de femmes burkinabés ou guinéennes prises comme boucs émissaires dans une Côte d’Ivoire en plein marasme social. Du jour au lendemain, il leur faut quitter un pays où elles sont installées depuis des années, abandonner une relative stabilité socio-économique pour un avenir hypothétique. Il y a le drame de ces femmes victimes de l’intégrisme religieux, condamnées à être lapidées pour adultère et autres prétextes discutables.
Et quand bien
même elles vivent dans des Etats « socialement stables », ce sont
d’autres qui décident de leur destinée. Elles triment chaque jour, non point
pour voir évoluer leur programme de santé ou leur système d’éducation mais pour
rembourser une dette extérieure qui n’en finit jamais. Elles suent sous le
soleil et la pluie, elles travaillent dans des conditions difficiles pour, au
final, ne jamais être écoutées car leur opinion n’a que trop peu d’importance
dans la balance.
Généralement
il est considéré que la meilleure sortie pour la jeune fille c’est l’école, qui
est partout libératrice. Au Burkina Faso, par exemple, le taux
d’alphabétisation des femmes est de moins de 10% alors que celui des hommes est
d’environ 30%. Néanmoins, pour suivre ses études, la jeune fille issue des
milieux ruraux est obligée de quitter sa famille dès l’âge de 11 ans. Dans la
plupart des cas, elle trouvera un hébergement chez un parent ou un
« tuteur ». Malheureusement, là où la démarche peut paraître anodine
chez nous, la jeune africaine sera régulièrement confrontée à des harcèlements
sexuels, des viols ou des « relations forcées » tout le reste de sa
scolarité. En effet, le maître, le professeur, le tuteur sont autant de dangers
car tous les hommes qui l’entourent ont autorité et pouvoir sur elle. Elle ne
dispose d’aucun moyen pour se faire entendre et d’échapper à son tragique sort
puisque pour des raisons de pauvreté et de dépendance matérielle, ces violences
sont la condition même de sa scolarité. Dans un tel contexte, les responsables
ne culpabilisent nullement et les jeunes filles n’ont surtout pas intérêt à
entreprendre une quelconque démarche de révolte car elles seront accusées de
provocation ou de consentement. Il en découle des études contrariées, des
grossesses non désirées, des avortements dangereux et des morts précoces. Même
si, aujourd’hui, les jeunes filles s’organisent de plus en plus pour défendre
leurs droits en sensibilisant le public, la classe politique et les
responsables de l’éducation, elles ne trouvent pas encore assez d’échos pour
véritablement faire changer les mœurs.
Au gré de mes « rencontres » africaines j’ai été confrontée à une pratique que je réprouve viscéralement : la polygamie. Pour un esprit tel que le mien où le mariage est, en premier lieu, un engagement du cœur, la consécration d’un amour exclusif nanti d’une multitude de sentiments que 2 êtres éprouvent l’un envers l’autre, la polygamie est inconcevable. Au contraire des comportements occidentaux, cette coutume est largement répandue en Afrique. Posséder deux, trois voire quatre épouses garantit à l’homme la survie et une main-d’œuvre à bon marché. Pour un homme africain, avoir plusieurs femmes est tout ce qu’il y a de plus normal car cela signifie un supplément de virilité et une assurance de descendance. La descendance est la valeur fondamentale des sociétés africaines car la progéniture est considérée comme la principale richesse humaine. Et avoir une nouvelle épouse coûte moins cher qu’une bonne ! Naturellement si la polygamie est largement répandue dans la tradition africaine, la polyandrie, est bien entendu, inconcevable. Pourtant les hommes eux-mêmes sont souvent conscients que leur polygamie engendre des atmosphères irrespirables car des jalousies éclatent entre les diverses femmes et surtout plus violemment entre les enfants nés des différents lits. Pourtant dans les milieux ruraux l’homme profite largement de cette pratique pour exploiter un maximum ses épouses et en profiter pour paresser. Au fil des générations il a su mettre en place une organisation qui fait que les femmes sont quasiment ses esclaves : femmes à l’œuvre de l’aube jusqu’au soir, responsables des repas, de la recherche de bois et d’eau, ensemençant les champs au pic et à la pelle, leur dernier-né noué autour des reins, femmes qui, la nuit venue, doivent encore se garder disponibles pour les avances de leur mari car une Africaine ne se refuse pas à son époux. Les femmes s’épuisent, l’homme se prélasse sur une chaise, sous un parasol, et écoute la radio en sirotant une bière ou font la sieste. Nombreuses sont les femmes africaines qui se révoltent face à tant de paresse car elles sont conscientes que leur mari les épuisent, profitent du produit de leur travail et ne pensent qu’au sexe. Certaines ont osé agir et sont parties. Des témoignages rapportent que ces femmes incitent leur propre fille à étudier et demeurer indépendantes. Pourtant il n’est pas si sûr que l’école change tout car la plupart des hommes professeurs sont eux-mêmes polygames. Et le triste constat d’avouer que désormais on semble passer d’une polygamie de nécessité à une polygamie de loisir, avec des femmes toujours plus jeunes ! Dernier point où la polygamie s’avère une pratique des plus fâcheuses, en dehors des critères moraux : c’est un facteur d’aggravation de la pandémie du SIDA. Des pays comme l’Afrique du Sud où un adulte sur cinq est infecté, les statistiques révèlent qu’un homme sud-africain atteint du VIH contamine en moyenne 3.5 femmes ! Malheureusement dans un continent ravagé par le SIDA, l’extrême pauvreté, l’inaccessibilité aux soins médicaux, gravement carencé en matière d’alphabétisation et d’éducation, la lutte contre la polygamie n’est vraiment pas une priorité pour les autorités.
Depuis plusieurs années, les femmes africaines doivent affronter une situation nouvelle : l’absence de leur mari parti faire fortune sous d’autres cieux. Pendant des mois voire des années elles restent seules au pays avec les enfants, la lourdeur de l’éducation, la belle-famille, le manque d’argent et les exigences de la fidélité. Au début l’époux envoie de l’argent, des bouts de ficelle, à peine de quoi faire survivre la tribu qui est la charge de l’expatrié. Tous les mois l’argent est kidnappé par les membres mâles de la famille, la femme n’a pas son mot à dire, elle subit. La haine s’installe entre la femme et sa belle famille, les enfants souffrent de l’absence d’un père, font l’objet de moqueries. Les nouvelles s’espacent, les envois d’argent aussi. La femme se sent frustrée car elle se trouve dans l’impossibilité même de procréer puisque son mari est au loin. Nombreuses sont celles qui supputent des infidélités, d’autres vies construites là-bas. Elles se sentent abandonnées. Toutefois, au fil du temps, certaines parviennent à réagir et demande le divorce par défaut d’entretien du ménage. La grande majorité, hélas, vivant dans les villages reculés, n’ont pas d’autres options que de prendre un amant afin de retrouver la chaleur et la tendresse d’un homme. Ces relations sont vécues dans le plus grand secret car l’infidélité d’une femme est très mal vue et lorsqu’une grossesse naît de cette liaison dangereuse les futures mères se livrent trop souvent à des avortements ratés ou des infanticides monstrueux destinés à laver ou éviter la honte d’avoir succombé aux plaisirs charnels avec un autre.
Au final, quand bien même l’on souhaite demeurer optimiste quant à l’évolution des mentalités et des mœurs, force est de constater que la condition des femmes en Afrique relève plus du calvaire que d’un épanouissement. Des notions existentielles basiques dans nos sociétés occidentales sont encore totalement inconnues en Afrique subsaharienne. Là où l’homme moderne a su donner une autre dimension à son rôle d’époux et de père chez nous, les Africains demeurent enliser dans des coutumes moyenâgeuses qui bafouent complètement les droits légitimes des femmes. Toutefois loin de nos esprits l’idée de nous apitoyer sur le sort de ces femmes, elles n’ont point besoin de nos larmes ou de nos paroles mielleuses mais de notre AIDE. A chaque fois qu’une organisation sollicite notre collaboration pour soutenir une avancée quelconque de la femme en Afrique, pensez-y et agissez car ce qui peut paraître insignifiant à nos yeux est un pas de géant pour elles !
09 décembre 2008
LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE FACE A LA TRAGEDIE DU ZIMBABWE
C’est dès le Samedi 06 Décembre 2008 que le Premier Ministre britannique Gordon Brown avait invité la communauté internationale à agir de façon à ce que Robert Mugabe quitte le pouvoir au Zimbabwe.
C’est sur un ton assez dur que Nicolas Sarkozy s’est rallié, Lundi 08 Décembre 2008, à son homologue anglais en précisant que Robert Mugabe avait assez pris son peuple en otage et que les habitants du Zimbabwe avaient droit à la liberté, à la sécurité et au respect.
Aujourd’hui, c’est George W. Bush qui en a fait de même, sollicitant les pays voisins du Zimbabwe à se joindre au chœur de ceux qui réclament la fin de règne de Mugabe.
Le durcissement notable de la position française pourrait s’accompagner de sanctions plus sévères de la part de l’Union Européenne, même si le Zimbabwe et Mugabe sont trop loin de l’Europe pour que la pression soit véritablement insupportable. Toutefois des mesures sont d’ores et déjà prises comme rallonger la liste des personnalités du régime interdites d’entrée dans l’Union Européenne. Ces individus, désormais au nombre de 178 dont Mugabe et son épouse Grace, sont connus pour avoir participé à des violences ou des violations des droits de l’homme.
L’objectif actuel de l’Union Européenne est de renforcer l’aide humanitaire, surtout dans la lutte contre l’épidémie de choléra qui, malgré les déclarations contraires du ministre zimbabwéen Sikhanyiso Ndlovu, est loin d’être contrôlée et, d’autre part, d’intensifier les pressions politiques sur le régime en place.
La Commission européenne a fourni 90 millions d’euros d’aide humanitaire en 2007. La Grande Bretagne a annoncé 11.5 millions d’euros de soutien supplémentaire pour faire face au choléra tandis que la France offre une première aide de 200 000 euros.
Par ailleurs, une mission de 6 experts français devait partir aujourd’hui pour le Zimbabwe afin de procéder à une évaluation de l’épidémie de choléra et prendre des premières mesures en faveur des populations atteintes.
Cette équipe est composée de 3 experts du centre de crise du Ministère des Affaires Etrangères, de 2 épidémiologistes et d’1 expert spécialisé dans le traitement des eaux issu d’une fondation créée par le groupe Véolia Environnement.
Cette mission devrait également proposer des actions à long terme visant à éradiquer le problème à la source.
Le choléra a
déjà fait plus de 600 morts et contaminé 14 000 personnes.
04 décembre 2008
ZIMBABWE, ETAT D'URGENCE EXTREME
C’est l’histoire d’un pays qui se
meure parce que sa gouvernance est pourrie. Lorsque j’écris « pourrie »
c’est juste pour demeurer correcte car, compte tenu des circonstances, j’éprouve
une envie de livrer ma profonde colère via un vocabulaire beaucoup moins
élégant.
C’est le récit de la descente aux
enfers d’une nation qui détenait toutes les chances de s’en sortir durablement
si les responsables politiques n’avaient pas été des vermines, des escrocs,
leur président en tête.
C’est le quotidien du Zimbabwe.
Tout d’abord il y a l’engagement du
Zimbabwe dans la guerre en République démocratique du Congo : un conflit
qui a coulé l’économie nationale pour mieux engraisser Mugabe et ses acolytes
en s’enrichissant via les minerais du Congo comme le cobalt ou les diamants.
Ensuite il y a l’expropriation des
fermiers blancs qui, en dépit des 30% des terres cultivables contre 70% dans
les années 80, cultivaient le blé, les arachides et le tabac et dont le chiffre
d’affaire représentait jusqu’à 80% du PIB. Depuis les terres ont été
parcellisées et redistribuées à des amis du régime ou des paysans ne détenant
aucune connaissance technique aptes à leur fournir les capacités à gérer de
telles exploitations. Au temps de sa splendeur le Zimbabwe était surnommé le « grenier
de l’Afrique », désormais il est client du Programme Alimentaire Mondial
(PAM).
Puis il y a un grand pays riche en
minerais (or, platine, diamant, chrome) livré à l’anarchie des exploitations
privées qui se font clandestinement et ne profitent absolument pas à la
communauté.
Enfin il y a un tyran de 84 ans,
Robert Mugabe, atteint des pires maux de la création, capable des plus infâmes
cruautés, qui se moque bien du sort de ses concitoyens et ne voit que son
propre enrichissement personnel.
Résultat : l’inflation était de
32% en 1998, puis de 59% en 1999, pour atteindre le 208% en février 2002,
dépasser les 1042% en mai 2006 et 100 000% en janvier 2008. Aujourd’hui,
le taux d’inflation annuel entre juillet 2007 et juillet 2008 révèle que l’inflation
atteint 231 000 000% ; ce qui n’est plus de l’inflation mais de
l’hyperinflation. Le chômage touche 80% de la population.
A l’heure actuelle, en plus de la
peste du régime du satrape crépusculaire, le Zimbabwe doit affronter une
terrible épidémie de choléra qui, selon un bilan sans doute partiel, a déjà
fait 565 morts et plus de 12 500 malades. L’ampleur de ce désastre ne peut
être véritablement rendue tant il est difficile d’en recenser les effets en
zone rurale. En ce début de saison des pluies (facteur aggravant) les enfants
pataugent dans des montagnes d’ordures et des égouts débordants. Depuis le 30
Novembre, la capitale Harare ne dispose plus d’accès à l’eau courante suite à
une pénurie de sulfate d’aluminium, indispensable à l’assainissement. Malheureusement
les mouvements de populations, qui fuient un contexte de marasme économique et
social, ne font qu’empirer le phénomène et provoquent une extension au Bostwana
et en Afrique du Sud. Le gouvernement parle « d’urgence nationale »
et en appelle à l’aide internationale car le pays est secoué par une grève des
personnels hospitaliers qui protestent contre la situation catastrophique du
système sanitaire. Leurs revendications sont loin d’être et la manifestation de
Lundi a même été lourdement réprimée par les forces de police qui ont procédé à
environ 70 arrestations. Des cas d’anthrax ont également signalé dans le nord
du pays où cela a occasionné la mort de 3 personnes dont 2 enfants.
La calamité du choléra frappe un pays
tétanisé par la paralysie politique, chahuté par des émeutes de militaires
excédés de ne pas toucher leurs soldes,
assassiné à petit feu par une nouvelle mesure gouvernementale qui limite les
retraits bancaires journaliers à 0.23 euros, tout juste de quoi se payer ¼ de
pain.
Revers de médaille amplement justifié
pour le despote : les civils et des militaires manifestent ensemble en
scandant des slogans de soutien au MDC (Mouvement pour le changement
démocratique, parti de l’opposition mené par Morgan Tvsangirai). Les forces
armées sont désormais profondément démoralisées car il n’y a plus de nourriture
dans les casernes, plus de médicaments dans les hôpitaux militaires et plus d’argent
dans les banques pour régler leurs soldes. Des témoignages rapportent que même
des membres de la garde présidentielle se révoltent, que seuls les gradés sont
nourris et que les soldats sont contraints de sombrer dans la corruption et le
vol pour s’assurer des revenus.
Selon Michael Quintana, spécialiste de
la défense, si la police et les militaires réclament des salaires en dollars
américains, la partie sera bientôt terminée pour Mugabe.
La chute de Mugabe est le plus grand
des bonheurs que l’on puisse souhaiter à ce pays de 13 millions d’habitants qui
possède une espérance de vie est de 37 ans pour les hommes et 34 ans pour les
femmes. La fin de Mugabe ne peut être qu’un soulagement pour cette nation où de
nombreuses informations font état d’une escalade des violations des droits de l’homme.
Des organisations comme Amnesty International rapportent que Mugabe et sa bande
violent régulièrement les droits au logement, à la nourriture, la liberté de
circulation et de résidence, la liberté de réunion et qu’ils organisent des
attaques contre les médias, l’opposition politique et les défenseurs des droits
humains.
La renaissance du Zimbabwe, sa
principale urgence pour éradiquer ses fléaux du choléra, de la crise sociale et
économique, passe inévitablement par un changement de gouvernance et l’installation
de responsables politiques qui favoriseront l’établissement d’un dialogue avec
tous les partenaires disponibles pour fournir des solutions pratiques.
Parler de la situation catastrophique du Zimbabwe ne doit pas nous faire perdre de vue qu’elle est celle de bien des états africains. Si les dirigeants des pays de ce continent n’ouvrent pas les yeux et leurs consciences il est fort probable que demain d’autres nations africaines se retrouveront dans un marasme identique…
30 novembre 2008
L'AFRIQUE DE L'OUEST A BESOIN DE 361 MILLIONS DE DOLLARS
Par un
communiqué du 24 Novembre 2008, les Nations Unies ont lancé un appel de fonds
de plus de 361 millions de dollars pour l’année 2009 afin de subvenir aux
besoins humanitaires de millions de personnes en Afrique de l’Ouest.
Cette somme se
justifie par la hausse des prix des denrées alimentaires dans cette région, l’une
des plus pauvres du monde. Cette aide, si elle est majoritairement
indispensable dans le secteur de l’alimentaire, demeure également nécessaire
dans les domaines de l’eau et de l’assainissement ainsi que de la santé et de
la protection.
Cette crise
alimentaire fait ressortir la nécessité absolue d’œuvrer vers des solutions
systématiques afin de parer aux problèmes découlant des inégalités et des
effets pervers des changements climatiques sur le développement. Au-delà d’une
réponse à court terme il est essentiel de fournir des options pour un équilibre
économique durable.
Le Programme
Alimentaire Mondial estime que l’Afrique de l’Ouest a été particulièrement
affectée par les conséquences de la hausse des prix surtout au sein des pays
fortement dépendants des importations.
Il est estimé
que la crise alimentaire a fragilisé la situation financière et l’état
nutritionnel des ménages dans une région où les revenus sont parmi les plus bas
du monde et qui sont particulièrement touchés par la malnutrition.
En chiffrant
les besoins à 361 millions de dollars, les acteurs humanitaires veulent
préserver les acquis enregistrés ces dernières années dans la lutte contre la
pauvreté et, notamment, dans des secteurs prioritaires tels que l’alimentation,
la nutrition, l’éducation et l’accès à l’eau potable. Ces 361 millions de
dollars s’insèrent dans l’appel global des Nations Unies qui s’élève à près de
7 milliards de dollars qui devraient couvrir les besoins de 30 millions de
personnes dans 31 pays.
L’appel
humanitaire de 2008 a mobilisé plus de 289 millions de dollars soit 63% de l’enveloppe
totale requise. Depuis la mise en place de ce processus d’appel en 2003 par
OCHA c’est près d’1 milliard de dollars d’aide humanitaire qui a été affecté
par la communauté internationale à l’Afrique de l’Ouest.
SURVIE DE L'ENFANT EN AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.
Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.
De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).
Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.
Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.
Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).
Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !
Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.
En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).
Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).
L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.
Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.
Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.
Pour
améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique
subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution
des systèmes et des pratiques sanitaires.
Tout d’abord
un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à
long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base
complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate,
promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise
supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80
ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets
et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires
sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de
lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la
diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes
enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.
En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).
Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles, promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.
Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.
Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !
Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.
L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.
28 novembre 2008
RESISTANCE DES NOIRS LORS DES TRAITES ATLANTIQUE
Si de nombreux
ouvrages sont consacrés aux « calvaires » vécus par les Africains
réduits à l’esclavage dans l’Amérique du XVII° au XIX°, si maints écrits
relatent la résistance, la rébellion et les évasions de certains esclaves, peu
de traces subsistent des conditions dans lesquelles s’est organisé ce commerce
sur le sol africain. L’attitude des Africains en la matière a été très peu
étudiée. Dans un premier temps, elle a été falsifiée par les négriers et les
racistes puis, de nos jours, par des historiens bourgeois d’orientation
coloniale ou néo coloniale.
Il me semble
utile de préciser que l’Afrique a connu l’esclavage et la traite des Noirs
avant la venue des Européens. C’est pourquoi, dans les premiers temps, lorsque
les Européens commencèrent à acheter des esclaves cela fut considéré comme un
arrangement commercial ordinaire.
Toutefois, dès
le début, les relations furent rarement amicales. Des Blancs armés se jetaient
sur les Africains venus les accueillir en confiance ou avec crainte, tuaient
ceux qui résistaient et embarquaient les autres, ligotés.
En dépit d’une
évidente supériorité en armement, les Africains ne furent jamais effrayés.
D’abord parce que, grâce à leurs propres moyens d’informations (tam-tam,
signaux de fumée) ils étaient avertis de l’arrivée d’étrangers indésirables
puis parce qu’ils avaient su mettre en place des interventions hostiles permanentes
(attaques soudaines, flèches empoisonnées)
Dans les
conditions de la réalité africaine des XV° au XVII° siècle, il ne pouvait se
produire de grandes révoltes bien organisées contre les Européens car il
n’existait presque pas de grandes formations étatiques dans les régions où les
Européens pénétraient, ce qui facilita la réussite de la politique des
colonisateurs qui consistait à semer la discorde entre les chefs de s
différentes tribus. De surcroît, les Européens avaient derrière eux les pays
les plus avancés de temps en matière de matériel et d’expérience militaires. Au
début, l’Afrique ne pouvait riposter qu’avec des arcs et des flèches utilisés
par de petits groupes de guerriers issus de tribus isolées. Toutefois, leur
résistance obligea les colonisateurs, installés sur les côtes, à se construire
des fortifications pour se préserver de leurs attaques.
Les premiers
temps, grâce à leurs constructions nanties de hautes murailles et suréquipées
en artillerie, les Européens réussirent presque toujours à repousser les
assaillants. Mais lorsque les Africains parvinrent à manier les armes à feu
dont ils furent d’abord effrayés et, en dépit d’une résistance furieuse des
colonisateurs, investissaient les forts et les incendiaient.
Les quelques
publications consacrées au commerce des esclaves faisaient état de la férocité
des Africains ainsi que de leur goût pour le pillage.
En définitive,
expliquer leurs attaques en invoquant seulement cela, revient à minimiser leur
lutte. Ces actions s’expliquaient avant tout par la haine qu’inspiraient les
envahisseurs.
La lutte
contre les conquérants et colonisateurs européens s’est surtout déployée avant
le XVIII° siècle, période la plus intense de la traite des Noirs. Du reste, à
cette époque, l’ensemble de la politique des Européens en Afrique est
conditionné par ce commerce. La résistance des Africains aurait donc du être
dirigée contre les négriers or, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’y
a jamais eu de tels mouvements.
Par contre, de
nombreux témoignages rapportent les fréquentes révoltes d’esclaves pendant le
voyage à travers l’Atlantique ainsi que dans les colonies du Nouveau Monde.
La conclusion
habituellement adoptée par les historiens de l’époque et confirmée par les
négriers et les colonialistes était la suivante : les Africains
connaissaient l’esclavage depuis longtemps et ils ne protestaient pas contre
car c’était devenu une condition d’existence habituelle. Les soulèvements et
les tentatives d’évasion sur les navires n’étaient la conséquence que des
mauvais traitements infligés aux individus et non pas du au fait qu’ils ne
souhaitaient pas être esclaves. En réponse, les partisans de ce type de
commerce rétorquaient : « Traitez mieux les esclaves africains et il
n’y aura pas de révoltes ». Mais les mêmes gens, afin de se donner bonne
conscience, déclaraient que l’exportation des Africains hors de leur pays était
un bien du fait que, soi-disant, l’esclavage en Afrique est beaucoup plus
terrible que dans le Nouveau Monde car les captifs ont des vies bien meilleures
dans les plantations d’Amérique.
Curieusement on
n’a jamais confronté la première et la seconde affirmation des marchands d’esclaves.
Aujourd’hui il apparaît évident que si ces propos s’étaient avérés exacts, il
demeurerait des traces de fréquentes révoltes contre la traite des Noirs en
Afrique.
Naturellement plusieurs
questions interpellent les esprits : tout d’abord, pourquoi n’y-a-t-il pas
eu de lutte contre la traite des Noirs par les Européens sur l’Atlantique ;
ensuite, comment se fait-il que les esclaves isolés qui résistaient pour se
sauver, eux-mêmes ou leur famille, et parvenaient à fuir les caravanes ne
pouvaient-ils pas généralement compter sur l’aide des habitants de la région ;
enfin, pourquoi lorsqu’un fuyard était repéré était-il presque systématiquement
vendu à un négrier européen ou à un marchand africain ?
Pour répondre
à toutes ces interrogations, il est indispensable de se replacer dans le
contexte africain de l’époque. Imaginer une réalité où des individus ont
instaurés depuis plus de 200 ans le désordre dépravant de la traite des Noirs. La
durée a engendré une acceptation, telle une coutume, dans l’esprit des
Africains qui en acceptaient même la cruauté comme inhérente au phénomène. Des êtres
ignobles en avaient fait leur profession et c’était pour eux une source
permanente de revenus. Toute personne faible capturée représentait un profit
concret et immédiat : des marchandises, des armes, du vin… Entreprendre un
travail productif était inutile car l’activité la plus avantageuse était la
chasse à l’homme ou déclencher des guerres afin de faire des prisonniers pour
ensuite les vendre.
En fait c’était
une lutte constante pour demeurer parmi les plus forts pour ne point tomber
sous le joug d’un chasseur et subir l’esclavage. La traite des Noirs a été à l’origine
d’une horrible dévaluation de la vie humaine. Elle a entraîné une dégradation
morale, la déformation des plus belles qualités humaines, des mentalités que ce
soit celles des marchands d’esclaves ou des captifs.
Sociologiquement,
la traite des Noirs a engendré des divisions, une multitude d’isolement car
chacun essayait de se sauver ou de protéger ses proches, au détriment des
autres.
Il existe très
peu de documents relatant les comportements des différents groupes humains
réduits en esclavage. Toutefois des témoignages rapportent que certains n’avaient
pas le courage de lutter, mouraient de nostalgie, se suicidaient ou bien
travaillaient en attendant la mort avec indifférence.
Malgré tout,
nombreux sont ceux qui ont opposé une résistance en Afrique ; ils s’évadaient
des caravanes d’esclaves, se rebellaient au moment du chargement dans les
navires. Des témoignages attestent d’évasions réussis mais aucun ne rapportent
si les fuyards ont réussi à revenir chez eux.
Même si les
châtiments encourus étaient odieusement cruels, il demeure une multitude de
preuves confirmant des révoltes d’esclaves dans le Nouveau Monde (les nègres
marron à la Jamaïque et à Cuba, des villages d’esclaves en fuite au Brésil, des
centaines de soulèvements aux USA). Mais pourquoi ces êtres qui ne s’opposaient
pas ouvertement à la traite des Noirs en Afrique se révoltaient-ils arrivés à
destination ?
La cruauté des
planteurs n’est pas l’unique raison. D’abord il est notable de souligner que
bon nombre des révoltés au sein des captifs sont des Africains qui furent
toujours contre la traite des Noirs. Or en Afrique ils ne pouvaient lutter
contre ce fléau car la moindre parole ou action contre se soldait par la mise
en esclavage ou la mort. De plus, il n’y avait pas d’endroit où l’on puisse
fuir ce commerce de chair humaine. Les Africains, sur leur continent, se
contentaient de se défendre mais ils ne pouvaient envisager aucune offensive
contre les négriers.
Par ailleurs,
les affirmations selon lesquelles les Africains ne protestaient pas contre l’état
d’esclave du fait qu’il leur était habituel est totalement fausse. Bien au
contraire, ils ne cessaient de lutter pour recouvrer la liberté et, lorsqu’ils
voyaient qu’il n’y avait aucun espoir de se libérer, bien souvent ils
préféraient la mort.
Dans les
caravanes, les mains liées, attachés par le cou et escortés par des gardes
armés, ils tentaient tout de même de fuir à la moindre occasion favorable. Jusqu’à
l’embarquement, s’apercevant qu’ils n’allaient pas être vendus dans leur pays,
ils luttaient. Enchaînés, ils se jetaient sur les matelots et les gardes, ils
sautaient à la mer mais entraînés par le poids de leurs chaînes ils se
noyaient. Parfois même, s’ils voyaient qu’ils allaient être récurés par une
chaloupe, ils préféraient se laisser volontairement couler plutôt que de se
faire attraper par le négrier.
Ensuite, à
bord du vaisseau, les plus forts, les plus décidés menaient une lutte active :
ils organisaient une révolte, attaquaient l’équipage du négrier, s’emparaient
parfois même du navire.
Ceux qui n’avaient
pas la force ou le courage d’intervenir ouvertement résistaient au marchand d’esclaves
passivement, avec opiniâtreté et insistance : ils se laissaient mourir de
faim ou se jetaient par-dessus bord.
Les grèves de
la faim engendraient des épidémies et une mortalité massive des captifs. Les coups,
la torture n’étaient d’aucun secours : les Africains ne voulaient pas être
des esclaves. Cette façon de se laisser mourir était si répandue parmi les Africains
qu’en Angleterre on fabriquait , outre des fers, des colliers, des chaînes et
des cadenas, des appareils spéciaux en métal qu’on introduisait dans la bouche
des esclaves refusant de manger afin de les nourrir de force.
Nombre de
rapports font état de révoltes à bord des négriers au XVIII° siècle. Parfois les
Africains parvenaient à prendre le contrôle du bateau ; souvent lorsque la
situation était vraiment désespérée, ils n’hésitaient pas à provoquer le naufrage
du navire. Vers 1830, des hommes d’affaires de Bristol se plaignaient même de
voir leurs revenus baisser dans le secteur de la traite des Noirs à cause du
nombre importants de navires disparus.
Les archives
détiennent de nombreuses traces de voiliers enlevés par les esclaves ;
toutefois de nombreuses résistances sont restées dans l’ombre car les Africains
après avoir pris le bateau ne savaient pas le gouverner et s’échouaient, morts
de faim et de soif. Des marins ont rapporté qu’ils avaient rencontré des
navires à bord desquels l’équipage européen gisait et les esclaves étaient dans
un état de complet épuisement. D’autres qu’il n’y avait que des cadavres
desséchés d’esclaves ou, au contraire, seulement des matelots tués.
Les marchands
d’esclaves relevaient habituellement une indocilité particulière chez certains
peuples ou tribus d’Afrique. Ils estimaient qu’il fallait faire preuve de
beaucoup de prudence s’il y avait des Mina et des Koro-mantins, toujours prêts
à s’évader ou à se révolter. D’autres mentionnaient l’audace des Ewe, parlaient
de l’impossibilité de briser l’âme fière des esclaves Ashanti ou mettaient en
garde contre l’insoumission permanente des esclaves achetés dans la région de
Kiwa et de Mom-bassa. Les peuples africains stupéfiaient les Européens par leur
inacceptation intransigeante de leur état d’esclaves, leur volonté d’être
libres, leur audace et leur opiniâtreté dans la lutte. Tous dans leur ensemble.
Cette résistance
prouve que les Africains, comme tous les individus de la planète quelle que fut
leur race, aspiraient à vivre libres. Et seuls des Occidentaux imbus d’une
supériorité injustifiée et d’un orgueil malsain
ont pu penser pendant toutes ces années que les esclaves africains n’avaient
été que de pauvres créatures stupides et soumises, à mi-chemin en l’homme et le
singe.





















