10 mai 2009
INSTANT CHOISI
Le clocher retentit,
Il est enfin midi.
Dans un coin retranché,
Loin des faims déchaînées,
La fillette s’installe soigneusement
Pour un régal plaisant.
Le panier délivre des senteurs alléchantes,
Le déjeuner inspire des saveurs ravissantes.
Un chien rôdant alentour,
Vagabond gourmand au long cours,
Est attiré par sa corbeille d’osier
Et convoite son repas dissimulé.
Délicatement l’enfant soulève la serviette à carreaux,
Quelques miettes s’échappent sur son manteau,
L’animal profite de son insouciance surprise
Pour dérober une tranche de ses friandises.
Réjouie en son innocence,
Elle s’émerveille de sa chance,
Pardonne son bandit compagnon,
Plus coquin que fripon,
En son âge peu de caprices,
Juste une pomme et du pain d’épices.
07 mai 2009
LES BELLES CHANCES
Il y a longtemps que
je n’avais plus ressenti ce grand vide au fond de moi. Cette solitude qui nappe
les heures de néant tant l’isolement est vécu tel un abandon. J’ai longtemps
erré seule sur les méandres d’une existence que je marginalisais consciemment.
La compagnie des humains m’ennuyait ; ils manquaient d’intérêts, de curiosité, d’audace et de fantaisie. Celle
de mes enfants me comblait. Celle de Sarah surtout. Les garçons avaient leur
monde fait de jeux vidéo, de turbulences masculines, de confidences étrangères
à mon univers. Je ne pense pas qu’ils souhaitaient que je pénètre en leur
territoire ; j’avais peur de m’imposer. Depuis mon plus jeune âge je lutte
pour demeurer la plus transparente possible car je crains les réactions
intempestives, bruyantes voire violentes. Je les aime comme j’aime tous mes
enfants mais plus ils se rapprochaient l’un de l’autre, plus ils m’éloignaient
d’eux et je n’ai jamais fourni la moindre lutte pour combattre cet état de
fait. Quant aux deux derniers, j’ai plus envie de les protéger dans l’innocence
de leur enfance, de leur dessiner des moments de tendresse et de câlins, de
leur construire une harmonie peinte aux couleurs de la nature baignée dans une
douceur bucolique. Et puis il y avait Sarah. A elle-seule elle offrait tout ce
qu’une maman peut rêver de plus merveilleux de sa fille. Elle occupait tant
d’espace par son omniprésence toujours gaie, généreuse, disponible,
attentionnée, tolérante et affectueuse. Sarah est mon double en plus jeune et
surtout plus fougueuse. Volontaire et téméraire, elle ose tout, ne recule
devant rien, avec respect et éternellement parée d’un sourire éclatant qui fait
chavirer tous les cœurs et, en dépit de l’indépendance prise, sait préserver le
fusionnel de nos liens. Pour sa maman elle irait jusqu’à décrocher la lune si
ce bel astre pouvait se lover dans ses mains. Mais le temps s’échappe trop vite emportant
dans sa fuite l’insouciance des enfants et la jeunesse de leurs parents.
D’autres destins se bâtissent ailleurs, désertant de grandes maisons dénudées.
Les chambres ne résonnent plus de ces voix éclatées tel le cristal qui pétille
en se brisant sur le sol ; elles ne palpitent plus de ces rires éclatés
qui se sont échappés dans les airs du passé ; les agitations vibrantes se
sont évaporées et avec elles le rythme effréné des journées bien chargées. Ne demeurent
que des pièces dépeuplées, une table devenue bien trop immense depuis que tant
d’assiettes ont disparu… et les souvenirs.
Hier encore les
portes claquaient, j’admirais leurs silhouettes et buvais leurs paroles.
J’imprimais leurs sourires et leurs délires en mon âme. Je savais que cette
époque était éphémère et qu’il fallait que je charge méticuleusement ma mémoire
de tous ces moments uniques, inoubliables, éternels ; mais l’horloge a été
encore plus rapide que je ne l’aurais imaginé. Tellement de joies et d’inquiétudes, d’espoirs
et de colères, du blanc des premiers jours, du bleu du ciel des instants
douillets et plein de rose sur la toile de ces années enchantées.
J’aurais pu sombrer
au fil de ces départs, face à tant d’espace délaissé. Tu es entré dans ma vie.
Au moment-même où trop d’absences s’affirmaient tu es apparu tel mon sauveur.
L’être que l’on attend plus quand pointe déjà le crépuscule dans le lointain. J’avais
beaucoup marché sur les sentiers escarpés de l’existence, le voyage n’avait pas
toujours été de tout repos et je me sentais lasse de trop d’épreuves
affrontées, parée d’une armure tellement lourde pour mes pauvres épaules face à
une horde toujours plus sauvage, dans l’obscurité d’une destinée dont je ne
parvenais pas à déchiffrer toutes les énigmes. Une lumière a surgi. Tu étais le
soleil venu réchauffer mon cœur ankylosé par les intempéries, les déceptions et
les trahisons. Tu étais la lanterne apparue pour chasser les ténèbres qui
enveloppaient mon quotidien, le génie qui éclairerait notre avenir souriant.
Avec toi j’ai découvert le bonheur exquis de la connaissance partagée, le
précieux des confidences révélées, la saveur délicate des gestes suaves
prodigués tels de légitimes hommages à l’amour infini qui nous unit. J’ai saisi
le sens véritable du partage des opinions, des pensées, des croyances, des
envies et des décisions. J’ai appris à rêver à deux, pour deux, nous deux. Sans
oublier les passagers de mon voyage écoulé, tu m’as permis de fonder une vie de
couple riche et sincère, enracinée profondément dans une terre fertile en
sentiments et en émotions. Tu as chassé les nuages sombres de mes chimères
obscures en édifiant un azur toujours
radieux grâce à la magie de la passion. Tu as rempli mon quotidien d’une
multitude de petites attentions touchantes, attendrissantes. Ta force et ta
détermination nous préservent de mes indulgences. Tu es mon rempart contre la
vilénie humaine, ma conscience pertinente face aux tristes réalités de la vie.
Ton amour agit en moi comme l’eau bienfaisante étanche la soif, tu apaises mes
craintes et mes douleurs ; il est comparable à un pré fécond où sont engendrées
mes créations les plus fructueuses, le souffle qui bouscule mes songes et le feu ardent qui alimente mes desseins.
Nous avons traversé
des mois formidables nourris d’une agréable promiscuité noyant notre alliance
enchantée dans un parfum de bonheur privilégié. Les nuits ensorcelantes
succédaient aux jours charmants. Ton agréable compagnie tamisait la pâleur des
instants fragiles, édulcorait l’amertume
des situations difficiles et masquait la peine des aventures échouées. Ton
courage colmatait les brèches de mon cœur blessé par tant de déconvenues,
d’inquiétudes face à des lendemains incertains. La confiance absolue que j’ai
en toi était la parade invincible à mes anxiétés. J’étais rassurée. Demain
n’avait plus aucune importance. Je savourais le présent tel un bien inestimable
qui ne s’achèverait jamais.
Aujourd’hui tu t’es effacé pour d’autres responsabilités car notre séjour ici-bas est composé d’obligations incontournables. La nuit a descendu ses rideaux sombres sur la ville, anesthésiant ponctuellement la course animée de la société, les oscillations cadencées des pantins qui circulent sur les voies de nos contrées, étouffant les bruits et les voix en les plongeant dans le sommeil. Je suis seule face à cette masse sinistre d’où surgit une multitude de points lumineux telles des étoiles artificielles accrochées au plafond de nos cités urbaines. Les occupants des constructions voisines ont clos leur quotidien en fermant les yeux de leurs fenêtres et en condamnant leurs portes d’entrée au mutisme. Les corps fatigués et les esprits usés se reposent dans les bras de Morphée tandis que je souffre de ton absence, abandonnée au creux des circonstances livides. L’asthénie me gagne, troublant l’harmonie de ma raison. Le matin viendra vite. Je dormirai peu et mal dans ce lit trop grand quand tu n’y reposes pas à mes côtés. Je repasse inlassablement le film de notre bonheur sur l’écran noir de ma mémoire. Je m’endors avec ton image. Je rêve que la porte s’ouvre, sonnant ton retour. Je me jette dans tes bras, tu m’enlaces et m’embrasses. Ma plus belle chance, mon unique fortune.





