LUCKY'S WORLD

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04 février 2009

LE VRAI BONHEUR


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Une forêt luxuriante, une prairie revêtue d’une herbe abondante et bien verte, un ciel d’un bleu limpide où seuls quelques nuages cotonneux s’étirent nonchalamment, un soleil franc et radieux, une petite fille qui court insouciante dans les pâturages parsemés de coquelicots. Pieds nus elle s’ébat jusqu’à en perdre haleine sur les courbes rondes d’une douce colline. Lorsqu’elle parvient au sommet, quelque peu essoufflée, elle contemple le paysage qui se déploie sous ses yeux. Une immense plaine généreusement tapissée d’un somptueux et riche herbage, des meules de foin qui paressent ici ou là, des arbres avantageusement touffus, des petites maisons charmantes qui se prélassent dans la quiétude, des vaches et des moutons gourmands et une rivière qui serpente entre les vallons. Elle s’approche de la berge où la source se faufile entre des grosses pierres aux harmonieuses formes bombées telles des pulpeuses miches de pain se baignant dans l’onde claire, puis sautille de l’une à l’autre. Joyeuse elle atteint l’autre rive et se met à danser, elle tournoie aussi légère qu’un flocon dans la bise. Ensuite elle sillonne à nouveau le pré généreusement chevelu et, émerveillée, s’attarde sur une jolie fleur dont les pétales aux teintes saumonées sont parfaitement dessinés. L’enfant cueille la fleur puis la serre tendrement contre son cœur qui palpite très fort de tant d’émotions. Elle reprend sa balade effrénée. Un instant elle s’arrête pour jouer avec un papillon qui virevolte dans les airs. Plus agile que l’innocente gamine, l’animal lui échappe et se pose sur l’extrémité d’une branche pour y prendre un peu de repos. La farouche fillette s’obstine et tente de rejoindre l’insecte quand celui-ci prend son envol et qu’elle chute dans la rivière. Loin d’être paniquée, elle en profite pour se débattre gaiement dans un tourbillon rafraîchissant. Délaissant ce bain délicieux, elle emprunte un étroit chemin sinueux qui aboutit à l’orée d’un bois où flâne une biche. Innocemment la fillette se cache derrière le tronc d’un arbre ou se dissimule à l’ombre d’un petit rocher pour admirer l’élégant cervidé. La bête devine sa présence mais ne s’enfuit pas pour autant. Rassurée, l’enfant s’approche, la caresse puis s’allonge pour une sieste le long de son flanc. Au réveil, elle gambade de plus belle, ramasse un pissenlit sur lequel elle souffle de façon espiègle afin de voir s’échapper les aigrettes vers les hauteurs célestes. Toujours aussi enjouée et dynamique, elle entame une longue roulade sur la pente d’un versant et termine ses pirouettes sur un tapis de verdure agrémenté de boutons multicolores. Elle s’allonge dans le pré et s’extasie devant le coucher du soleil qui embrase la voûte de mille feux. Tandis qu’elle s’enthousiasme du spectacle flamboyant que la nature lui offre, le papillon ressurgit et se pose sur l’une de ses joues. Avertie, elle n’effectue aucun geste mais se contente de profiter du privilège extrême dont elle dispose. Puis il échappe à nouveau pour disparaître dans l’immensité du couchant.

Il se fait tard. Elle doit retrouver les siens. La journée a été merveilleuse. Elle respire profondément afin de mieux inscrire les impressions exquises des dernières heures en ses souvenirs.

Et si c’était cela le vrai bonheur ?


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03 février 2009

L'homme pressé

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Dans une chambre à la lumière tamisée, deux enfants s’ennuient visiblement, assis sur un tapis, près d’un grand lit en désordre. La fillette joue avec ses mains tandis que le garçon évade son regard sur le plafond.

Une voiture roule à vive allure dans la nuit. A son bord, une femme s’étire longuement, fatiguée mais amplement satisfaite de sa journée. Elle est jeune et belle, coquette et sereine. Elle passe un bras derrière le cou de l’homme qui est au volant tandis qu’il file allègrement dans les rues désertes d’une ville qui, dans son sommeil, brille de centaines de réverbères.

Par la fenêtre éclairée d’un appartement se distingue la silhouette des enfants. Le petit garçon observe son quartier qui s’étale endormi au pied de son immeuble. Des grandes bâtisses d’où surgissent de rares lueurs, des autos, des arbres et un panneau publicitaire lumineux.

L’automobile accélère. Elle est puissante et racée, elle peut allègrement supporter le rythme qu’on lui impose.

L’enfant regarde toujours à travers la vitre et s’impatiente ; sa sœur en fait de même. L’horizon est vide. Leurs visages reflètent l’inquiétude légitime des gamins à leur âge.

L’homme esquisse un sourire avant d’aborder un virage. Imperceptiblement distrait, trop rapide pour anticiper, il n’a pas le temps de réaliser qu’un véhicule stationné sur la chaussée s’offre en obstacle quand il le percute violemment. Le choc est monstrueux. Les tôles se froissent dans un tonnerre assourdissant, éclatent sous l’impact ; les vitres se brisent, éclatent en des milliers de particules. La voiture heurtée est projetée dans les airs tandis que celle de l’imprudent continue sa course en effectuant des culbutes dans un vacarme effroyable. Les passagers hurlent de douleur. Leurs cris sont insoutenables. Soudain la carcasse défoncée termine son carnage en échouant le long de la rambarde d’un pont. Un silence angoissant reprend ses droits. L’asphalte est jonché de débris qui se sont éparpillés au cours de l’accident. Dans un dernier souffle le véhicule pulvérisé effectue un léger recul en arrière tel un dernier râle avant d’expirer.

Le jeune garçon persévère à scruter le lointain. Il se fait tard et il a tellement peur sans eux.

Ils ne rentreront pas ce soir. Ils ne reviendront jamais. Mais il ne le sait pas encore.

Sur un boulevard, quelque part pas très loin de chez lui, dans la quiétude d’une fin de soirée, la vitesse, cette sensation qui nous grise parfois, lui a ôté ses parents.

Son père, si grand et fort, tellement beau et intelligent, avait oublié qu’un fils et sa sœur avaient besoin de lui vivant.


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PEINE PERDUE


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Des lumières de phares s’agitent dans la nuit, se croisent et se bousculent. Tu grimpes des escaliers et te glisses dans la foule. Tu avances dans ton errance tel un pantin asservi.

Ton visage est clos, tu ne vois pas les êtres qui déambulent autour de toi. Tes pas cadencent ton corps. Tu gagnes le quai, le train entre en gare quand tu aperçois son image.

Elle est livide et décoiffée ; la déprime ronge sa face, la peur cerne ses yeux. Dans le wagon tu évites les gens qui sont autant d’obstacles à vos retrouvailles. Un timide sourire pointe sur tes lèvres et illumine tes traits. Elle cherche ton profil par-dessus les épaules des voyageurs et fronce les sourcils car elle ne parvient pas à t’apercevoir.

Tu ne la vois plus. Tu fouilles du regard ces êtres qui s’entassent comme des sardines dans une boîte de conserve. Tu l’as perdue. Elle s’est échappée de ton espace, pourtant si près de toi, quelque part au milieu de ces personnages insipides, inodores et incolores. L’aurais-tu rêvée ?

Tu descends car tu étouffes dans cette indifférence. Si belle et tellement autrement…

Les passagers te bousculent sans même s’excuser mais tu n’y prêtes guère d’attention car ton esprit est ailleurs. Il vogue sur le souvenir de cette femme que tu as entrevue un soir de détresse, dans une gare de banlieue. Toute la peine du monde était gravée dans ses yeux, la tristesse blafarde de l’univers apposée tel un masque permanent sur sa mine. Par delà la solitude qui drapait ses courbes, tu as perçu les élans d’un cœur qui n’aspirait qu’à aimer. Et tu as senti ton âme se déchirer avec violence quand elle t’a criée de saisir sa main qui s’offrait telle une lumière nouvelle surgie pour enchanter tes lendemains.

Hélas tu n’as compris le sens de sa présence. Frêle et furtive silhouette elle s’est évaporée dans un nuage de créatures sombres et silencieuses qui s’engouffraient dans l’obscurité des rues sales et nauséabondes.

L’aube ne ramène plus le soleil en tes jours car elle était le coin de ciel bleu qui aurait pu illuminer tes heures. Tu erres sur les boulevards cherchant l’infime trace, arpentes les ruelles sinistres où se vautrent les existences sans éclat. Chaque nuit tu reviens supplier son retour en ces lieux chargés de tant de regrets mais tes prières sont vaines. C’est le noir qui gagne, maintenant et toujours, pour toi.


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02 février 2009

JE VOULAIS TE DIRE...

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Je suis entrée sur une envie, presque un déclic. Il fallait que je pénètre dans ce magasin. Cela m’arrive parfois d’entreprendre des actes contraires à ma nature, quand les aiguilles de l’horloge de mon équilibre intérieur se bloquent. Ou quand l’existence m’exile en des zones éclipsées, dérangeantes. Lorsque je ne sais plus quelle image est la mienne, à quoi ressemble mon cœur.

Je me souviens que je me couchais tard en laissant la fenêtre grande ouverte sur l’immensité céleste pour que mon corps s’assoupisse tandis que mes idées flirtaient avec les étoiles. Je sommeillais souvent le jour, les volets clos des bruits du monde.

J’écrivais quelques lignes, les pensées évadées. Quand la fatigue déroutait ma raison, je sortais flâner sur les sentiers qui ondulaient à travers les bois, juste pour me noyer dans ce vert dont je peins l’espoir, me saouler du vent qui caressait les feuilles avec grâce et harmonie. La campagne était paisible, j’admirais la silhouette ronde des vallons embaumant tant de senteurs flatteuses, la danse exquise des herbes qui se courbaient sous la brise.

Les joues rosies et la paix au creux des veines je rentrais pour réchauffer mon esprit avec un café dont l’arôme puissant m’enveloppait d’une sensation de bien-être ensorcelante. Et je songeais à toi si près de moi en cet instant bienheureux. J’étais déjà à toi par delà l’inconnu de nos destinées car j’étais convaincue qu’un sentiment qui vibre si fort d’un simple regard réserve bien plus quand se délivrent les voix, lorsque s’offrent les gestes, s’échappent les émotions.

Je vois ton cœur sur ton visage, dans ton corps, dans tes attitudes. Le temps se fige quand je te contemple. Mon cœur s’ouvre comme une fleur éclot dans la rosée du matin et explose dans la tiédeur des heures chaudes. La beauté de ton âme me déchire en douceur tel un lambeau de papier écorché qui plane voluptueusement dans les airs. Un chemin s’ouvre dans notre monde, une lumière suave éclaire nos pas sur une voie qui serait telle une passerelle que nous traverserons ensemble pour accéder au paradis.

Il fait si soleil, si bleu. J’étais comme la Bête retenue par enchantement dans la laideur d’une vie échappée et par la force de l’Amour tu m’as fait renaître à la vie.


Posté par Lucky Massana à 22:25 - CHRONIQUES INTEMPORELLES - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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