21 novembre 2008
LE FRENCH DREAM DES NOIRS
S’il est une
évidence depuis quelques jours, c’est bien celle que l’élection de Barack Obama
fait souffler un vent d’espoir sur la communauté noire internationale. Ce triomphe
a fait voler en éclats les ambitions les plus folles car derrière la joie et la
fierté d’un tel triomphe la voix de Martin Luther King est encore perceptible
par delà la tombe.
Conscients de
l’urgence à profiter d’une telle vague, la communauté noire de France n’hésite
à scander son « Yes, we can » et à solliciter ouvertement une
visibilité légitime en souhaitant l’accès à des postes prestigieux. Pour tout un chacun l’espérance
de réussite ainsi que sa reconnaissance sociale est un concept logique ; la
notion de valeur professionnelle se définit sur des critères d’études et d’expérience
non point selon la couleur d’une peau ou selon des quotas représentatifs au
sein de la société dans laquelle elle évolue. Pourtant il y a fort à parier que
le pouvoir en place en France ne soit pas encore apprêté à offrir à ses Noirs
la place au soleil à laquelle ils peuvent prétendre.
Car la réponse
officieuse et insidieuse qui se murmure dans les alcôves du pouvoir serait,
selon plusieurs articles que j’ai eu le loisir de parcourir dans la presse
française, que, d’une part, l’histoire des Noirs de France en métropole est
beaucoup trop récente pour être prise véritablement en considération et que, d’autre
part, leur nombre serait trop « insignifiant » pour exiger une
représentation significative.
En effet, les
cinq millions de Noirs, toutes origines confondues, ne seraient, selon une
démographe, qu’un « chiffre farfelu » inventé de toute pièce par des
associations prêtes à dénombrer « la moindre peau bronzée » afin d’acquérir
de l’importance en politique. D’un coup de baguette magique, il ne demeure plus
que 1.7 million de Noirs qui, toujours selon notre démographe, ne
représenteraient que 4% de la population. Pause. J’ai déjà un problème :
4% de 64 500 000 habitants cela fait 2 580 000 âmes. La
gente dame nous a passé 800 000 personnes à la trappe !
Estimons-nous
heureux puisque, de toute façon, ces individus, difficiles à cerner,
appartiennent majoritairement à une classe moyenne. Donc pas de quoi prétendre
au pouvoir ! Et l’article de poursuivre en avouant noir sur blanc que leur acceptation
sur le sol de la métropole française a été de paire avec l’abandon d’un certain
prestige pour l’élite et de citer sans honte particulière l’exemple de Monsieur
Amadou Soumaré, titulaire d’un master d’informatique, qui œuvre tristement
comme chauffeur de taxi. Bravo la France !
Ils étaient
ingénieurs ou professeurs, journalistes ou fonctionnaires dans leurs pays, dans
« NOS » îles ou nos anciennes colonies, cette fierté d’antan dont les
manuels scolaires ne parlent même plus, ils se retrouvent chauffeurs de taxi ou
de bus, balayeurs ou agents de sécurité ; leurs épouses sont
aides-soignantes ou femmes de ménage. Ils sont venus pour fuir la misère ou la
guerre. La France les a installés derrière un voile pour ne point avoir honte
de sa propre lâcheté. Les anciens vivent accrocher à RFI et ont reporté leurs
rêves sur leurs progénitures. Ces enfants sont ingénieurs, avocats ou médecins ;
ils sortent de Centrale ou d’HEC. Que vont-ils devenir ? Des cerveaux
invisibles ? Seulement parce que ce pays refuse d’admettre qu’un Noir
instruit est un homme qualifié aussi compétent que son voisin blanc ?
Devront-ils,
comme Monsieur Olivier Bouchez, antillais et pharmacien (non ce n’est pas incompatible !),
effectuer le parcours du combattant pour décrocher un logement où bon leur
semble et abdiquer car l’adversaire est véritablement trop odieux ? Seront-ils
contraints encore longtemps comme Monsieur Patrice Schoendorff, ancien chef d’un
service de psychiatrie dans le Rhône, de justifier de manière indécente de
leurs capacités simplement parce qu’il est issu d’un métissage
franco-camerounais ? Ou obligés comme Idriss, diplômé de gestion, qui a
ramé pendant des années à un poste de gardien de foyer avant de décrocher un
job à sa mesure ?
Deux fois plus
de diplômes, trois fois plus de compétences professionnelles, quatre fois plus
de bienséance et cinq fois plus de raisons de fermer son clapet et de ne rien
réclamer ; voilà ce qu’est la perspective d’existence d’un Noir en France !
Même la
réussite n’efface pas les discriminations car subsiste le regard étrange de
ceux qui s’adressent à vous avec pitié, dégoût ou crainte, comme si vous étiez
un extra-terrestre pitoyable ou terrifiant… Car la perception du Noir en France
oscille toujours entre l’admiration « mode » qu’insuffle un courant « black
is beautiful », l’étonnement face à un « sauvage » apte à
décrocher des diplômes et le cliché persistant du Noir délinquant issu des
mêmes gangs que ceux du Bronx. Dans les années 1920, se véhiculait l’image du « bon
Noir », encore très proche de l’esclave servile qui faisait la courbette
et ne disait mot, que l’on apposait sur les boîtes de Banania et faisait les
beaux jours de la Revue Nègre. Le Français était habitué au caractère lisse de
ces hommes et de ces femmes, principalement des ultra-marins, dont il abusait
outrageusement. Aujourd’hui la population noire de métropole est
majoritairement issue de l’Afrique subsaharienne, bien que souvent bien moins
nantie au niveau du bagage scolaire lors de la première vague de migration, elle
est beaucoup plus ambitieuse que son frère des îles. A l’invisibilité souhaitée
des aînés succède un désir de reconnaissance normal.
Qu’elle le veuille
ou non, la France est un assemblage de diversités. Toutefois, afin d’éviter le
pire, il est grand temps que nous cessions de copier le modèle américain au
sein duquel les êtres vivent les uns à côté des autres et non les uns avec les
autres. Les individus de la communauté noire ne devraient pas tenter de créer »un
nouvel homme noir » mais se vivre français avec des français, dans leur
pays, la France. Tout comme Barack Obama s’est bien gardé de se présenter comme
le « candidat noir »…
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